La gauche en Europe : chronique d'une mort annoncée ?
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"Le Monde" ou le journalisme du flou
Mardi 30 septembre 2008. A la Une du Monde, on peut lire : "L'Europe est à son tour secouée par la crise financière." Jusqu'ici, tout va bien. C'est le chapô qui attire mon attention : "Sceptiscisme et faiblesse des marchés après l'adoption du plan Paulson aux Etats-Unis." Il me semblait avoir entendu l'inverse sur France Info en buvant mon croissant et en avalant mon café... Ou l'inverse.
Mal réveillé, je fais confiance à l'autorité journalistique nationale. La presse payante est de meilleure qualité, plus fiable, plus documenté, pas comme les gratuits ou – pire – Internet.
Fidèle à mon modèle, toujours Le Monde, je décide de faire un tour sur sa version numérique, histoire de confirmer sa suprématie incontestable : "Plan Paulson : pourquoi les élus américains ne veulent pas de ce plan-là". Donc le Plan Paulson a bien été rejeté. Je poursuis ma lecture : "New York , envoyée spéciale : Lundi 29 septembre à 13 heures 30, à Washington, la chambre des représentants aux Etats-Unis, l'équivalent de l'Assemblée nationale en France, a refusé d'adopter le plan historique de 700 milliards de dollars censé endiguer le naufrage de la finance américaine. Sur les 433 votants 228 ont voté contre dont 133 républicains et 95 démocrates."
Adopté dans sa version papier, rejeté sur le site, qu'en est-il du Plan Paulson ? Et de son traitement journalistique par le plus grand quotidien de France ?
Adopter n'est pas voter
En réalité, le Plan a bel et bien été accepté par les deux candidats à l'élection américaine et par l'exécutif à Washington, dimanche 28 septembre. Mais la Chambre des représentants, notre Assemblée Nationale, ne votera que le lundi à 13h30. Ainsi, lorsque Le Monde commence son article par "A peine le Plan Paulson adopté par Washington", il fait référence aux chefs de file des deux camps, Démocrate et Républicain. Toutefois, lorsque le lecteur s'empare du quotidien du soir, la Chambre des représentants vient de voter "non" au Plan Paulson.
L'erreur du Monde est de jouer sur les mots pour coller à l'actualité. Si le Congrès avait voté "oui",l'illusion aurait été totale. D'autant que l'ensemble des articles traitant de ce sujet travaillent la même ambiguïté. Ainsi page 13 : "Malgré l'adoption du plan Paulson, la tempête financière continue" Et enfin page 16 : "Plan Paulson : d'autres voies étaient possibles."
A la limite de la désinformation
Ce n'est plus de la désinformation, mais de la prédiction. Les journalistes d'un quotidien du soir sont obligés de jouer les "diseurs de bonne – ici mauvaise – aventure", sans quoi ils perdraient tout lien avec l'actualité brûlante. A aucun moment le contexte n'est clairement définit, à savoir : après l'adoption du Plan, le Congrès votera lundi. Le flou est privilégié, au détriment d'un lecteur souvent perdu dans cette crise financière.
"Dimanche soir, les leaders du Congrès américain, notamment Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la chambre des représentants, avaient pourtant laissé croire que l'approbation du plan ne serait qu'une formalité", rappelle l'envoyée spéciale sur le site du Monde. Un journaliste peut-il se contenter d'une croyance pour écrire un papier ?
Ce caillou dans la chaussure du plus grand acteur de la PQN en France est une sorte d'introduction aux Etats Généraux de la presse qui se tiendront durant le mois d'octobre. Le rapport Giazzi, préambule à cette réflexion, insiste sur les réformes économiques et industrielles pour sauver la presse, comme par exemple la construction de grands groupes multi-médias pour rivaliser avec les Bertelsmann et autres Axel Springer. Mais le rapport est muet sur la question de l'adéquation des contenus avec le support et les attentes du lectorat. Pourtant, à quand remonte la dernière fois que vous avez découvert un fait d'actualité en ouvrant Le Monde ?
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auteur: Willy Gardett en savoir plus sur l'auteur |
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Désinformation ? Limite ...
Si l'angle choisit par le Monde pour cette Une du 30 septembre est certes opportuniste et un brin téméraire aussi, impossible à mon sens de parler de désinformation. On joue peut être sur les mots mais l'article titre sur l'adoption du plan, et adoption il y a eu. En outre, si le contexte est trop peu ressitué ou explicité -et c'est là la faute du Monde -le papier fait un plan focus sur les coulisses du vote à venir ce jour là, les tractations en cours etc... Quant à "l'adéquation des contenus avec le support", l'argument, concernant la presse papier, n'est-il pas déjà dépassé ? En effet, depuis qu'Internet a repris la main, la PQN -le Monde mais les autres également- ne fait plus découvrir aucun fait d'actualité à qui que ce soit, c'est acquis. Dans ce contexte, il s'agit plutôt de redéfinir l'identité et la fonction de la presse écrite, dont la mission n'est clairement plus d'informer pour informer, avec le caractère exclusif que cela pouvait comporter il y a quelques années encore, mais plutôt de donner un éclairage, un fond, une vision et une expertise propre à ses délais. | ||
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Le Monde excusable, mais "border line"...
Bien d'accord avec vous, Mathilde ! | ||
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Sur le fond, nous somme tout à fait d'accords Edouard, ceci étant, lorsque vous expliquez que nous avons là "la preuve des limites d'un quotidien du soir dans l'espace médiatique contemporain", je me permets de nuancer le propos. En effet, si le vote avait eu lieu le mardi 30 septembre très tôt le matin et non le lundi 29 dans la soirée, Le Monde aurait damé le pion à ses concurrents, concurrents dont les informations seraient sorties déjà obsolètes... | ||
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D'accord avec Mathilde
Je ne peux qu'aller dans le sens de Mathilde. Le problème vaut pour tous les supports papiers. La presse quotidienne sera sans doute amenée à se positionner par rapport à l'actualité de la même façon que la presse magazine se positionnait par rapport à la presse quotidienne au siècle dernier. | ||
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Faut-il débattre sur le support ou sur la profession ?
Je suis heureux de constater que le sujet du journalisme et de son avenir passionne les foules ! | ||
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D'autres travers ...
Oui effectivement Edouard souligne un des problèmes de l'information aujourd'hui. Soyons clairs, j'aime lire le journal, j'écoute les journaux radios, et je regarde parfois le JT. Mais c'est de moins en moins agréable et informatif. | |||
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