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Economie
Pour (ne pas) en finir avec la crise financière (1)
Non, la crise financière n’est ni finie ni traitée. La tentation de l'évacuer est illusoire et dangereuse. Pour autant, la finance n'est ni "folle" ni nuisible socialement. Cette crise, bien comprise, doit aboutir à une vraie reconstruction d’une finance du XXI° siècle.
Depuis quelques temps, certains s’employaient à sonner la fin de l’alerte : "la crise est finie, ou du moins le pire est derrière nous". Les experts n’ayant souvent décelé la crise financière que plusieurs mois après son déclenchement (et quelques années après ses causes premières : la dégradation de qualité des crédits subprimes date du début 2005, comme celle de l’immobilier américain ), le démenti que leur inflige l’actualité après un semestre de purge ne saurait surprendre. Mais la tentation d’évacuer la crise reste illusoire et dangereuse.
"La finance est folle", perturbe l’économie et crée d’insupportables dégâts sociaux disent d’autres, qui n’ont vu venir ni la finance moderne ni son impact majeur sur la croissance. Non, la crise n’est ni finie ni traitée. Non, la finance n’est pas devenue une nuisance sociale. Evacuer l’une ou enfermer l’autre constituerait une même et grave faute, et d’abord pour l’Europe dont l’industrie financière constitue une des meilleures armes dans la concurrence mondiale. La crise financière, bien comprise, doit aboutir à une vraie reconstruction d’une finance du XXI° siècle qui n’a connu jusqu’ici qu’une phase de " déconstruction" échevelée.
Mais de quelle crise et de quelle finance parle-t-on ici ?
La crise boursière, si l’on regarde la vitrine de la finance que sont les marchés boursiers, n’a jamais existé. La forte baisse actuelle n’en tient pas lieu : la crise du crédit n’a pas perturbé le bon fonctionnement des bourses mondiales, malgré son coût astronomique et les incertitudes qu’elle a générées. Certes, il y eut des séances chahutées et une volatilité accrue mais la liquidité des titres a toujours été assurée et la hiérarchie des valeurs respectée. Quant aux indices, leur baisse graduelle traduit autant la dégradation conjoncturelle en cours que les pertes massives du secteur financier. Les marchés boursiers « assurent». Les assureurs aussi, d’ailleurs, malgré quelques percées aventureuses dans le territoire de la finance moderne.
L’ampleur de la crise immobilière, elle, se révèle peu à peu, aux USA et aussi en Europe. Elle a, par le biais des fameux prêts "subprime", mis en route la crise financière mais elle est d’une autre nature, beaucoup plus conjoncturelle et en fait cyclique. Ajustement brutal d’une tendance euphorique d’une durée exceptionnelle, elle ne peut certes qu’être profonde et probablement durable même si elle est aussi largement locale. Mais l’amalgame avec la finance est trompeur : liés par le recyclage de liquidités (trop) abondantes et un effet de levier excessif, les deux industries n’en suivront pas moins des trajets distincts et bientôt divergents.
Le secteur du crédit est bien le cœur du sujet : il est, à lui seul, la "finance en crise". Et cette crise n’est pas conjoncturelle, même si la baisse rapide des revenus bancaires inquiète aussi. La crise est éminemment structurelle : c’est la machine de la finance moderne qui est en pièces. Dérèglement durable des marchés monétaires, blocage brutal des financements de LBO, difficultés persistantes des marchés obligataires, craintes profondes sur les dérivés de crédit Les symptômes persistent, les couts s’additionnent pour les institutions financières, les effets négatifs pour l’économie s’installent. La crise est là. Il faut l’accepter pour la traiter.
Excès et déstructuration du crédit
La finance des dix dernières années se caractérise par une double et brutale évolution : explosion du crédit, "excès de crédit", comme le dit un John Thain (et l’explique la discrète BRI dans son rapport annuel), nourri par le recours systématique à l’effet de levier maximal et rendu possible par une offre de liquidités abondante et stimulée par une politique monétaire excessivement accommodante, mais aussi "déstructuration" du crédit, retrait des banques, peu capables ou désireuses de suivre sur leur bilan la montée rapide des enchères, distribuant à des tiers l’analyse et à des véhicules ad hoc le portage des actifs, originateurs purs s’abritant derrière des notations de crédit très théoriques et une absence illusoire de recours à leur bilan.
Il a manqué au crédit la discipline d’un marché organisé et transparent où les excès se paient aussi vite que chers comme celle, plus traditionnelle, d’une profession où la réputation mettait des décennies à se construire et constituait aux yeux de tous l’actif principal d’une banque.
Le crédit s’est ainsi déréglé, souvent sous les yeux de responsables aguerris et impuissants. Les conséquences en furent doubles. Le prix du risque de crédit fut abaissé fortement (les crédits "spéculatifs" ont vu leurs spreads baisser de 800 à près de 250 points en deux ans) mais sans logique ni hiérarchie évidentes (les titres très subordonnés portant par exemple un rendement bien inférieur à celui des actions dont la prime de risque est, elle, restée élevée).
La "bulle" du crédit peut se comparer à celle de la fin de la décennie précédente qui portait sur les actions et se nourrissait du fameux "paradigme" de la nouvelle économie, appliqué en abondance par des analystes rémunérés pour cela, à la place de l’effet de levier comme facteur de création de valeur. Mais l’enjeu était moindre et les conclusions en ont alors été tirées, les réglementations durcies, la caution des analystes dévalorisée, les investisseurs avertis, et ce sont des marchés actions profondément réformés qui ont tenu le choc de la crise. Au crédit !
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auteur: Vincent Hubert en savoir plus sur l'auteur |
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