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28 mars 2008
PEKIN (Reuters) - Les milliers de Tibétains qui travaillent ou étudient à Pékin, ville en plein essor économique par contraste avec leur région, sont l'objet d'une étroite surveillance policière à la suite des émeutes et manifestations survenues à Lhassa et dans le sud-ouest de la Chine.
Depuis que les incidents survenus à la mi-mars au Tibet ont suscité d'autres mouvements de contestation contre le gouvernement chinois, les "immigrés" de la capitale disent opter pour la discrétion face aux contrôles de police et aux appels anonymes par lesquels on leur demande des renseignements.
"C'est un sujet sensible, je ne peux vraiment pas en parler beaucoup", déclare Bo-er, Tibétain qui a ouvert l'an dernier une boutique d'objets artisanaux dans une rue piétonnière. "Nous sommes dans le commerce, c'est à cela que nous devons nous consacrer."
Les autorités chinoises ont déployé des troupes dans les régions tibétaines pour y rétablir le calme après des troubles qui ont fait 19 morts selon Pékin et près de 140 selon les autorités tibétaines en exil.
La surveillance des Tibétains de Pékin, qui ont souvent fui la pauvreté des zones rurales mais sympathisent secrètement avec le dalaï-lama, montre que les dirigeants chinois les soupçonnent de relayer des projets de manifestations à venir.
"Il est évident que la police chinoise fait le tour de la communauté tibétaine pour essayer de lui soutirer des informations ou de l'amener à révéler ce qu'il ne faut pas dire", indique un auteur d'origine étrangère qui connaît des Tibétains dans l'ensemble de la Chine.
"Les Tibétains sont ici mais ils filent doux, déclare-t-il. Certains sont sans histoire et ne font qu'endurer une forte présence policière."
SIT-IN TOLÉRÉ
Un certain nombre de Tibétains - étudiants, employés de bureau et artistes notamment - ont reçu des appels anonymes visant à obtenir des renseignements sur d'éventuelles activités à domicile, indique-t-on dans leurs entourages.
La police s'est intéressée à la boutique de Bo-er, qui emploie ses deux soeurs et vend des vidéos musicales ainsi que des moulins à prières miniature aux touristes chinois. On leur a posé des questions sur leur activité depuis les manifestations.
Le 17 mars, une centaine d'étudiants tibétains de l'Université centrale pour les nationalités de Pékin ont participé à un sit-in qui a été toléré, bien que les représentants des médias n'y aient pas eu accès, a indiqué un groupe établi à l'étranger. La manifestation a suscité une série de réunions de crise parmi les personnels d'université.
Au temple Yong He Gong, célèbre monument tibétain de Pékin, des policiers en civil se mêlent aux touristes du monde entier qui viennent y examiner livres de prières et inscriptions.
Mais les Tibétains de la capitale chinoise ne parlent guère de la répression des manifestations qui ont eu lieu dans les régions tibétaines où beaucoup jugent menacées leur religion et leur culture depuis l'annexion de la région dans les années 1950.
"Ce problème n'est pas réglé", dit un chansonnier tibétain qui demande à garder l'anonymat. "Il est simplement maîtrisé pour le moment."
Certains Tibétains, étudiants ou employés de restaurant, se contentent de suivre les informations relatives à leur terre d'origine que diffusent des médias officiels très contrôlés. Ils ne signalent pas de changements dans leur mode de vie.
"C'est comme avant", dit Zhaxi Dajie, propriétaire tibétain d'une boutique d'art et d'artisanat pékinoise, avec un sourire professionnel. "Je ne suis pas très au fait de ce qui se passe, car il y a longtemps que je n'ai pas téléphoné au pays."
Bureau de Pékin, version française Philippe Bas-Rabérin










