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Promenade à Hô Chi Minh Ville (suite)

Sur la place où aboutit l’avenue Hung Dao, près du marché couvert, une exposition en plein air glorifie les réalisations de la ville. Les panneaux portent de grandes photos où des officiels du parti communiste décernent des diplômes, font des discours, accueillent des délégations. Pour l’inauguration d’un nouveau bloc chirurgical, où le retour au pays d’un groupe d’étudiants qui a été invité quelques semaines au Japon, par l’Université de Yokohama. Les étudiants posent devant la grande statue d’Ho Chi Minh placée devant l’immeuble du gouverneur, un chou à la crème de l’époque coloniale repeint il y a peu. Ho Chi Minh y est curieusement représenté tenant dans ses bras un soldat du Vietcong mort, une piéta communiste.

 

A côté de l’exposition, une librairie est installée sous des toiles bâchées. Le magasin est protégé par de nombreux vigiles privés en uniforme bleu, avec des écussons sur les manches, comme c’est le cas pour tant de magasins et de restaurants du centre ville. La librairie vend de la littérature occidentale traduite en vietnamien, Kafka et Tolstoï, et aussi des dizaines d’ouvrages de management estampillés du logo de la Harvard Business School, tant en anglais qu’en vietnamien. Vu le prix – quelques dollars par livre – ce sont sûrement des copies.

 

Au-delà des avenues du centre, les petits immeubles étroits et irréguliers sont en voie de destruction pour être remplacé par des tours d’habitation pour la nouvelle classe moyenne. Ces chantiers utilisent le sable remonté en barge depuis le delta du Mékong, collecté par les paysans du delta avec des seaux et des pelles. Quelques immeubles nouveaux veulent se donner un chic britannique, comme à Hong Kong ou à Singapour ; ils s’appellent Norfolk ou Somerset House. 
 

A chaque coin de rue, des stands proposent le plat national, cette soupe Pho qu’on décline en 20 versions au moins, selon la viande que la cuisinière y ajoute, et que l’on mange à toute heure. Au ras des trottoirs, des cantines sont installées, qui proposent chacune un plat différent. Sur des tricycles ingénieusement bricolés, avec des cuisines complètes, jusque tard dans la nuit, à la lumière d’un petit néon alimenté on ne sait comment, sur un brasero minuscule, alors que le tumulte de la ville se fait plus doux, des femmes concoctent longuement des plats mystérieux, fruits de mer cuits ou riz dans des feuilles. Elles semblent indifférentes au bruit et à l’agitation de la vieille Saigon, qui se détruit et se reconstruit dans le même élan, elles semblent être là de toute éternité, au moins depuis la chute de Dien Bien Phu.

auteur: Jean-Marc Dreyfus
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