Actualité internationale
11 avril 2008
Les "émeutes de la faim" risquent de s'aggraver, selon la FAO

par Robin Pomeroy

ROME (Reuters) - Les émeutes liées aux prix des denrées alimentaires dans les pays en développement s'étendront si les dirigeants mondiaux ne prennent pas de mesures radicales, prévient le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Malgré une hausse de la production mondiale estimée à 2,6% pour 2008, les prix ne devraient pas baisser. Le coût pour les pays en développement des importations alimentaires devrait augmenter de 56%, et de plus en plus de personnes risquent de manifester violemment contre cette tendance, a prévenu le Sénégalais Jacques Diouf.

"La vérité, c'est que déjà, des gens meurent dans ces émeutes", a-t-il souligné.

"Ils meurent parce qu'ils réagissent à cette situation, et si nous ne prenons pas les mesures nécessaires, il est certainement possible qu'ils finissent par mourir de faim. Mais ils ne se laisseront pas mourir sans rien faire, ils réagiront."

Des "émeutes de la faim" ont déjà éclaté dans plusieurs pays africains, en Indonésie, aux Philippines et en Haïti, a rappelé la FAO, qui souligne que 37 pays sont menacés de crise alimentaire.

"Je m'étonne de ne pas avoir été convoqué devant le Conseil de sécurité de l'Onu, un grand nombre des problèmes dont il débat n'auraient pas le même impact sur la paix, la sécurité et les droits de l'homme (sans la crise alimentaire)", a ajouté Diouf.

BAISSE DES EXPORTATIONS

La demande croissante de pays tels que l'Inde et la Chine, l'emploi de terres pour la production de biocarburants, la baisse des réserves mondiales et la spéculation sont mises en cause dans la flambée des prix des produits laitiers et des céréales.

L'effet s'en fait ressentir dans les pays développés, mais est bien plus prononcé dans ceux en voie de développement où la part des revenus consacrés à l'alimentation est de 50 à 60%, contre 10 à 20% dans les pays riches.

Diouf a appelé les dirigeants mondiaux à participer au sommet sur la crise alimentaire, au siège de la FAO, du 3 au 5 juin à Rome.

La priorité, a-t-il dit, est d'organiser un "transfert massif de semences" afin de permettre aux agriculteurs des pays pauvres d'acheter du grain, des engrais et du fourrage à des prix accessibles.

Diouf a, par ailleurs, prévenu qu'il était normal de s'attendre à ce que les pays en développement décident de réduire, voire d'interdire leurs exportations alimentaires, au risque d'aggraver la montée des prix.

Le cours du riz s'est récemment envolé de 40% en trois jours, après la décision de l'Inde et du Vietnam d'interrompre leurs exportations, a souligné un responsable de la FAO.

"L'interdiction des exportations est une réaction normale pour un gouvernement, dont la première responsabilité est de protéger sa population", a indiqué ce responsable.

L'accroissement des parcelles prévu cette année devrait déboucher sur une hausse de 2,6% de la production mondiale. La production de blé doit s'accroître de 6,8% par rapport à 2007, prévoit la FAO.

Toutefois, prévient l'organisation, étant donné que seule une petite partie de cette hausse atteindra les marchés internationaux, l'effet sur les prix devrait être négligeable.

Version française Gregory Schwartz

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