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28 mars 2008
par Jon Herskovitz
SEOUL (Reuters) - La Corée du Nord a tiré vendredi plusieurs missiles à courte portée au large de sa côte occidentale, annonce la présidence sud-coréenne, ce que les observateurs traduisent comme un avertissement à Washington et au nouveau pouvoir conservateur en place à Séoul.
La Corée du Nord aurait tiré trois missiles à courte portée en mer Jaune, selon les médias sud-coréens.
Les missiles ont été tirés dans le cadre de manoeuvres militaires, a déclaré un porte-parole de la présidence en ajoutant: "Nous pensons que le Nord ne veut pas d'une détérioration des relations entre le Sud et le Nord."
Pyongyang a expulsé jeudi les responsables sud-coréens d'un parc industriel géré conjointement par les deux pays en réponse à la ligne dure affichée par le nouveau gouvernement de Séoul dirigé par le président conservateur Lee Myung-bak.
Au pouvoir depuis un mois, Lee a martelé sa volonté de ne plus verser des milliards de dollars d'aide à la Corée du Nord sans guère demander de gestes en échange, une politique menée pendant dix ans par ses prédécesseurs de centre gauche afin de préserver la stabilité sur la péninsule.
Comme conditions à une aide, Séoul pose désormais le démantèlement du programme nucléaire de Pyongyang ou le retour du millier de Sud-Coréens enlevés ou détenus depuis la guerre de Corée (1950-53).
La presse officielle du Nord, qui n'a pas encore annoncé l'investiture du nouveau président, a dénoncé les agissements d'éléments conservateurs à Séoul qui saperaient les efforts de rapprochement entre les deux pays, toujours techniquement en guerre depuis l'armistice de Pan Mun-jong en 1953.
UN MILLIER DE MISSILES
Selon Masao Okonogi, spécialiste de la Corée à l'Université Keio de Tokyo, la Corée du Nord a adressé un double message en tirant ses missiles vendredi.
L'un vise les Etats-Unis après de récents pourparlers à Genève avec les représentants de Washington. Pyongyang serait mécontent des pressions exercées par les Américains pour régler le problème nucléaire et des accusations de liens de la Corée du Nord avec la Syrie.
L'autre est une réplique à la ligne dure prônée par Lee.
"Ils avertissent Séoul de ne pas revenir sur des choses acceptées entre le Nord et le Sud", dit l'universitaire.
D'après les experts, la Corée du Nord possède un millier de missiles, dont au moins 800 sont des missiles balistiques, qui peuvent tous frapper la Corée du Sud ou la plupart des régions du Japon.
Les tirs coïncident souvent avec les périodes de tension politique. L'agence nord-coréenne KCNA a d'ailleurs diffusé vendredi matin des propos du ministère des Affaires étrangères dénonçant "le comportement de l'administration Bush" qui "continue à retarder le règlement du problème nucléaire en insistant sur quelque chose qui n'existe pas".
"Cela pourrait avoir un grave impact sur la mise hors service des installations nucléaires", ajoute le message.
"Pour dire les choses clairement, nous n'avons pas d'uranium enrichi ni coopéré avec un quelconque autre pays sur des projets nucléaires. Nous n'en avons même pas rêvé", a déclaré le porte-parole du ministère.
La Corée du Nord a commencé à désactiver le réacteur de Yongbyon à la fin de l'an dernier, dans le cadre d'un accord "à six" avec les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon, la Russie et la Chine pour réduire son isolement international et obtenir une aide en carburant.
L'accord exige aussi de Pyongyang qu'il publie une déclaration complète de ses activités nucléaires, pour répondre notamment aux soupçons américains sur l'existence d'un programme clandestin d'enrichissement de l'uranium.
Le général B. B. Bell, qui commande les 28.000 militaires américains stationnés en Corée du Sud, en soutien d'une armée locale de 670.000 hommes, a estimé vendredi, avant l'annonce du tir de missiles, que ces deux forces réunies pourraient facilement venir à bout de l'armée du Nord, forte de 1,2 million hommes mal équipés.
"Si la Corée du Nord devait attaquer (...), nous la vaincrions de manière rapide et décisive", a-t-il déclaré.
Avec Rhee so-eui et Lee Jiyeon, Linda Sieg à Tokyo, version française Jean-Stéphane Brosse










