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Un discret parfum de scandale

Sagan revient, quatre ans post mortem, sous les traits copiés/collés d'une talentueuse Sylvie Testud dénichée par Diane Kurys. Quoirez de son vrai nom, changé sur le conseil avisé d'un père inquiet de le voir galvaudé, c'est au vénéré Proust que Françoise a chipé pour écrire celui d'un personnage : Talleyrand, prince de Sagan. A l'image des médias de l'époque, le film donne meilleure part à la personnalité qu'à l'oeuvre, pourtant lancée à grand fracas en 1954 par le prix des Critiques décerné à Bonjour tristesse, alors qu'elle n'avait que 18 ans.

 

Vitesse, drogue, dandysme

 

C'est que, plus médiatisé que Sagan dans les années 50, ne se trouve guère que les pin-up de la Croisette. Symbole pour le public des excès tape-à-l'oeil d'une jeunesse dorée noctambule et oisive, cette discrète aura donné plus que sa part aux unes tapageuses de l'époque : la mordue de vitesse conduisant pieds nus sa Jaguar "pour faire corps avec"; l'abonnée aux cuites - voire plus, quand affinités - de chez Régine, flanquée d'esprits caustiques alors taxés de "gauche caviar"...  Elle affichait malgré elle sous des titres choc le minois timide d'une éternelle inquiète qui avait choisi de s'amuser pour donner le change à un malaise profond ; de s'intéresser à des personnages inventés plutôt qu'à ses propres tourments.

 

Écrire ou vivre

 

A ceux qui lui reprochaient de ne dépeindre qu'un milieu superficiel elle répondait que, n'ayant pas pratiqué l'usine, elle en eût mal parlé ; s'ils s'en prenaient à la minceur de son oeuvre elle leur donnait raison, déplorant la paresse qui la tirait de sa table de travail pour chercher au-dehors un plaisir plus facile, et claquer comme son amie Barbara un argent pour lequel elle n'avait pas sué. Révélateur de son insouciance en la matière, un redressement fiscal consécutif à des placements qu'elle avait laissé faire en son nom, dans la triste "affaire Elf", l'a sur la fin privée de ses droits d'auteur, et dissuaderait encore Julliard de la rééditer. Condamnée à un an de prison avec sursis, elle a d'après son fils* fini dans le dénuement.

 

Plutôt mourir que de s'en plaindre? Ce ne serait pas étonnant de la part de cette dandy désespérée dont la modestie, l'humour et la justesse, à l'image de ses écrits, auront illustré une liberté jugée scandaleuse quand elle n'est pas encore agréée.

 

 

*"L'oeuvre de ma mère est menacée de disparition."

auteur: Julie de Pardailhan
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