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Début mai, la prestigieuse Hoover Institution rattachée à l’université de Stanford (Californie) a rendu publiques dix photos inédites prises peu de temps après le bombardement atomique d’Hiroshima le 6 août 1945, rassemblées dans la collection Robert L. Capp. Trois de ces clichés ont par ailleurs été publiés dans l’ouvrage de Sean L. Malloy, Atomic Tragedy : Henry L. Stimson and the Decision to Use the Bomb Against Japan (Cornell University Press, 2008). Ces photos furent offertes à l’Institut par Capp (qui était en service en 1945 dans les troupes d’occupation à Hiroshima, et a lui-même développé certains des clichés trouvés sur place quelques semaines après l’explosion nucléaire) en 1998, avec pour exigence de ne pas les rendre publiques avant 2008.
Ces photos apportent des nouveaux éléments sur l’horreur des heures qui suivirent le premier bombardement atomique de l’Histoire. On y voit notamment, au milieu d’amas de cadavres, des services de secours totalement dépassés par l’ampleur du désastre. Elles sont précieuses en ce qu’elles complètent les nombreux clichés déjà connus sur les dégâts matériels, et les autres photos présentant les victimes des radiations, prises quelques jours – parfois même des semaines – plus tard. Mais les photos prises immédiatement après l’explosion sont en revanche, pour des raisons évidentes, beaucoup plus rares. Il s’agit donc de documents d’une grande importance, en ce qu’ils ont été pris par des photographes japonais anonymes (et eux-mêmes victimes de la bombe), dont Capp a retrouvé les pellicules dans une grotte près d’Hiroshima.
Une polémique entoure cependant certaines de ces photos : elles auraient été prises à l’occasion du tremblement de terre dans le Kanto en 1923, et non à Hiroshima en août 1945. Fort de preuves qu’il juge indiscutables, Malloy a ainsi lui-même reconnu son erreur quelques jours après la publication des photos, mais ignore encore si l’ensemble de la collection date de 1923, ou si certains clichés ont effectivement été pris à Hiroshima. Si ces photos s’avéraient être des faux, ce serait une mauvaise nouvelle pour les historiens, et pour la Hoover Institution, mais cela ne saurait remettre en question la nature des heures tragiques qui suivirent le premier bombardement atomique de l’Histoire (suivi de celui de Nagasaki, trois jours plus tard).
Les photos déjà connues, prises quelques jours après l’explosion, n’offrent certes pas de regard instantané sur le "moment nucléaire", mais n’en demeurent pas moins des documents permettant de se faire une idée précise des conditions épouvantables dans lesquelles se déroulèrent les heures qui le suivirent. La destruction des bâtiments associée aux informations sur le nombre de victimes, et les carnets tenus par des témoins (en particulier des médecins chargés des premiers secours, et impuissants face à l’ampleur du désastre et l’apparition de maux dont ils ne connaissaient rien – les radiations), aux études scientifiques menées sur place pendant des années après l’explosion, et aux témoignages des Hibakusha (les survivants de la bombe) sont des outils précieux qui, depuis plus de soixante ans, permettent aux historiens de reconstituer la période qui suivit le drame.
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auteur: Barthélémy Courmont en savoir plus sur l'auteur |
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