La gauche en Europe : chronique d'une mort annoncée ?
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France - Russie : entre droit et realpolitik, mon coeur balance ?
S’il y a un ex homme d’état européen qui tient des propos clairs concernant la gestion des relations entre l’UE et la Russie, c’est l’ex chancelier allemand Gerhard Schröder : il s’est exprimé à plusieurs reprises et, avec une insistance renforcée en août dernier, pour condamner la politique du Pentagone et celle de l’OTAN. Il a pris position contre le projet de Washington d’étendre l’OTAN en y intégrant Géorgie et Ukraine, contre le système de Défense Anti Missile américain et a dénoncé la responsabilité du président géorgien Saakashvili le 16 août dernier lors de l’offensive de Tbilissi en Ossétie.
Puis, de manière constructive, mi septembre il expose ce que doit être la future coopération Russie / UE sur le plan économique et énergétique : les Russes ont besoin des technologies européennes, les Européens dépendent largement du gaz naturel russe. Schröder est l’un des dirigeants du consortium germano russe dominé par Gazprom, il est très influent sur Frank Walter Steinmeier, ministre des affaires étrangères à Berlin, opposé à A. Merkel. Voilà une vision fondée sur un intérêt personnel et une lecture de géopolitique continentale.
Du côté de Paris, les choses ne sont pas aussi simples
D’un côté, la présidence française, à la tête de l’UE jusqu’en décembre prochain, nous rappelle qu’il faut se montrer déterminés face à la Russie et à ses entorses au principe du respect de la souveraineté et de l’indépendance des Etats, de l’autre N. Sarkozy et Fillon nous expliquent que le pragmatisme économique dans les relations bilatérales n’est pas entamé par le "différend" géorgien. Le 23 septembre, face à l’assemblée générale des Nations Unies, le président français déclare : "L’Europe veut être le partenaire de la Russie. Pourquoi ne pas construire, à l’échelle de tout le continent, un espace économique commun qui unirait la Russie et l’Europe ?" On croirait entendre François Mitterrand évoquant la Maison Commune Européenne en 1990-1991, en écho au rêve messianique de Gorbatchev, alors.
Si telle est l’ambition du gouvernement français, deux questions se posent : pourquoi appeler la Russie et laisser en dehors de cette grande Europe continentale, l’Ukraine à qui fut proposée le 9 septembre une Association, sans engagement ? Pourquoi d’un même coup ouvrir l’espace continental et fermer les frontières de l’UE ? En second lieu, comment jongler avec cette bienveillance envers Moscou et une relation d’amitié solide avec Washington qui multiplie de Dick Cheney à C. Rice les déclarations d’appel à la fermeté vis-à-vis des Russes ? A qui ment-on ? A Washington ou à Moscou ?
Deux handicaps freinent tout geste radical de Paris
La France veut et réclame haut et fort l’unité des 27 de l’UE pour construire une Europe puissance. Mais, sur cette relation à la Russie, si Paris, Berlin, Bucarest et Sofia sont modérés, Polonais, Pays Baltes et Anglais ne le sont pas. Peut-on prétendre construire une Europe de la Défense crédible sans les Anglais ? Non. Au sein de l’OTAN enfin, la position française est délicate : d’un côté, par prudence vis-à-vis des Russes, Paris ne soutient pas l’entrée dans l’OTAN des Ukrainiens et des Géorgiens, mais de l’autre Paris est décidé à un retour dans toutes les structures de l’OTAN et s’aligne sur la lecture que fait Washington de la guerre à poursuivre en Afghanistan.
Le président Sarkozy déclare, toujours à l’ONU, le 23 septembre : "L’Europe dit à tous les Etats qu’elle ne peut pas accepter le recours à la force pour régler un différend"… Or, dans le cas du conflit russo-géorgien, ce recours a été bel et bien accepté, les Russes sont en Ossétie et en Abkhazie, l’Europe dépêche une mission d’observation…
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auteur: Catherine Durandin en savoir plus sur l'auteur |
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