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18 mars 2008
par Benjamin Kang Lim et Chris Buckley
PEKIN (Reuters) - Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, accuse "la clique du dalaï-lama" d'avoir organisé les troubles au Tibet pour nuire aux Jeux olympiques de Pékin, cet été, et a affirmé que les forces de sécurité avaient répliqué avec "une extrême retenue".
"On sait amplement et les preuves sont nombreuses qui prouvent que ces incidents ont été organisés, prémédités, dirigés et incités par la clique du dalaï-lama", a dit le chef du gouvernement chinois, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse clôturant la session annuelle du parlement.
Wen a également dénoncé les "mensonges sournois" du dalaï-lama.
Le chef spirituel de la communauté tibétaine, qui vit en exil en Inde, a réclamé ce week-end une enquête internationale pour déterminer si un "génocide culturel" est en cours au Tibet, que la Chine communiste occupe depuis 1950. Mais il a aussi souligné que Pékin méritait d'organiser les Jeux olympiques.
"Tout ceci a révélé que les revendications permanentes de la clique du dalaï-lama selon lesquelles ils rechercheraient non pas l'indépendance mais un dialogue pacifique ne sont rien d'autre que des mensonges", a poursuivi Wen Jiabao.
"Prétendre que le gouvernement chinois mène un génocide culturel n'est rien d'autre qu'un mensonge", a-t-il ajouté.
Des manifestations ont dégénéré en émeutes la semaine dernière à Lhassa, alors que les Tibétains marquaient le 49e anniversaire du soulèvement manqué de 1959.
Le mouvement s'est étendu au cours du week-end dans des provinces chinoises voisines où vivent d'importantes communautés tibétaines.
Le dalaï-lama a nié avoir joué un rôle dans ces événements. Celui que les bouddhistes tibétains considèrent comme un dieu vivant dit vouloir l'autonomie du Tibet, et non l'indépendance pleine et entière du territoire himalayen.
"NOUS NE DEVONS PAS POLITISER LES JEUX"
A cinq mois des Jeux olympiques de Pékin qui placeront la Chine au centre de l'actualité mondiale, une crise ouverte au Tibet risquerait de réduire à néant les efforts des autorités chinoises qui tentent de polir leur image.
Wen Jiabao a affirmé que les manifestants tibétains "avaient voulu inciter au sabotage des Jeux olympiques afin de parvenir à leur objectif épouvantable".
"Nous devons respecter les principes des Jeux olympiques et de la Charte olympique. A savoir que nous ne devons pas politiser les Jeux", a-t-il poursuivi.
Les nations occidentales ont appelé Pékin à faire preuve de retenue mais, selon le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, nul gouvernement n'a appelé au boycott des Jeux, qui débutent le 8 août prochain.
Pour Tony Kevin, spécialiste de politique internationale à l'Australian National University, cette réaction feutrée des occidentaux était prévisible compte tenu de l'importance économique et stratégique de la Chine.
"Comme toujours avec les grandes puissances, la Chine, deuxième puissance économique mondiale, est soumise en matière de droits de l'homme à des normes différentes que les puissances de moindre importance", a-t-il dit à Reuters.
FIN DE L'ULTIMATUM À LHASSA
Les informations parcellaires en provenance du Tibet ne permettent pas d'avoir une vue d'ensemble de la situation.
Officiellement, les émeutes de vendredi ont fait treize morts, des "civils innocents". A Dharamsala, dans le nord de l'Inde, le gouvernement en exil du Tibet a avancé lui un bilan de 80 morts.
Les autorités régionales avaient donné jusqu'à lundi minuit aux meneurs des manifestations de la semaine dernière pour se livrer à la police sous peine de s'exposer à des "sanctions sévères".
L'ultimatum est passé. Mais on ignore si des opérations ont été entreprises à Lhassa, fermé, comme le reste du Tibet, aux journalistes étrangers ne disposant pas d'accréditation spécifique.
Dans la province voisine du Sichuan, théâtre de manifestations ce week-end, un homme membre de la communauté tibétaine a dit n'avoir pas connaissance de nouveaux troubles. "Ils sont en train de rétablir la stabilité", a-t-il dit par téléphone, évoquant un très forte présence policière.
"Je suis sûr que l'armée populaire de libération a été placée en alerte, si la situation devait vraiment déraper", a-t-il ajouté.
Lundi, le ministère chinois des Affaires étrangères a prévenu que le gouvernement protégerait "sans réserve" la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale.
version française Henri-Pierre André









