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BCE
Wikipedia (Christoph_F_Siekermann)

Trichet à l'Europe : "Inflation at the gate"

La décision prise jeudi dernier par la BCE d’augmenter son taux à 4,25% ne méritait ni l’excès d’indignité qu’elle suscite dans beaucoup de milieux français et européens ni l’excès d’honneur qui vient retomber a contrario sur son président, pour avoir exécuté sa mission sans craintes de ces réactions.

C’était à la vérité une décision logique et qui eut été facile à vendre si l’air du temps n’était pas rempli des parfums faciles et capiteux du laxisme monétaire qui nous vient d’outre-Atlantique.

 

En Europe, l'inflation constatée atteint partout 4%

 

En effet, alors que l’inflation constatée atteint partout le niveau de 4% et que la masse monétaire mesurée dans son agrégat M3 croit à plus de 10%, il eut été dangereux que les autorités monétaires européennes fassent comme si de rien n’était. Elles auraient profondément sapé la crédibilité d’une institution qui constitue le meilleur gage de stabilité économique et monétaire pour des centaines de millions d’européens. « Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites » disait Pompidou. Une banque centrale est là pour assurer des limites aux errements monétaires, et donc défendre des bornes. C’est fait et le message est bien passé. Le coût en sera moins supporté, en vérité, par les entreprises que par les banques européennes qui, au contraire de consœurs américaines bénéficiant pour panser les plaies de leurs erreurs d’une rente de transformation grâce à la pentification des taux organisée par la FED, font face à une couteuse inversion de la pente des taux.

 

Les responsables politqiues craignent une perte supllémentaire de compétitivité de la zone euro

 

C’est d’ailleurs moins l’effet sur l’activité par un renchérissement symbolique du crédit que craignent les responsables politiques, président français en tête, qu’une perte supplémentaire de compétitivité de la zone Euro du fait d’un différentiel des taux accru. Ils soulignent, à juste titre, que l’écart entre les 2% de la FED et 4,25% n’apparait pas justifié. Mais ils oublient de noter que le taux de la Banque d’Angleterre est à 5%. Et ils n’évoquent pas l’hypothèse pourtant la plus probable : c’est le niveau des taux de la FED qui ignore, pour le plus grand péril de l’économie américaine mais aussi mondiale, la montée des anticipations inflationnistes et les excès monétaires que dénonce si bien la BRI.

 

Face à la perspective des fameux « effets de second tour », leur argument bâti sur le caractère international de la hausse des prix, due à des mouvements mondiaux  sur le pétrole et les matières premières, agricoles ou pas, n’est pas nouveau. Il recouvre le vieux débat  entre les concepts de « headline inflation » et de « core inflation » : doit-on se préoccuper de l’impact de facteurs exogènes et passagers comme le sont les hausses de prix de matières premières ?

 

On pourrait se souvenir que les précédents chocs pétroliers ont déjà puissamment contribué à la hausse des prix au début des années 70 et 80, rappeler que les anticipations de hausse des prix, quelle qu’en soit l’origine, constituent le vrai moteur de l’inflation et qu’il tourne malheureusement déjà à plein régime, avertir aussi que l’inflation est un mal aux causes diverses mais à la conséquence unique : un dérèglement économique durable et douloureux (en particulier pour ceux qui ne disposent d’aucun « pricing power »). Mais ces arguments se heurtent à un postulat simple, qui entraine une conclusion simpliste : la politique monétaire de l’Euro n’a pas de prise sur les prix mondiaux des matières premières, il convient donc de n’y pas toucher. En est-on si sur ?

 

Et si la politique monétaire européenne finissait par influer sur la politique américaine, taux de change oblige, et si ensemble, elles permettaient de réduire des effets de bulle ?

 

Et si, au lieu de se résigner à n’avoir aucune prise sur des phénomènes qui nous affectent dangereusement, on saisissait le manche monétaire au lieu de le jeter après la cognée de l’inflation ?  Pourquoi en effet n’y aurait-il donc pas au niveau mondial une relation similaire entre l’excès monétaire et la hausse des prix que celle qui fut constatée, et heureusement contrée, dans les différentes zones monétaires occidentales ?

 

L’excès monétaire est évident, bien expliqué et mesuré dans le récent rapport de la BRI. Son lien avec la hausse des prix des matières premières fait débat : alimente-t-il une croissance trop rapide pour l’état des ressources mondiales ? Nourrit-il des phénomènes spéculatifs sur les marchés qui les poussent à la hausse ?  La question mérite l’examen. Mais il est peu logique d’entendre certains critiquer à la fois le caractère spéculatif de la hausse des matières premières et la rigueur monétaire : l’un justifie l’autre.

 

Il reste bien sûr que les liquidités mondiales ne dépendent pas que de Francfort

 

La FED, par sa politique depuis 2001, les a largement et excessivement alimentées. Mais l’intérêt croissant des acteurs mondiaux pour l’Euro comme devise de règlement et de réserve en découle. Et la démonétisation du Dollar aussi, dont les autorités américaines perçoivent chaque jour un peu plus les conséquences perverses : elles multiplient depuis début juin des déclarations en faveur du Dollar « fort » qui contiennent sa baisse et finiront bien par être suivies de mesures monétaires.

 

Les banques centrales américaines et européennes, incarnées par leurs dirigeants, se trouvent ainsi embarquées malgré elles dans un vrai duel de légitimité.  Leur seule victoire envisageable est commune : restaurer la crédibilité monétaire des devises internationales, avant qu’une inflation globale ne ravage toutes nos économies, et ainsi  enrayer aussi bien les effets de second tour que ceux de premier tour. Face à une menace bien trop sous-estimée, la BCE monte le garde aux portes d’une économie mondiale encore sous contrôle. Merci  à la maréchaussée  européenne.  

auteur: Vincent Hubert
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