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Voyages des corps, voyages des sentiments

A propos du film de Fatih Akin, De l'autre côté. Ali, veuf et âge, décide de vivre avec Yeter, prostituée d'origine turque comme lui. Son fils, jeune universitaire, se prend d'affection pour elle lorsqu'il apprend qu'elle finance les études de sa fille restée en Turquie. La mort accidentelle de Yeter, frappée par Ali, éloigne durablement le fils du père. Il se rend en Istanbul dans l'espoir de retrouver la trace de la fille de Yeter et y change de vie. En même temps, à Hambourg, nous voyons la fille qu'il recherche en Turquie, Ayten, sympathiser avec Lotte, une étudiante allemande, séduite par l'engagement politique et le radicalisme de la jeune Turque.


Fatih Akin décrit, tel un équilibriste, le va et vient incessant des sentiments: du fils pour le père qui oscille entre tendresse et rejet, de la mère entre la méfiance, l'effondrement et l’espoir, ceux de Lotte entre admiration et révolte, ceux de Ayten entre engagement et solitude, ceux du père entre amour, brutalité et regret et celle de la mère prostituée entre foi en une nouvelle vie et nostalgie pour sa fille. Le metteur en scène navigue admirablement entre trois familles, deux générations, deux profils sociaux, et deux pays. Mais, à la fin, les personnages ne se trouvent jamais. Le flux incessant qui fait aller et venir les personnages -que l'on trouve toujours dans des trains, des bus, des tunnels, des ponts, sur des bateaux- est rendu avec un mélange paradoxal de dureté et de délicatesse qui sonne toujours juste. Si toutes les rencontres prévues sont manquées, il reste les rencontres inédites. Même si l'autre rivage reste toujours à atteindre et l'autre frontière toujours franchie au mauvais moment, un peu trop tôt, un peu trop tard.

auteur: Emmanuel Ioannidis
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