Culture


Philippe Petit, New York, 1974

Du progrès humain

Tendre vers la perfection, progresser en toute chose, telle semble être la volonté de chaque être humain dans chacune de ses activités. Comment ce désir d'amélioration perpétuel peut-il cohabiter avec la médiocrité essentielle qui caractérise également l'espèce humaine ?

La médiocrité n'est pas incompatible avec la progressivité. Il serait logiquement contradictoire qu'une espèce libre fût nécessairement bloquée en un point fixe de médiocrité. Celle-ci ne saurait être qu'une échelle graduée, sur les échelons de laquelle les individus et les sociétés pourraient monter ou descendre en résultat de leurs efforts contrastés.

 

La liberté interdit de monter jusqu'à la perfection et la survie de descendre dans l'imperfection jusqu'à la compromettre. Un corollaire fait devoir aux humains de mettre tout en oeuvre pour progresser sur la zone de médiocrité que leur réserve l'échelle, car il serait absurde de leur enjoindre la régression, puisque celle-ci a pour aboutissement logique l'imperfection absolue, c'est-à-dire la disparition de l'espèce, condamnée pour n'avoir résolu aucun de ses problèmes.

 

Progresser est un devoir. C'est aussi une possibilité objective, puisque l'échelle comporte plusieurs degrés, y compris dans la zone de médiocrité. Le progrès est un mode de la catégorie de la qualité. Comme l'égalité, il ne peut pas être pris absolument et n'acquiert un sens que par la précision de ce "en quoi" il y a progrès. La considération de la nature humaine, définie comme libre, finalisée, rationnelle et faillible, procure les précisions nécessaires et suffisantes.

 

"Peut mieux faire !"

 

Quelles que soient les dotations de chacun, il est possible d'en tirer plus

Chaque être humain accède à l'existence équipé de dotations à mettre en oeuvre tout au long de sa vie. La mise en oeuvre l’équipe d'une personnalité définie, dont il se sert pour accomplir son métier humain. Quelles que soient les dotations, il est toujours possible d'en tirer plus, et toujours possible de modifier la personnalité, pour qu'elle serve mieux le métier. La possibilité en est ouverte par la liberté comme non-programmation, car elle implique un minimum de degrés de liberté. Les infirmités les plus graves et les handicaps les plus profonds sont eux-mêmes susceptibles de traitements variés et de développements différents, aussi peu que ce soit. A fortiori l'équipement normal des humains et les talents supérieurs. La maxime première des êtres humains proclame partout et toujours : "peut mieux faire !". Mais en quoi ?

 

La réponse est sans ambiguïté. Chaque être humain peut toujours agir, faire et connaître mieux, aussi peu que ce soit, au service des fins de l'homme, en s'y efforçant d'un mouvement propre et avec l'aide des autres. Il est toujours possible de progresser dans la pratique authentique d'une religion, dans le dévouement citoyen au bien commun, dans l'appropriation réciproque des besoins et des ressources, dans la recherche du bonheur, car il est toujours possible de réunir des moyens plus appropriés aux fins, de trouver de meilleures réponses aux questions mieux posées, de faire mieux correspondre les matières et les formes. Le progrès peut être imperceptible et misérable, mais il est toujours possible, car sa possibilité est inscrite dans la nature humaine.

 

Régimes naturels et progression

 

Des progrès sont également possibles et exigés dans tous les ordres de l'humain. Chaque ordre est appliqué à l'effectuation d'une fin. Chaque fin est, de son côté, la solution idéale d'un problème de survie ou de destination. L'effectuation exige la réunion de moyens appropriés. Les moyens sont des factions, des cognitions et des actions, dont la faillibilité humaine compromet l'appropriation. Ce dispositif général réserve au progrès deux domaines auxquels s'appliquer, en mobilisant les efforts au service d'une moindre faillibilité.

 

Il n'y a pas de progrès absolu et encore moins de Progrès

Le premier domaine est tracé par la possibilité que les moyens soient inappropriés de fondation. Si l'on appelle "régime naturel" d'une fin l'ensemble des moyens appropriés à son effectuation, la faillibilité impose la possibilité d'un ou de plusieurs régimes plus ou moins dénaturés. Par exemple, le régime naturel du politique repose sur l'enracinement de toute relation de pouvoir dans le consentement à obéir, pour favoriser la réussite des entreprises collectives.

 

Tout régime reposant sur un autre ressort de l'obéissance que le calcul éclairé est, de ce fait, plus ou moins dénaturé. Des progrès sont ainsi accessibles dans tous les ordres, qui consistent à abolir un régime dénaturé au bénéfice d'un régime naturel. Le second domaine est circonscrit par le fait que, en raison de la faillibilité, tout régime naturel fonctionne mal, plus ou moins, de telle sorte qu'il est toujours possible de le faire progresser du moins vers le plus.

 

On peut convenir d'appeler "révolution" la commutation d’un régime dénaturé à un régime naturel et "réforme" l'amendement d'un régime naturel. Ce sont des "progrès en" définis, réels, constatables et vérifiables. Par contre, il n'y a pas de progrès absolu et encore moins de Progrès. La faillibilité ne permet même pas d'espérer que, grâce aux révolutions, les régimes naturels finiront par triompher définitivement, et que, grâce aux réformes, les régimes naturels fonctionneront toujours mieux. En fait, le moins bien s’insinue toujours et la dénature ne s’avoue jamais vaincue.

auteur: Jean Baechler
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de Christian DELARUE le 06/08/2010 à 01h02
Equilibre

Eviter pour soi la médiocrité est une chose, la refuser chez les autres en est une autre. Ce serait alors une idéologie réactionnaire fondée sur l'incitation à l'effort, sur la dureté des relations humaines et des rapports sociaux.

Qui juge de la médiocrité? Ou est la barre?

"Plus haut, plus vite, plus fort" ou "plus de quantité et plus de qualité" voilà aussi le résumé de l'intensification du travail, du travaillisme et du productivisme. Stop! Vive la RTT !

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de bjean le 23/09/2010 à 17h28
Nous sommes dans la médiocrité

Teresa Lewis, citoyenne américaine et déficiente mentale, sera exécutée par injection létale aujourd’hui, jeudi 23 septembre.

Son crime : avoir planifié en octobre 2002 le meurtre de son mari Julian Lewis, 51 ans, et de son beau-fils Charles, 25 ans, en vue de toucher une prime d’assurance-vie.
Ni SOS Racisme, ni BHL, ni Libé ne manifesteront pour la sauver. Ils ne lanceront pas de campagne internationale pour dénoncer la barbarie de son exécution. Normal, elle n’est pas iranienne, son juge n’est pas enturbanné et son bourreau n’est pas musulman.

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de Liger le 22/10/2011 à 15h37
Progrès ou entropie ?

Le progrès est un concept beaucoup plus fragile que nous, occidentaux du XXIème siècle pouvons le percevoir.
Il est ethnocentrique, car la notion de progrès est loin d'être universelle et parfois totalement absente de certaines civilisations. Il est daté, car sa définition, relativement récente, varie avec le temps.
Reste cependant le degré de liberté de l'individu, qui peut être interprété comme une forme de progrès, ou bien plus objectivement comme une forme d'entropie, définissant ainsi la flèche du temps humain par son effet irréversible.
Et la question se pose alors du rapport entre l’accroissement du degré de liberté et celui de la médiocrité.
Ce qui conduit à bien différentier la médiocrité individuelle, qui devrait s'atténuer avec la liberté d'opinion et le champ du savoir croissant, et la médiocrité collective, qui semble en même temps empirer.
Pour réussir la jonction entre une médiocrité moindre sur le plan individuel, et une médiocrité moindre de la société, il semble aujourd'hui que l'on manque d'outil, et que la seule représentation démocratique que nous connaissons est non seulement insuffisante mais carrément contre-productive.

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de tjeri le 22/10/2011 à 18h10
Wouaouuu !

C'est l'histoire du con qui marche et qui vaut toujours mieux qu'une flopée de cons assis devant TF1 quoi !
Suis pas sûr d'être dans le docte ton général là !!! Oups ;-)

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