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Stanford, l'université de rêve

Au bout d'une allée monumentale de palmiers, on arrive à un très beau complexe de bâtiments de pierre blonde ; il s'agit du fameux Main Quad. De près, l'endroit fait plus penser à un monastère qu'à une université, avec en son milieu une grande église, la Mémorial Church, dotée d’une splendide façade de mosaïques. Dans les journées invariablement ensoleillées de la Californie, on voit peu d'étudiants, qui se déplacent tous en vélo ou en petites navettes. Si ce campus-monastère est étonnamment calme, il n'en est pas moins énorme, et surtout très prospère. Tous les locaux sont impeccables, le campus est noyé dans un océan de verdure - cèdres, dattiers et eucalyptus embaument l'air - et on entend partout l'eau de fontaines élégantes à l'ombre des palmiers géants.

 

Cet environnement paradisiaque offre aussi, et surtout, d’énormes moyens à la recherche et l'enseignement. Stanford compte 63 disciplines, des dizaines de bibliothèques comprenant 8 millions d'ouvrages, un nombre impressionnant d'enseignants reconnus, dont une vingtaine de prix Nobel, un hôpital ultramoderne, une usine d'électricité pour l’autosuffisance énergétique, mais aussi un stade de 80.000 places, plusieurs piscines olympiques, un grand centre commercial de luxe etc.

 

Depuis très longtemps, l'université a su également relier fortement l'enseignement, la recherche et les entreprises. Classée première ou deuxième université au monde dans tous les classements internationaux, elle continue d'avoir des partenariats avec de nombreuses sociétés américaines. Elle a participé à l'élaboration d'Internet et plusieurs des protagonistes de cette aventure ont été formés ici (Hewlett et Packard, les créateurs de Google, dont l'université est actionnaire), tout comme un nombre impressionnant de présidents, de chefs d'Etat, de PDG des plus grandes entreprises du monde etc.

 

Cela a certainement un coût. Les chiffres des donations privées viennent d'être annoncés pour les universités américaines : Stanford est de très loin la mieux dotée avec la somme de 860 millions de dollars pour cette année. A titre de comparaison Harvard, en deuxième position, a reçu 630 millions, et la troisième 300 millions. Ajoutons tout de même que l'université possède une solide réputation de conservatisme ; s'y trouve notamment le fameux Hoover Institute, probablement le think tank le plus puissant de la droite américaine (ne soyez pas choqués d’y croiser Donald Rumsfeld ou Condi Rice au détour d'un chemin).

 

Retour dans le campus avec les derniers événements-phares : un marathon de danse et une manifestation contre la Saint Valentin avec des panneaux déclarant que « L'amour pue » et, plus intéressant : « We love our dangers ».  Mais avouons un petit faible pour le  journal de l'université, vraiment adorable. Au choix, dans les sujets traités récemment : le perfectionnement d'une carte automatique pour les habitants des résidences universitaires (qui se sentent par ailleurs en sécurité à 92% !), les étudiants militant pour des repas végétaliens de qualité qui devraient, voyons, avoir le même traitement que les végétariens, et un article, notre préféré, sur la pression de l'eau de la douche dans les chambres, insuffisamment forte pour certains (accompagné d'un vif débat sur la hauteur du pommeau de douche). Nous sommes soulagés d'apprendre à la fin de l'article qu'un consensus a pu être atteint. Considérant que les frais de scolarité peuvent atteindre les 200.000 dollars pour quatre ans d'études, il est non seulement compréhensible, mais presque impératif, qu'on milite pour avoir une pression convenable de sa douche.
 

auteur: Emmanuel Ioannidis
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