Culture


FL

De la médiocrité

Atteindre la perfection, un espoir illusoire ? L'espèce humaine est sans cesse tiraillée entre son désir d'amélioration et de progression et son caractère faillible. Entre les deux, se déploie un état de médiocrité.

L’état normal de l'humanité dans toutes ses actualisations culturelles et idiosyncrasiques est la médiocrité. Aucune société n'est un paradis ni aucun humain un dieu, mais ils ne sont pas non plus un enfer ni un démon, sauf accidents transitoires et locaux. Ce diagnostic mesuré est justifié par des considérations théoriques tirées de la nature et de la condition humaines.

 

Une espèce faillible

 

L'argument théorique est tiré directement de la nature libre de l'espèce animale Homo sapiens. En tant qu'animale, elle est régie par la rationalité du vivant, qui tend à la perfection. Mais, en tant que libre, elle est faillible et condamnée à l'imperfection.

 

La vie est une néguentropie provisoire, fragile et menacée

La contradiction est résolue par la médiocrité tendue entre la perfection et l'imperfection. La vie est une néguentropie provisoire ou, ce qui revient au même, une animation provisoire de l'inanimé physico-chimique. En tant que provisoire, la vie est fragile et menacée. Elle est, à ce titre, peut-être imparfaite, mais il resterait à démontrer et à trouver un sens à l'hypothèse que sa perfection serait réalisée dans l'immortalité. Il est à craindre que cette vue ne soit anthropocentrique et non pas biologique.

 

Une perfection impossible à atteindre

 

En effet, la perfection biologique est définie par la capacité à monter un plan d'organisation susceptible de s'autoréguler, de se reproduire et d'évoluer. Les contraintes imposées sont d'une telle minutie et d'une telle rigueur que c'est miracle, si la vie existe sur cette Terre, et un émerveillement toujours renouvelé pour ceux qui prennent conscience de la complexité fonctionnelle des organismes, de l'adaptation efficace des espèces à leur milieu et de l'histoire prolifique du vivant.

 

On voit mal comment ces trois dimensions pourraient être portées à un plus haut point de perfection. L'espèce humaine participe de cette perfection du vivant non seulement dans son équipement biologique, mais dans toutes ses dimensions, car Dieu et/ou la Nature l'ont dotée de tous les dispositifs nécessaires et suffisants, pour gérer au mieux les problèmes que lui pose sa liberté. Il lui suffit de mettre sa rationalité au service de sa finalité et d'agir, connaître et faire, pour résoudre ses problèmes de survie et de destination.

 

Jusqu'où peut aller l'imperfection ?

 

Le fait le mieux établi est la survie de l'espèce humaine jusqu'à ce jour !

Mais la liberté implique la capacité des contraires et induit une faillibilité qui tire tout le dispositif dans le sens de l'imperfection. Sur cette voie glissante, un seuil peut être franchi, au-delà duquel la survie serait compromise, et un autre, au-delà duquel la vie devient impossible. Il n'est pas impossible en toute rigueur logique que la vie mette à l'occasion au point un système vivant incapable de survivre, mais, si l'occurrence en survient, l'espèce ainsi viciée dès l'origine disparaîtrait.

 

Or, le fait le mieux établi est la survie de l'espèce humaine jusqu'à ce jour ! La perpétuité ne lui est pas garantie, pas plus qu'à aucune autre espèce ni même à la vie en général, mais cet argument est sans pertinence ici, car il porte sur la contingence intrinsèque et ontologique du vivant. On tire du constat de la survie acquise une manière de théorème. Il pose que l'imperfection humaine est empêchée par des recours efficaces de franchir le seuil fatal et incitée à les mettre en œuvre, dès que le premier seuil se dessine. Les recours sont doubles.

 

Entre ces extrêmes : la médiocrité

 

Les humains peuvent toujours s'activer au traitement de leurs problèmes

L'un consiste à agir, faire et connaître, dès que les problèmes atteignent une acuité telle, qu'ils exigent des solutions compatibles avec la survie. Or, les humains peuvent toujours s'activer au traitement de leurs problèmes, puisqu'ils sont naturellement équipés à cette fin. L'illusion la plus pernicieuse et la plus régulièrement réfutée par l'événement consiste à tenir qu'une situation puisse empirer indéfiniment, sans que des acteurs réagissent. Il peut, sans doute, se faire qu’une conjoncture soit à ce point désespérée, qu'elle demeure sans issue malgré tous les efforts, mais l'occurrence n'en saurait être qu'épisodique et locale.

 

Le second recours est encore plus efficace, qui consiste à explorer les solutions par la méthode des essais, des échecs et des tris. Elle est plus efficace, car elle mobilise le temps - ce qui suppose que les acteurs se donnent le temps, en ne s'y prenant pas trop tard -, elle s'appuie sur les échecs pour réussir et évite le choix du tout ou rien.

 

Ce recours et cette procédure sont les plus propres à la gestion par l'humanité de sa faillibilité. Ils expliquent les deux vues réalistes qu’il est possible de prendre des affaires humaines. L'une procède par des arrêts sur image et révèle, partout et toujours, des problèmes, des crises, des décadences, des corruptions, des crimes, des sottises..., mais également des efforts pour résister. L'autre déroule le film et montre comment, de séquence en séquence, les efforts réussissent à gérer les problèmes, non pas en les réglant définitivement et parfaitement, mais en maintenant les disgrâces en deçà du seuil non seulement de la survie, mais encore de la menace de la survie.

 

En ce point tendu entre la perfection et l'imperfection, la médiocrité règne.

auteur: Jean Baechler
en savoir plus sur l'auteur
5 RÉACTIONS réagissez à  cet article
Pour participer au débat, vous devez vous identifier :


Créez votre profil pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com

de claro le 17/06/2009 à 16h53
De l'art de modérer...

Tiens, le visuel a changé ;-)
Mais mon commentaire précédent a disparu ;-(

Quel est exactement l'objectif de cette modération sauvage et non argumentée ?
Vous devez me trouver pointilleux, mais ayant l'habitude des sites communautaires, je teste souvent, une fois m'être inscrit, le degré d'ouverture de l'équipe de modération.
Car, à mon sens, les commentaires ne servent pas uniquement à réagir aux articles, mais aussi à interagir sur le site en lui-même...

Je suis tout de même satisfait que ma requête ait trouvé un écho positif à vos yeux..

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus
de La rédaction le 17/06/2009 à 17h15
Explication

Bonjour,
Merci pour votre participation à contre-feux. Votre commentaire précédent a été supprimé car il concernait le visuel, qui en effet n'était pas pertinent (vous aviez tout à fait raison). Ce dernier ayant été changé, votre commentaire n'aurait plus fait sens pour nos lecteurs.
A très bientôt sur contre-feux

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus
de Didier Masson le 02/07/2009 à 18h35

Je trouve cet aticle hautement inintéressant ! Il consiste en fait en une succession continue d'assertions pe´remptoires qui ne sont jamais justifiées. On n'y démontre rien ni même explique quelque chose. On s'y contente d'affirmer. D'où viennent ces idées ? Nul ne le sait. Il ne nous reste plus qu'à y adhérer d'emblée où à rejeter. Jamais en le parcourant je n'ai résusi à percevoir un but, la recherche de qqch. Et puis l'hyper généralisation et la présentation de l'humain réduit à sa facette animale : non !

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus
de claro le 09/07/2009 à 13h07
Bien de votre avis

Entièrement d'accord avec vous !
Ce type d'article ne sert à rien ni à personne.
Le pseudo élitisme n'a pas sa place sur le web.
Ce papier ne nous donne rien, il est creux, stérile.
N'y-a-t-il pas d'autres essayistes en France ?

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus
de jonathanB le 26/07/2010 à 14h21

@ Didier Masson et Claro

Pourquoi vouloir qu'un texte ait forcement une utilité? Et d'abord qu'est-ce que l'utilité, si ce n'est un intéret qui dépend du sujet?

Je peux vous fournir un contre-exemple: ce texte m'a permis de mettre le doigt sur la médiocrité, qui est une notion que je ressentais, mais à laquelle je n'avais pas encore assigné de mot. C'est maintenant chose faite :)

@ Claro

"Le pseudo élitisme n'a pas sa place sur le web". Pouvez vous préciser?

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus