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Billets
Attentats en Inde : "Twitter" n'est pas informer
Comment ? Vous ne connaissez pas Twitter ? Mais comment avez-vous pu passer à côté de la nouvelle révolution de l'information ? Rapide mise à jour, pour ceux qui en sont restés au web 2.0.
Twitter est un service de "microblogging", où chaque utilisateur alimente son fil de conversation avec des messages de 140 signes maximum. Le tout augmenté d'une bonne dose de réseau social : vous pouvez choisir de suivre un utilisateur ou d'être suivi. Et organiser des fils de discussion thématiques.
Alors comment un service qui est essentiellement destiné à tenir vos amis informés de votre humeur du moment, ou de la rougeole de votre petite dernière peut-il être qualifié de nouveau "média", de "source des sources" ?
Information instantanée ou ersatz d'information ?
Il se trouve que cet élan se nourrit d'une succession d'événements où Twitter semble jouer un rôle de source primaire d'information. Le dernier en date – bienvenue dans l'ère de l'information instantanée – n'est autre que la vague d'attentats de Bombay (donc hier matin, à l'heure où ces lignes sont écrites), avec un fil Twitter #Mumbai qui aura tenu en haleine les "hard newsers", livrant secondes par secondes un déroulé des événements au plus près de l'actualité.
En moins de 24 heures ce phénomène aura lui même suscité une petite myriade d'articles où se mèlent vertige, curiosité, intérêt, interrogations, et optimisme parfois béat, telle cette conclusion "L’info commence d’abord sur Twitter" ?
Je ne partage pas cet excès d'enthousiasme qui ferait de Twitter un outil d'information, un média. Sans nier l'intérêt que peut représenter le fait de disposer de centaines de "correspondants" sur les lieux d'un événement, ni la réactivité supérieure de ceux-ci aux grands médias internationaux, cet enthousiasme me semble prendre le pas sur certaines questions essentielles relatives à l'information, et entretenir de nombreuses – et dangereuses – confusions.
Triple confusion
Une confusion entre témoignage et information d'abord, comme le souligne Stéphane dans son commentaire sur TechCrunch. Une confusion entre support d'information et source d'information ensuite. La question de la "source" appelle inévitablement la question "qui parle ?". Twitter permet-il de répondre à cette question ? Une confusion enfin sur la notion d' "information" elle même : le fait que x centaines d'inconnus relaient un fait vaguement identique en fait-il une information ? Cela peut aussi ressembler à une machine à rumeurs.
Informer est un métier
Un exemple : cet article du TimesOnline, titré "Les journalistes-citoyens sommés de cesser d'utiliser Twitter pour informer sur les attentats de Bombay", indiquant : "des utilisateurs de Twitter ont indiqué que les autorités indiennes demandaient aux utilisateurs de cesser d'alimenter le site en information pour des raisons de sécurité". Rien ne vient étayer cette information, que CNN évoque comme une rumeur dans un autre article. Or la publication de l'article du Times suscite, à son tour, une floppée de messages sur Twitter. CQFD.
Twitter ne permet pas de répondre de façon satisfaisante aux exigences minimum de l'information : où, quoi, quand, qui, comment, et surtout pourquoi ? Sans répondre à cette question, on crée l'illusion de l'information, une forme d'illettrisme de l'actualité, faite d'instantanéité, de flux et de reflux de faits, dénuée de sens.
La vraie information prend du temps à produire. Elle fait plus de 140 signes. Elle donne du sens aux faits, du contexte. Elle est l'oeuvre de professionnels, qui doivent s'appuyer sur des supports et des canaux plus nombreux et réactifs que jamais. Parmi lesquels Twitter. Dont acte.
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auteur: Simon Loubris en savoir plus sur l'auteur |
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