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Tel Aviv vs. Jérusalem

En Israël, le fossé entre les religieux et les laïcs se creuse de plus en plus. Cela créé de multiples tensions au sein de la population. Le symbole de cette rupture est la différence et la confrontation sous-jaçente entre les deux villes principales : Jérusalem et Tel Aviv.

 

"Tel-Aviv est surnommée la Bulle par les Israéliens. C'est leur Sodome et Gomorrhe. La ville du plaisir, du péché, de la liberté de moeurs, de la légèreté, par opposition à Jérusalem, plus religieuse, morale et intellectuelle. Tel-Aviv est pour les jeunes une soupape de sécurité. Un endroit de survie qui ressemble à New York, Paris, Londres, toutes les mégalopoles internationales", explique le réalisateur israélien Eytan Fox du film La Bulle .

 

Même si Tel Aviv a l’ambition de devenir une des grandes cités homosexuelle mondiale, trois gay prides sont organisées en Israël, dont une à Tel Aviv et l’autre à Jérusalem. Pourtant, l’état d’esprit est bien différent, comme le rappelle un participant de la parade, dont les propos ont été diffusés à la radio de l’armée : "A Tel Aviv, on célèbre la liberté et les droits que nous avons, c’est un festival, un évènement, une célébration. A Jérusalem, c’est seulement une démonstration pour les droits de l’homme". L’année dernière, une jeune israélienne d’origine sud-africaine avait participé à la gay pride de Jérusalem. Elle n’est pas lesbienne, c’était par simple curiosité. Un groupe de jeunes filles orthodoxes l’ont prise à parti et l’ont frappé, juste par le simple fait qu’elle y participait. Les jeunes religieux traitaient les participants de "bêtes".

 

Ce décalage est également visible dans la vie quotidienne, le style de vie des habitants ou leur tenue vestimentaire

 

Tel Aviv est une grande cité balnéaire comme un autre, au même titre que Barcelone ou Sydney. Les filles à la peau couleur caramel  portent des mini-shorts, ray-farer multicolores sur le nez, et talons hauts. A Jérusalem, on voit beaucoup de "Black and white", cette communauté d’ultra-orthodoxes qui représente près de 30% de la population totale de la ville. Dans la ville sainte, il n’est implicitement pas autorisé de porter des jupes courtes ou des décolletés trop ouverts. Les tenues des femmes, mêmes les touristes ou les non-juives, doivent être respectables. Ariel, un jeune israélien de 24 ans, se promenait avec sa petite-copine dans les rues de la Vieille ville. Là, un haredi, ultra-orthodoxe en hébreu, s’arrête et lui dit : "ton amie devrait se couvrir les épaules et le décolleté". Ariel, choqué lui répond : "et vous, devriez vous occuper de vos affaires, et porter des tenues colorées". Cet échange symbolise à lui tout seul toutes les tensions qui font rage entre les religieux et les laïques en Israël.

 

Pour les jeunes de Tel Aviv, Jérusalem représente une ville sombre, fermée, ravagée par les conflits, et où il n’y aucun avenir

 

Certains mêmes, la fuient. Comme Adam, 22 ans, encore à l’armée. Il a passé quelques mois dans une base sur les collines de Jérusalem. "Je ne veux plus jamais remettre les pieds dans cette ville", déclare-t-il. Adam est juif, pourtant il mange du porc et considère Yom Kippour, le jour le plus sain du calendrier juif, comme une simple journée de repos qu’il peut passer à la plage. A Jérusalem, une famille française qui vient passer les fêtes juives en Israël, confie : "Quel intérêt pour un juif de vivre à Tel Aviv ? Rien n’y est casher, ils vivent comme des non-juifs !". D’ailleurs à Tel Aviv, presque personne ne porte la kippa et on ne sent en rien les conflits que connaît l’Etat hébreu. Il suffit de se promener sur l’avenue Rothschild, remplie de restaurants et de cafés, sur la plage ou dans les petites rues du centre-ville. Tous les week-ends, des soirées organisées un peu partout, dans les discothèques, les toits des gratte-ciels ou au bord de la mer, et ce, même le vendredi soir pendant Shabbat. A 80km de là, le même soir, la ville sainte s’endort après les prières. Les rues sont désertes, seuls les taxis conduits par des Arabes, roulent. Quelques bars restent quand même ouverts. Les touristes et les quelques juifs non religieux qui vivent encore dans la ville s’y réfugient….

auteur: Julia Van Aelst
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