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Le face à face Joe Biden, Sarah Palin…

Le débat qui a mis face à face les candidats à la vice-présidence Biden et Palin a eu lieu à Saint Louis, Missouri, le 2 octobre. Le moment très attendu, a été précédé par nombre de commentaires et de supputations. Sans oublier les rumeurs : la popularité de Palin serait à ce point en baisse, auprès de l’électorat féminin - en particulier - que les ultra conservateurs pousseraient à sa démission et à son remplacement par Romney.  Joe Biden, marqué par des lésions cérébrales traitées il y a vingt ans, aurait commis tant de gaffes, qu’il serait appelé à se retirer pour raisons de santé. Et viendrait Hillary en place de Biden…

 

Le suivi de la préparation de Sarah, retirée avec l’équipe de Mc Cain dans un des ranchs de ce dernier en Arizona pour un "training" après avoir couru les rendez vous politiques à Washington et s’être entretenue avec le vieux maître de la realpolitik, Henry Kissinger, a mobilisé les medias. En vain, Sarah Palin était "interdite" d’interview sur la politique étrangère. Face à son incompétence en ce domaine,  prudence oblige.

 

Cette même prudence  initiale a caractérisé le style et le rythme de ce débat de 90 minutes conduit par Gwen Ifill : échange de poignée de main, sobriété de Palin vêtue de noir, grande concentration de Joe Biden qui sourira parfois, mais peu, à quelques déclarations de la républicaine sur le ton de la bonne élève déterminée.

 

Optimisme  systématique, souriant d’un côté, sérieux et un peu las de l’autre

 

Les premiers échanges portent sur la crise économique : Biden rappelle que les Démocrates ont pour priorité la classe moyenne, Palin s’en tient à des remarques très concrètes sur les inquiétudes des familles, et revient à plusieurs reprises sur ses propres initiatives en Alaska. Elle attaque les projets fiscaux d’Obama. Concise, la réplique de Biden et sa démonstration sont  sans appel : "Ce que vous dites n’est pas vrai". Le démocrate insiste sur la notion de justice sociale.

 

Lorsque vient la question à la fois attendue et très polémique concernant l’énergie, les changements climatiques et l’écologie, Palin se contredit, corrige ce qu’elle affirmait quelques jours plus tôt : l’homme  n’est pas responsable des mutations climatiques. Elle lance avec force  une sorte de cri de ralliement : l’Amérique doit être indépendante sur le plan énergétique. Les moyens de réaliser cet objectif ne sont pas développés. Sourire, coup de tête et  menton autoritaire  pointé, tiennent lieu de démonstration…

 

L’on se pendrait à s’ennuyer, chacun restant figé sur son jeu, charme autoritaire de la femme, concentration un peu rigide de l’homme, si ne venait le face à face de politique étrangère : le ton et la passion retenue montent chez le  démocrate.

 

Mc Cain s’est trompé !

 

Sur la guerre d’Irak, Joe Biden - sans s’enflammer- présente point par point les erreurs de l’administration Bush et celles du candidat républicain : raisons de la guerre, durée, équilibre des communautés "shiites et sunnites… "Les faits sont les faits", martèle le sénateur : Barack a eu raison ! Palin se protège, évoque son entretien avec Kissinger qui "partage avec elle la passion pour la diplomatie" ! Le culot de Sarah passe mal… Et la courbe des sondages en bas d’écran, s’aplatit complètement : elle n’a pas convaincu.

 

L’expertise de Biden qui relève l’absence d’informations de McCain quant à  la nature du pouvoir iranien, s’impose. Face à des déclarations à l’emporte pièce, telle que "Mc Cain sait gagner une guerre", mal appropriées quand chacun sait que le républicain a l’expérience du Vietnam, de la défaite et de l’épreuve de prisonnier des Viets, le propos  informé de Biden qui s’en tient aux faits et évite les slogans, gagne en crédibilité.

 

Vous avez dit "vice président" ? Bien joué, Joe Biden

 

Le débat est long, les dernières joutes portent - c’est habile de la part de Biden - sur l’importance de la fonction et des responsabilités qui incombent à un vice-président. Ce rappel lui fournit l’occasion d’attaquer Dick Cheney, aujourd’hui  très impopulaire, et de pointer du doigt, indirectement, la figure de cette femme potentiellement présidente, en cas de défaillance de McCain.

 

L’on pouvait redouter un Biden trop agressif et c’eût été contre productif : Palin est une femme, au pays de "l’affirmative action". Or, l’ extrême retenue courtoise du démocrate a surligné, par contraste, une sorte d’agressivité arrogante de la républicaine… Le débat des vice-présidents confirme la tendance des derniers dix jours : la remontée d’Obama dans les sondages.

auteur: Catherine Durandin
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