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Actualité internationale
28 février 2008
Medvedev, leader en puissance ou instrument de Poutine ?

par Guy Faulconbridge

MOSCOU (Reuters) - Ceux qui connaissent Dmitri Medvedev le décrivent comme un homme intelligent et direct qui déteste le risque. Mais aura-t-il l'instinct politique et les qualité de leader pour s'imposer à la tête du Kremlin ?

A 42 ans, le successeur désigné de Vladimir Poutine devrait remporter l'élection présidentielle de dimanche comme une formalité.

Ses qualités personnelles avaient tout pour plaire à Poutine qui aura besoin d'un allié fidèle et loyal au Kremlin s'il veut continuer à exercer une influence sur le pays au terme de son deuxième mandat.

Certains de ses anciens collègues se demandent toutefois si Medvedev aura la ruse et la dureté nécessaires pour réussir à s'imposer dans cette nouvelle fonction.

"Dima est intelligent, suffisamment intelligent pour être président et il est dur, suffisamment dur pour être président", a dit à Reuters l'un de ses anciens collègues sous le sceau de l'anonymat.

"Mais vous devez avoir un instinct, une intelligence émotionnelle, le sens des décisions au Kremlin. Poutine l'a, (l'ancien président Boris) Eltsine l'avait assurément, et Dima ? Je ne sais pas. On verra."

Après le 2 mars, Medvedev deviendra à 42 ans le plus jeune dirigeant de la Russie depuis le tsar Nicolas II. Il sera également le premier président russe à avoir passé une partie de sa carrière dans le privé.

A la différence de Poutine, ancien espion du KGB accusé de porter atteinte à la démocratie, Medvedev a souligné l'importance des libertés et de la justice. L'ancien avocat a également donné le sourire aux marchés en annonçant vouloir limiter l'intervention du Kremlin dans les grandes entreprises.

Mais à moins d'une semaine du vote, l'homme demeure un mystère.

PEU BAVARD

Medvedev reconnaît lui-même qu'il est peu bavard en public et la campagne unilatérale en sa faveur n'a rien dévoilé de sa personnalité.

Alors qui est vraiment Medvedev ? Un homme ordinaire, voilà ce qui ressort des entretiens que Reuters a conduits avec d'anciens collègues et des connaissances.

Mikhaïl Kassianov, Premier ministre à l'époque où Medvedev travaillait au Kremlin, a eu les plus grandes difficultés à se rappeler quoi que ce soit digne d'intérêt sur sa personne. "C'est un bureaucrate ordinaire", a-t-il fini par dire.

Même ceux qui apprécient Medvedev ont peu de choses à dire sur lui. "C'est un homme bien, un homme bien", a déclaré une source proche du Kremlin. "Il fait ce qu'il dit."

Dmitri Anatolievitch Medvedev est né le 14 septembre 1965 à Saint-Pétersbourg - alors Leningrad - dans une famille d'enseignants.

Dans le magazine Itogui, il a raconté son enfance dans un appartement de 40 m² à Kouptchino, une cité-dortoir. L'argent était rare et il fallait se serrer la ceinture. Fan du groupe de rock britannique Deep Purple, il rêvait alors de pouvoir s'acheter des disques et une paire de jeans, qu'on ne pouvait trouver alors qu'au marché noir. Mais son livre de chevet était et reste encore aujourd'hui l'encyclopédie soviétique.

"Il est très cultivé, vous pouvez parler avec lui de théâtre, de musique, il a le sens de l'humour", raconte Natalia Rasskazova, qui a étudié avec Medvedev à la faculté de droit de l'université de Saint-Pétersbourg, la même que Poutine.

Après avoir obtenu son diplôme, il a cumulé de 1991 à 1996 un emploi de maître-assistant à la faculté de droit avec celui d'expert pour la commission des affaires étrangères de la mairie de Saint-Pétersbourg alors dirigée par Poutine.

AVOCAT DANS LE PRIVÉ

Il a également travaillé dans le privé, une période gommée dans les biographies officielles, en tant qu'avocat pour le papetier Ilim Pulp, dont il a contribué à la création.

"Il avait un salaire et il a connu le vrai monde de l'entreprise dans les années 1990. Il a vu la réalité", dit l'un de ses anciens collègues, qui affirme que Medvedev avait ceci de particulier pour l'époque qu'il refusait de payer des pots-de-vin même lorsque son entreprise pouvait perdre au tribunal parce qu'il refusait de soudoyer un juge.

Medvedev doit sa carrière politique à Poutine. En 1999, alors que celui-ci était Premier ministre et était appelé à remplacer Eltsine, il a fait venir son vieil ami à Moscou.

Medvedev a été nommé secrétaire général adjoint du Kremlin, puis secrétaire général, et promu président du conseil d'administration de Gazprom. Il a alors mené une importante réforme qui a accru le contrôle de l'Etat sur le monopole gazier tout en l'ouvrant aux participations étrangères.

Medvedev a été catapulté dans l'élection présidentielle l'année dernière lorsque Poutine en a fait son candidat mais l'ancien officier du KGB, toujours aussi puissant et populaire, ayant l'intention de devenir Premier ministre, sa position pourrait s'avérer très précaire.

"Nous ne voyons qu'une partie du plan, les premières scènes, et personne ne connaît la fin - pas même Medvedev - et il ne peut pas la connaître car les projets de Poutine pourraient s'adapter en fonction de Medvedev", souligne un ancien collègue.

Version française Gwénaëlle Barzic

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