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Il y a seulement 4 mois, l’omniprésence du président de la République donnait le tournis. Son énergie, ses talents de communication et une certaine efficacité de méthode faisait taire les sceptiques comme ses ennemis politiques.
En effet, on parlait de « prise de vitesse » et de « débordement des syndicats », de « dépassement des vieux clivages » ou d’« accélération des réformes »... Après l’élection de mai 2007, le champ lexical des medias et du politique français a été centré pendant 5 mois autour du même thème : la vitesse comme synonyme d’énergie, d’efficacité et de jeunesse ; la jeunesse étant alors bien entendu présentée comme une valeur soulignant la rupture avec la génération de Jacques Chirac. Tous les acteurs médiatiques et institutionnels semblaient sous le charme ou grisés. C était un véritable succès pour le pouvoir : il assurerait l’adoption de son programme ou de ses projets autant par la force de conviction de son représentant que par l’étourdissement de ses adversaires. Le mouvement perpétuel maintenait l’état d’ivresse de l’élection du printemps, et tout allait pour le mieux.
Tout au plus pouvait-on se poser la question de savoir quand et comment aurait lieu l’atterrissage. Les mauvais esprits se demandaient alors si, au delà de l’adoption de mesures sectorielles et catégorielles, ou de décisions consensuelles, qui n’étaient pas de nature à mobiliser une frange très large de la population, il y avait toujours une adhésion au projet d’ensemble, au programme de rupture exposé pendant la campagne électorale. La succession impressionniste de petites touches de réforme, de mesures qui ne s’inscrivent pas si visiblement que ça dans un programme cohérent pouvait-elle continuer longtemps sans pédagogie de l’action ou leçon de choses sur les buts ultimes poursuivis ?
Un besoin de pédagogie vous dites ? C est là que tout a dérapé… « Pas besoin de pédagogie, je fais ce que je veux. Et puis ils n’ont qu’à me regarder et m’imiter, ça tiendra lieu de pédagogie ! ». Qui a dit ça ? Personne. Ou l’a-t-on entendu alors ? Nulle part. Et pourtant…
Ce sont des symboles qui ont précipité l’atterrissage. Ils l’ont considérablement accéléré au point de le faire ressembler à un crash :
- Une augmentation précipitée de la rémunération du Président. Rien de bien méchant mais cela souligne les Ray-Ban et la Rolex ;
- Une opération de Real Politik au départ assez censée avec le régime Libyen. Mais elle tourne au barnum car on s’est pris à croire que d’acteur ou pouvait devenir metteur en scène ;
- Un divorce. Un de plus, mais celui ci a paradoxalement été surmédiatisé par la précipitation avec laquelle la remplaçante a été trouvée ;
- Un rapprochement avec l’Eglise ou la religion ? Ce n’est pas pareil ! Mais parler en même temps de redonner du sens à la civilisation n’était pas très adroit dans un pays comme la France. Par ailleurs, si les commissaires au Plan étaient des penseurs cela se saurait.
- Un rapport plein de vérités dures à entendre dans un pays corporatiste défendu avec verve et mépris par un ancien ennemi politique du parti du président. Les parlementaires de droite sont-ils vraiment si mauvais qu’il faut éviter de les impliquer dans la réforme ? M. de Villepin avait donc raison sur tous ces « connards » qu’il a d’abord voulu dissoudre puis toiser de haut…. ?
- Un style médiatique basé sur la provocation maîtrisée, qui tourne à l’agressivité et à la vulgarité.
A vouloir tout, tout de suite, tout seul, on s’épuise et on perd la maîtrise de la forme. Or celle-ci était essentielle dans la course équilibriste entamée après l’élection par Nicolas Sarkozy. Sa parfaite maitrise aurait été également nécessaire pour assurer un atterrissage en douceur. Bien, c est manqué ! Que reste-t-il à espérer ?
Il serait urgent que le Président de la République se mette en retrait, accepte que le Premier Ministre soit dans la lumière et que ce dernier endosse un temps les habits de l’homme d’action qui va réformer le pays. Lui tressera-t-on longtemps des lauriers et en oubliera-t-on le Président ? On peut en douter. Ce n’est jamais arrivé sous ce régime. Et compte tenu du programme de réformes à mettre en œuvre, le Premier ministre usera probablement sa cote de popularité auprès des différentes catégories socio professionnelles qui vont faire les frais du « déverrouillage » du pays et de la remise en cause des privilèges de corps ou des « avantages acquis». Le Président de la République pourra alors reprendre la main en se donnant le beau rôle et en traçant des perspectives de long terme plus alléchantes que « les caisses sont vides » ou « l’Etat est en faillite ».
S’il n’est pas capable de faire cela, la dégringolade de sa côte de popularité n’est pas près de s’arrêter, les maladresses non plus, les erreurs encore moins. Que pouvait- on imaginer de pire que d’essayer de rattraper le discours de Latran par celui du CRIF, avec à la clé la proposition d’associer chaque élève de CM2 à la mémoire d’un enfant mort dans les camps…?
Nicolas Sarkozy a une occasion unique de montrer qu’il sait se remettre en cause, qu’il sait se mettre en retrait et donc qu’il sait être patient. Il l’a déjà fait après son échec aux élections européennes en 1999, et plus encore en 1995 après les élections présidentielles. Il a une opportunité de donner une leçon de maîtrise du temps et de son destin d’homme d’action politique pour assurer le succès de sa volonté de réforme.
S’il ne la saisit pas, autant qu’il parte tout de suite. On s’épargnera les affres d’une descente aux enfers et du déchainement de la médiocrité médiatique
S’il la saisit, il aura une légitimité qui lui permettra de gouverner librement avec l’opinion et contre les intérêts corporatistes. C’est pour cela qu’il a été élu.
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auteur: Laurent Brasseur en savoir plus sur l'auteur |
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Le pouvoir use...et nicolas en abuse!
Le pouvoir use, surtout si on en abuse... L'analyse de Laurent Brasseur est intéressante, surtout ses conclusions... ce serait maintenant, au fond du trou, que Nicolas Sarkozy peut lancer ses réformes (sic!)... Le gouvernement est paralysé depuis le début de l'année. Le président ne donne plus la direction à suivre, l'action gouvernementale est suspendu aux résultats des municipales, les ministres sont dans l'attente d'un remaniement d'après débacles... En somme, se concentrer sur lesurs campagnes respectives, sans provoquer de remous en tant que ministre... Qui parlait de rupture il y moins d'un an? Qui avait décrété un certain "J'ai changé..." qui fait bien rire aujourd'hui? Même si la nécessité des réformes reste. Même si la pertinence des réformes déjà engagés est avérée (régime spéciaux). Même si le gouvernement a des bonnes idées. Cela ne passera pas parce que le pouvoir est décrédibilsé. Réformer demande du courage, de la détermination, et l'aptitude de convaincre les citoyens d'adhérer aux changements et aux efforts qui vont avec. Et si Fillon se maintient dans les sondages, c'est que les Français aiment sa retenue, sa mesure, et sa constance. Alors on parle d'un remaniement ministériel après les présidentielles. Et si la rupture se faisait vraiment? Et si Fillon changeait de Président? | ||
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