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9 juin 2008
par Jonathan Saul
DUBLIN (Reuters) - Le camp du "non" au référendum irlandais de jeudi sur le traité européen de Lisbonne regroupe des mouvements extrêmement divers qui se retrouvent autour d'une même inquiétude: l'idée que la réforme des institutions européennes porte atteinte à la démocratie.
On y trouve des organisations pacifistes, des groupes hostiles à l'avortement, des militants nationalistes et une poignée d'entrepreneurs qui craignent que Dublin n'ait plus voix au chapitre à Bruxelles.
Vendredi, à six jours de la consultation, le camp du "non" s'est pour la première fois hissé en tête d'un sondage, laissant planer la menace d'un rejet synonyme de retour à la case négociations pour les Vingt-Sept. Un autre sondage publié dimanche donnait lui le "oui" en tête mais confirmait la progression du "non" dans les intentions de vote.
Seul pays à organiser un référendum sur le sujet, l'Irlande y est légalement contrainte, dans la mesure où le traité de Lisbonne affecte sa constitution.
"Au sujet de la démocratie, dans le camp du 'non', vous allez voir qu'une crainte essentielle est en train d'émerger", fait observer Mary Lou McDonald, député européen et membre du Sinn Féin, parti nationaliste, dans un entretien accordé à la presse.
Aux yeux de ses opposants, le traité de Lisbonne accroît les prérogative de Bruxelles, renforce les pouvoirs des poids lourds de l'Union au détriment des petits Etats tels que l'Irlande et ouvre la voix à une remise en cause de la neutralité de Dublin ainsi que de sa souveraineté en matière de fiscalité, de commerce ou sur des sujets aussi sensibles que celui de l'avortement.
LA CAMPAGNE POUR LE "OUI" CONTESTÉE
Brian Cowen, chef du gouvernement, accuse les tenants du "non" de semer la confusion en brandissant les conséquences du traité sur des sujets qui ne seront pas affectés.
L'archevêque catholique de Dublin et l'organisme chargé de veiller au bon déroulement de la consultation sont venus lui prêter main forte, assurant que le texte ne remettrait pas en cause la stricte législation irlandaise sur l'euthanasie ou l'avortement.
Le groupe de réflexion Libertas, emmené par l'homme d'affaires Declan Ganley, lui reproche pour sa part d'accorder de larges pouvoirs "à une élite non élue" et affirme que rien ne le distingue vraiment du traité constitutionnel rejeté en 2005 par les électeurs français et néerlandais.
"Le fait que moins de quatre millions d'Irlandais puissent faire avaler ça à un demi-milliard de citoyens européens qui n'ont pas pu dire un mot (...) est en lui-même antidémocratique", a souligné Declan Ganley, interrogé par Reuters.
Les trois principaux partis politiques irlandais (le Fianna Fail de Brian Cowen, le Fine Gael et le Parti travailliste, dans l'opposition), les syndicats, les organisations patronales et agricoles sont tous favorables au traité de Lisbonne, mais leurs arguments sont loin de faire l'unanimité.
"La campagne n'a pas été bien menée par le camp du 'oui'. Ils ont passé leur temps à faire machine arrière et à chercher à réfuter les arguments du camp du 'non'", a ainsi déploré Brendan Butler, responsable stratégique de la confédération nationale du patronat.
Version française Jean-Philippe Lefief










