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3 mars 2008
par Jason Webb
RIVAS-VACIAMADRID, Espagne (Reuters) - Entendre le gouvernement se targuer du boom économique que connaît l'Espagne d'aujourd'hui laisse de marbre la jeune Ester Munoz, qui, à 29 ans, ne gagne qu'un millier d'euros.
Avec son métier de thérapeute, Munoz est ce qu'on appelle une "mileurista" - terme inventé pour décrire la jeune génération de salariés qui n'a pas pu réellement profiter de la rapide croissance économique et doit se contenter de mille euros par mois.
"Je présume qu'ils parlent de la Bourse et des entreprises, des statistiques économiques. Ils ne demandent pas aux gens s'ils vivent mieux ou moins bien", ajoute-t-elle.
A quelques jours des élections législatives de dimanche, les socialistes au pouvoir cherchent à s'attirer le vote de ces mileuristas, dont le soutien a été déterminant, aux précédentes législatives en mars 2004, pour faire tomber les conservateurs alors au pouvoir.
Toute baisse du taux de participation exceptionnellement élevé chez les jeunes en 2004 risque de limiter l'avance des socialistes lors du scrutin. Aussi le PSOE au pouvoir a-t-il promis de voter, s'il est reconduit au pouvoir, une allocation-logement d'un montant de 210 euros par mois, pour les jeunes de moins de 31 ans, afin de les attirer aux urnes.
"Si nous atteignons un taux de participation global de 75%, voire plus, nos résultats pourraient être spectaculaires", avance Antonio Hernando, député socialiste qui participe à la préparation des élections. "Plus nous descendrons vers 70%, plus nous commencerons à avoir des problèmes pour réunir une majorité parlementaire", dit-il à Reuters.
Les jeunes sont réputés imprévisibles en matière électorale et, souvent, ne vont pas voter. Mais en 2004, indignés par la participation de l'Espagne à la guerre en Irak et par l'attitude du gouvernement conservateur après les attentats de Madrid, ils s'étaient massivement rendus aux urnes pour voter socialiste.
Quatre ans plus tard, aucun sujet à vif n'est à même de mobiliser l'électorat, dans un sens ou dans l'autre. Le gouvernement socialiste s'emploie à rappeler ses mesures libérales en matière sociale - comme le mariage entre homosexuels. Sa tâche se complique du fait qu'en quatre ans d'administration socialiste, les jeunes n'ont pas eu la vie plus facile.
LES VIEUX S'ENRICHISSENT, LES JEUNES S'APPAUVRISSENT
Si la libéralisation du marché du travail signifie que les jeunes sont plus à même de trouver un emploi qu'il y a 10 ans, les salaires réels n'ont pas du tout augmenté durant cette période et les salaires des nouveaux diplômés semblent même avoir baissé depuis l'an 2000.
Dans le même temps, en l'espace d'une décennie, l'immobilier a flambé jusqu'à l'an dernier et le prix moyen du mètre carré a triplé. Un appartement madrilène de 100 m2, par exemple, coûtera en moyenne dans les 400.000 euros.
"On a assisté à un transfert des richesses des jeunes vers les personnes âgées", explique José Ramon Pin, de l'école de commerce IESE à Madrid.
"Les bénéfices des entreprises ont augmenté en partie parce que les salaires sont restés stables, en euros constants."
Munoz travaille dans une maison de repos pour personnes âgées du centre de Madrid. Nombre des pensionnaires sont atteints de la maladie d'Alzheimer et elle dit tirer une grande satisfaction de son métier.
Mais, sur le plan financier, elle ne peut pas se permettre d'habiter près de son lieu de travail et elle a déménagé dans des HLM à Rivas-Vaciamadrid, à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Même là-bas, le loyer lui coûte 570 euros par mois, soit la majeure partie de son salaire.
Pour autant, elle se considère comme chanceuse par rapport à ses amies. "Certains couples ont réussi à acheter leur appartement, en empruntant sur 35 ans et en faisant des sacrifices. Pour les autres, ils vivent dans des HLM ou louent ailleurs", dit-elle, en comparant ses difficultés avec la relative facilité qu'avait eue son père, simple employé de bureau, pour acheter la maison familiale.
"Naguère, il était possible d'acheter un appartement avec un seul salaire", rappelle-t-elle.
Selon elle, l'allocation-logement promise par le gouvernement ne changera rien aux problèmes de fonds des salaires et du prix du logement. Elle votera néanmoins pour les socialistes.
"Je ne crois pas qu'un parti politique ou l'autre changera quoi que ce soit", déplore-t-elle en précisant: "La différence, aujourd'hui, se joue sur des choses comme le mariage homosexuel, l'avortement. Voilà où se situe la différence entre la droite et la gauche."
Version française Eric Faye










