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Billets
Delanoë et les "briseurs de grève"
Lors des grèves récentes dans la fonction publique, le gouvernement a demandé aux maires de mettre des agents municipaux à disposition de manière à offrir - au nom du service minimum dans la fonction publique - un service d’accueil pour les élèves n’ayant pas classe. Certains maires - de tous bords - ont refusé pour des raisons techniques ou de principe (la tâche, par exemple, devrait incomber à l’Etat et non aux services municipaux). C'est leur choix.
La réaction du maire de Paris, Bertrand Delanoë, elle, pose problème : il argue du fait qu’il ne veut pas que les agents municipaux servent de "briseurs de grève". Il ne s’agit pas de discuter du choix du maire de Paris ou des considérations idéologiques motivant cette réaction, mais de s’interroger sur ce que l’emploi du terme "briseur de grève" implique et de voir en quoi il est à la fois mal choisi et révélateur.
Qu’appelle-t-on, à bon escient, un briseur de grève ? On désigne ainsi, de façon dépréciative, un individu prenant la place d’une personne en grève et effectuant le travail de ce dernier à sa place. La définition ne vaut que prise dans sa totalité : le briseur de grève réalise le travail du gréviste, cela n’a rien d’anodin.
Est-il alors justifié de qualifier les agents municipaux qui accueilleraient les enfants en cas de grève de briseurs de grève ? La réponse est sans ambiguïté : non. Les agents municipaux concernés sont réquisitionnés pour fournir un service dit d’accueil s’apparentant à de la garderie. En aucun cas il n’est prévu, ni même envisagé ou envisageable, que ces agents fassent de quelque façon que ce soit cours à la place des enseignants grévistes. Les agents municipaux ne se substituent donc absolument pas au personnel gréviste. A ce titre, il est tout à fait impropre d’utiliser le terme de briseur de grève. Nul ne saurait objectivement ignorer la dimension erronée de cet argument.
L’usage inapproprié du terme révèle semble en réalité révélateur de deux aspects : d’une part, la perception parfois dévoyée que l’opinion publique peut se faire de la mission des enseignants ; d’autre part, la conception française du droit à la grève et de son utilité dans les luttes syndicales.
La référence aux briseurs de grève vise à argumenter le rejet de la proposition gouvernementale. Le problème réside en ce que, si l’on creuse un peu et va au bout de la logique, ce sont les enseignants eux-mêmes qui sont décrédibilisés. Si l’on prend au sens propre le terme, si l’on considère qu’il est correctement utilisé, alors, logiquement, cela signifie implicitement que l’école est avant tout perçue comme une garderie. L’interrogation demeure donc sur le but poursuivi par Bertrand Delanoë en employant un vocable dont il connait vraisemblablement le véritable sens. S’il est plus que probable qu’il n’assimile pas instruction et garderie, le doute reste quant à la portée de ses déclarations pour l’opinion publique, alimentant ainsi certaines rancœurs à l’encontre d’enseignants taxés d’absentéistes et de "toujours en vacances". L’usage du terme, en plus d’être impropre, devient déplacé.
Au-delà de cela, on semble entrer dans une logique politique où la fin - jeter le discrédit sur le service minimum appliqué à l’enseignement - prime sur les moyens - détourner le sens d’un terme. Qu’importe si l’appellation n’est pas justifiée, le seul objectif est de ne pas entraver une pratique très française du droit de grève.
Sans porter de jugement de valeur, on ne peut que constater que la grève "à la française" a pour vocation la paralysie du système. Toute solution visant à contrecarrer cette paralysie et à éviter la contagion - les parents ne pouvant pas aller travailler puisqu’ils doivent garder leurs enfants eux-mêmes - doit donc être condamnée. La grève n’apparaît ainsi pas comme simple manifestation d’un mécontentement touchant une profession. La grève n’est réussie que si elle est facteur de perturbations et de gêne pour les usagers. En France, la grève n’est pas tant un mode d’expression visant à influer sur de futures négociations qu’une contestation revendiquant le blocage ; elle est souvent revendiquée comme "insurrectionnelle". C’est en ce sens que l’application du service minimum dans l’enseignement servirait effectivement à briser non pas la grève mais une certaine pratique, très française, de la grève.
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auteur: Clotilde Champeyrache en savoir plus sur l'auteur |
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Delanoë ne fera pas grève en 2012!!
Article très bien écrit, amusant et perspicace. Je me permets tout de même d'évoquer mon désaccord, sur le fond de cet article, avec Clotilde Champeyrache: | ||
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La grève, c'est la recherche d'un rapport de force quand il y a blocage
En réponse à Clotilde et Edouard, il m'apparaît évident que la grève n'est utile que lorsqu'elle suscite un rapport de force que les travailleurs qui la votent n'avaient pas la minute d'avant. Et ce rapport est nécessaire lorsqu'il y a blocage voire incompatibilité d'intérêts, comme c'est souvent le cas quand la logique des actionnaires (progression de la rentabilité à court terme) s'oppose à celle des travailleurs (progression de l'intérêt du travail effectué, des conditions de travail et du salaire), c'est-à-dire presque tout le temps ! | ||
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le service minimum des briseurs de grève
Chère Clotilde, permettez-moi de relever dans votre billet ce que j'interprète comme une contradiction, vous me direz si je me trompe. Vous évoquez la notion avancée par le gouvernement de "service minimum", de manière simplement descriptive, avant de défendre les agents municipaux mobilisés pour remplacer les enseignants, que Delanoë a comparé à des briseurs de grève (sans porter de jugement moral sur eux mêmes, puisqu'ils y seraient forcés : leur responsabilité n'est donc pas véritablement en cause). | ||
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