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Le Panzerkardinal est mort, vive le pape

Benoît XVI occupe enfin ses habits de pape. Quelques jours après la visite du pontife en France, l'évidence s'impose. Plus de trois ans après son élection, le pas est enfin assuré, le lourd manteau semble moins encombrant et la coiffe, davantage ajustée. Tout en hermine et en escarpins rouges, Joseph Ratzinger assume et impose un style. Sorti de l'ombre de son encombrant prédécesseur, le préfet pour la doctrine de la Foi de Jean Paul II laisse la place au souverain pontife. Exit le Panzerkardinal, le pape de transition est mort, vive le pape.

 

La mue de Ratzinger

 

Mais, concrètement, qu'est ce qui a changé ? Et bien pas grand chose justement. Si ce n'est la forme peut-être. Car on se souvient encore des propos de Benoît XVI, accueillis plutôt fraichement d'ailleurs, dans le camp d'extermination d'Auschwitz en 2006, la manière dont il avait attribué la responsabilité des crimes nazis à un "groupe de criminels" ayant "abusé" le peuple allemand. Et puis la levée de bouclier provoquée par son discours sur l'islam et la violence à l'université de Ratisbonne en 2006. Depuis, l'homme d'Eglise, l'intellectuel mal à l'aise voire franchement maladroit sur les terrains minés de la politique et de la diplomatie a parcouru beaucoup de chemin. 

 

A Paris, en se contentant de s'afficher comme un allié de Sarkozy sur la "laïcité positive" tout en ayant la prudence de ne pas rentrer dans une querelle franco-française sur la place de la religion dans la société, il a montré qu'il avait appris. Mieux entouré, davantage rompu à l'exercice, il sut déminer habilement la polémique et contourner les multiples peaux de bananes qui jonchaient la voie papale. Ce faisant, il a prouvé que le théologien s'était enfin familiarisé avec les codes et les chausses-trappes du jeu diplomatique. Mais la mue s'arrête là. On n'efface pas en quelques mois 25 ans de bons et loyaux services comme gardien du dogme.

 

Un accueil de rockstar

 

Le savant cérébral et un brin réac n'a pas bougé sa ligne doctrinale d'un iota. Fidèle à sa réputation de conservateur, à Paris et à Lourdes, il est resté inflexible sur des thèmes comme l'ouverture de l'Eglise à l'égard des divorcés remariés ou le retour de la messe en latin. Et le mieux, c'est que ça marche. Commentaires emballés, bravos, hourras, 260 000 personnes aux Invalides samedi dernier, près de 200 000 réunies dimanche à Lourdes... La France laïque a réservé un accueil de rockstar à Benoît XVI.

 

A quoi faut-il attribuer l'enthousiasme que suscite ce pape, pourtant jugé "lointain" et trop proche des traditionalistes dans une Eglise moribonde et en perte de souffle ? Peut-être à tout cela, précisément. Dans une Europe déchristianisée, Benoît XVI vit le catholicisme comme une forteresse assiégée. Agrippé aux remparts, le pape tente avec fermeté et parfois intransigeance de recentrer l'Eglise pour mieux maintenir son unité. Mais à refuser de se confronter et d'évoluer avec le monde par le biais de questions aussi fondamentales que l'avortement, la contraception ou le mariage homosexuel, Benoît XVI achève de déconnecter l'Eglise d'une réalité qui la dépasse déjà.

 

Au risque d'entrer dans une sorte d'immobilisme qui, à terme, rendrait son discours totalement inaudible. Un repli identitaire finalement plutôt arrangeant. Car à se marginaliser toute seule, l'Eglise devient un non-problème, voire un non-adversaire. Un acteur dont la voix, si elle se fait entendre, n'est plus suffisamment influente pour peser, ni encore moins inquiéter ou menacer. Un non-problème, donc.

auteur: Mathilde Magnier
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de Willy Gardett le 22/09/2008 à 15h33
Un "non- problème" ? Pas si sûr...

L'Eglise semble en effet, contrairement à d'autres religions, être en perte de vitesse. Les pratiquants sont de moins en moins nombreux en Europe.
Mais la religion chrétienne est encore très présente outre-atlantique, notamment aux USA et en Amérique du Sud.
D'ailleurs, l'Europe est fondée sur un socle religieux. Le refus de voir la Turquie rentrer dans l'UE en est un symptôme, la gouvernance de nombreux pays par des mouvements démocrates-chrétiens en est peut-être la cause.
Sans prendre en compte les récentes déclarations de notre Président sur la laïcité positive et le rôle positif lui-aussi des religions dans notre pays. Sans parler non plus de l'amalgame entre instituteur et prêtre qui remonte à un autre âge, sans doute à celui de l'auteur de cette formule, à savoir Charles Péguy.
Quand on voit "l'accueil de rockstar" que nous avons réservé au Pape, alors que nous sommes un des deux seuls pays au monde à ne pas mentionner de religion dans notre constitution, donc a être résolument laïque, ne doit-on pas s'inquiéter de cette dérive, qui ressemble à un début de problème ?


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de Simon Loubris le 23/09/2008 à 17h35
chrétiens et catholiques

Effectivement, si la religion catholique est en perte de vitesse en Europe, ce n'est pas forcément partout le cas.
"Selon les chiffres communiqués par Rome et publiés chaque année dans le Britannica Book of the Year, le nombre de catholiques dans le monde augmente dans les mêmes proportions que la population mondiale, avec, en 2005, environ 1,131 milliard de baptisés, dont plus de 600 millions pour le seul continent américain et 250 millions en Europe (ces données englobent les 10 à 12 millions de catholiques orientaux dits « uniates »)." (Source Wikipedia).
Quant au style, je ne vois pas trop de différences avec Jean-Paul II. La hierarchie de l'Eglise catholique est toujours un repaire de vieux barbons rétrogrades et conservateurs, qui porte une responsabilité historique, par rapport à la transmission des MST par exemple, en refusant la contraception.

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de Willy Gardett le 23/09/2008 à 17h49
L'UE est profondément chrétienne

Bien d'accord avec vous, cher Simon.
Mais, si les pratiquants sont de moins en moins nombreux en Europe, le râle du Dieu agonisant persiffle toujours aux oreilles de bon nombre de dirigeants politiques européens.
Notre omniprésident ne déroge pas à la règle. En même temps, on le comprend : l'opium du peuple est bien plus efficace pour endormir les velléités des concitoyens que le misérable Red Bu** énergisant que son gouvernement a honteusement légalisé sans limite d'âge... Mais il s'agit d'un autre sujet.

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de eti le 22/04/2010 à 14h27
L'Eglise contre les MST

Dire que l'Eglise est responsable de la transmission des MST sous prétexte d'être défaborable au préservatif est idiot : en effet, si elle est défavorable au préservatif, c'est parce qu'elle promeut la fidélité. Pas de risque de MST dans ce cas-là ! Saviez-vous par ailleurs que l'Eglise est l'une des institutions qui travaillent le plus dans le monde avec des malades du sida et que dans les pays africains où elle a pu transmettre son message de régularité et de fidélité, il y a beaucoup moins de cas de sida alors que dans ceux où l'usage du préservatif a été encouragé, il y a une hausse des cas, ou en tout cas pas une diminution ? Intéressant, non ?
Alors, l'Eglise coupable de la transmission des MST, laissez-moi rire : elle fait le contraire.

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de eti le 22/04/2010 à 14h34
Un repaire de vieux barons rétrogrades ?

Tout d'abord, lorsqu'on emploie un terme, il convient de connaître son sens. La définition de baron est la suivante: "Titre de noblesse inférieur à celui de vicomte". Bien sûr, il est fréquent d'employer ce mot pour parler des gros bonnets (les barons de la finance, par exemple, sont cités plus souvent qu'à leur tour), mais chez vous on a un peu l'impression que c'est pour faire vieux et médiéval que vous associez ce mot à celui d'Eglise. Rétrogade, le pape ? Pas sûr. Je regarde en arrière, je vois les Borgia, l'Inquisition, les croisades... et je me dis que le pape actuel est bien loin de tout ça. Chez les catholiques - au contraire, malheureusement, de certains de nos frères musulmans - il n'est plus question de guerre sainte depuis belle lurette. Bref, tout ça pour dire qu'il ne faut pas exagérer, que l'Eglise vit avec son temps contrairement à ce qu'on pourrait croire et que l'attitude du pape, humble mais constante, est un modèle que l'on peut se plaire à dénigrer et à traiter de vieux jeu mais qui est tout de même admirable.

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de GiiGii le 03/10/2008 à 15h26
Gloups !

Excusez moi mais il ne faudrait pas trop s'emballer, voici quelques pays constitutionnellement laïques : Cuba, France, Inde, Japon, Mexique, Uruguay, Turquie. La Turquie est laïque depuis décembre 37 soit quelques années avant la France (les 6 principes d’Atatürk « l’État turc est républicain, nationaliste, populiste, étatiste, laïque et réformateur »). De plus pour modérer vos propos sur la France voir le voir Concordat en Alsace-Moselle ainsi que le principe des cultes reconnus à Mayotte.

Certaines je crois m'étouffer à vous lire E.L.

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