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4 juin 2008
par Stephen Brown et Robin Pomeroy
ROME (Reuters) - Dans le cadre du sommet de la FAO sur la crise mondiale de l'alimentation, les pays riches ont été incités mercredi à favoriser une révolution agricole en Afrique et les nations en développement à produire plus de nourriture pour le milliard d'êtres humains souffrant de la faim.
"La crise alimentaire mondiale est un signal d'alarme pour que l'Afrique se lance dans une 'révolution verte' qui n'a que trop tardé", a dit le ministre nigérian de l'Agriculture Sayyadi Abba Ruma au deuxième jour de cette conférence.
"Chaque seconde, un enfant meurt de faim, a-t-il dit. C'est maintenant qu'il faut agir. Assez de rhétorique et plus d'action !"
Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a reçu une pétition en ce sens signée par plus de 300.000 personnes qui souligne qu'il n'y a pas de temps à perdre. Dans un projet de déclaration, les 151 pays participants s'engagent "à éliminer la faim et à garantir de la nourriture à tous".
L'Organisation de l'Onu pour l'alimentation et l'agriculture a mis sur pied la conférence dans un contexte de flambée des prix des produits de base qui a provoqué des émeutes en divers points du monde et menace d'ajouter 100 millions de personnes aux 850 millions déjà en proie à la faim.
Le coût des principales denrées a doublé ces deux dernières années et les prix du riz, du maïs ou du blé atteignent des records. L'OCDE s'attend à ce que les prix restent élevés durant la prochaine décennie, bien qu'inférieurs aux sommets actuels.
Ban Ki-moon a estimé que le sommet de Rome constituait d'ores et déjà un succès: "Il y a de toute évidence chez les Etats membres une détermination, un sentiment de responsabilité partagée et un engagement politique visant à opérer les bons choix et à investir dans l'agriculture au cours des années qui viennent."
"La faim dégrade tout ce pour quoi nous avons lutté ces dernières années et décennies", a-t-il déclaré aux journalistes. "Nous avons le devoir d'agir maintenant et d'agir ensemble."
Les désaccords sur le rôle imputable au développement des biocarburants dans la hausse des prix pourraient cependant priver la conférence d'une déclaration finale empreinte de fermeté.
INCERTITUDE SUR LES BIOCARBURANTS
"Je doute qu'il y ait un accord positif sur les biocarburants d'ici à la fin du sommet", a dit aux journalistes le secrétaire américain à l'Agriculture Ed Schafer, qui a défendu l'industrie des biocarburants de son pays à l'instar du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva.
Les Etats-Unis, fief de l'éthanol à base de maïs, et le Brésil, premier producteur mondial d'éthanol à base de canne à sucre, insistent sur la nécessité de diversifier les sources d'énergie à un moment où les prix pétroliers atteignent des sommets et où l'on milite pour des combustibles "propres".
Le prédécesseur de Ban à la tête des Nations unies, Kofi Annan, était à Rome pour signer un accord avec les agences d'aide alimentaire de l'Onu sur une campagne dont l'objectif est d'accroître la production agricole en Afrique.
"Nous espérons favoriser en Afrique une révolution verte qui respecte la biodiversité et les régions distinctes du continent", a dit Annan, qui préside l'Alliance pour une révolution verte en Afrique, organisme coordonnant le projet.
Ce programme doit permettre de fournir des soutiens techniques pour améliorer la gestion de l'eau et des sols, l'accès aux semences et aux engrais, ainsi que les infrastructures des régions céréalières d'Afrique disposant de conditions favorables à l'agriculture.
Ruma, le ministre nigérian, a dit que son pays avait "la capacité de devenir le "panier alimentaire" de l'Afrique tout en reconnaissant que ses exploitations agricoles dépendaient à 90% des précipitations, ce qui les rend vulnérables au changement climatique, et que ses 14 millions de petits propriétaires recouraient encore à des techniques "rudimentaires".
La conférence de la FAO donnera le ton, en matière d'aide alimentaire et de subventions, à un sommet du G8 prévu en juillet au Japon ainsi qu'au cycle de Doha qui, dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), vise notamment à corriger les manquements aux règles de libre-échange.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui a soutenu à Rome que le chaos économique où a basculé son pays était imputable en grande partie à la Grande-Bretagne, son ex-puissance de tutelle, a été pris pour cible par une organisation humanitaire.
Human Rights Watch (HRW) a accusé le gouvernement de Mugabe d'utiliser l'alimentation comme une arme en prévision du second tour de l'élection présidentielle, fixé au 27 juin. Selon HRW, les autorités de Harare empêchent des livraisons alimentaires de parvenir aux partisans de l'opposant Morgan Tsvangirai.
Avec Phil Stewart à Rome et Paul Simao à Johannesburg, version française Philippe Bas-Rabérin










