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ANALYSE Faut-il croire le Hamas sur parole ? VU D'ISRAEL Les éléments clés pour un accord de paix solide lire le dossier |
Intéressant en tant que retour réfléchi sur plusieurs philosophes français (de Sartre et Foucault jusqu´à Derrida et Deleuze), le nouveau livre d'Alain Badiou (Petit panthéon portatif, Ed. La Fabrique) est passionnant en tant qu’il s'interroge sur ce qu´est vraiment philosopher et dénonce avec virulence la prostitution constante et la récupération indigne de ce mot.
Il s'agit d´abord d´une déclaration d´amour
Malgré les querelles et les désaccords, Badiou ressent le besoin de rendre un hommage vibrant à ces philosophes français qui ont marqué le paysage intellectuel pendant les fameuses décennies 60 et 70. C´est à la fois un traité de la mémoire philosophique mais aussi humaine, et c´est la raison pour laquelle il n´hésite pas à tracer des portraits, souvent très vifs, de ces philosophes. Au lieu d´alourdir leur mémoire d'oraisons funèbres, il les approche uniquement pour en montrer la joie et la force de leurs pensées vivantes. Sa commémoration est en vérité un éloge des pensées qui refusent de composer sous le joug et la fascination des passions tristes.
Nous lirons avec intérêt l´analyse très claire des ensembles sociaux chez Sartre, nous verrons Jean Hippolyte dans un musée lancer une méditation sur l'art devant des statues de l'Océanie ("elles sont devant nous comme ce qui aura de toujours montré qu'un visage est aussi bien un refus qu'une offrande"). Badiou montre pourquoi Althusser conçoit la philosophie comme étant une activité qui relève de l'ordre, de l'acte et de l'intervention et ne procède que par thèses, raison pour laquelle elle n´a pas a procéder ni par des questions ni par des interprétations. Il propose à sa suite que l'on commence à concevoir aussi bien la science que la politique, l'art et l'amour non pas comme des savoirs ou des expériences fortuites, mais des effets de vérité. Il insiste avec J.F. Lyotard qu'il faut savoir tenir les conséquences d'une telle vérité - si extrême soit-elle jugée par l'opinion courante - tout en suggérant que la pensée est littéralement un miracle.
Il sait extraire quelques principes cruciaux de la pensée de Deleuze qu’il appelle " précieuses leçons" pour celui qui veut vraiment philosopher : qu'il n'y a d'abord que l'affirmation qui est intéressante et non pas les plaintes sempiternelles sur les fins, ni la critique, ni les modesties fausses ou réelles ; qu' il faudrait cesser de spéculer sur le temps car seul compte l'éternité ; qu'il faut en finir également avec l'obsession du langage, et cesser de croire que la forme naturelle de la pensée est le jugement ("Surtout ne pas juger !"). Badiou dresse un portrait de Michel Foucault et revient à la fois sur Lacan, (l'ignorance duquel semble être un point commun de tous les philosophes français), ses relations avec Derrida, ainsi que son éloge de Françoise Proust ou de Gilles Chatelet dont il rappelle - et le choix n'est pas laissé au hasard - une maxime de la vie puissante : "Réactive ton enfance endormie, sois le prince de ta propre beauté insoupçonnable. Active ta virtualité".
Badiou s'insurge aussi contre les nombreux imposteurs-philosophes du moment
Mais dans ces textes, de longueurs et de valeur différentes, Badiou dessine aussi, et surtout, avec grande précision et non sans véhémence, ce que représente la véritable pensée philosophique par rapport aux divers imposteurs qui s'octroient le titre de philosophe. Le vrai philosophe, selon Badiou, œuvre pour une Idée vraie, il tient que la mort ne doit point nous intéresser, ni la dépression. L'homme sera toujours bon dans la mesure où il est capable de créer dans divers mondes des vérités éternelles. La pensée se doit par conséquent de se situer au dessus de la plainte, la tristesse et la victime et se donner pour règle de tenir le vrai contre toutes les berceuses de l'illusoire. Affirmative, procédant par des thèses-actes la pensée philosophique, souvent dans une grande tension, propose d'accepter sans conditions qu'il faille trouver au moins une Idée vraie et ne jamais céder sur ses conséquences.
C'est la raison pour laquelle il s'insurge contre la pensée molle et la mise en valeur de la pitié, l'idée que l'Homme est malfaisant, et l'idée qu'on devrait toujours penser à partir de la victime. La philosophie n'a pas de vocation à être une médecine douce ou un moyen comme un autre pour rester vaguement en forme. Mettant en cause les "vertus" comme la modestie, le réalisme, l'égoïsme ou l’obéissance, Badiou dénonce la prostitution permanente du mot philosophe et déclare que la scène philosophique est tristement et largement peuplée d'imposteurs. En réalité, "sous le nom de philosophie, on tente de nous imposer la maxime : Cultivez vos illusions et préparez vous à capituler." Il est par conséquent urgent de rappeler ce qu'est un philosophe en se référant à ceux qui, en France ou ailleurs, ont pu assumer la véritable portée de ce vocable. C'est ce que fait Badiou dans cette déclaration d'admiration et d'amour à ces quatorze philosophes.
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auteur: Emmanuel Ioannidis en savoir plus sur l'auteur |
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merci pour cet article qui donne envie de lire le livre de Badiou. Cà fait déjà longtemps que je suis effaré par tous ces pseudos-penseurs qui se prétendent philosophes alors qu'ils ne font que reprendre (en moins bien) la pensée d'anciens (et vrais) philosophes. Pensons à BHL, Onfray, Finkielkraut ou + récemment Raphael Enthoven, qui inonde France Culture de ses poncifs. Les grands médias sont complices de cette imposture, en présentant ces gens comme des "philosophes" (écrivain serait déjà plus honnête). Assez d'impostures intellectuelles ! Donnons la parole à de vrais penseurs (M. Serres, R. Girard, M. Gauchet par ex.) qui ont consacré leur vie à élaborer leur réflexion propre et au travail intellectuel. |
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Anecdote
Je partage la perception de Jean Langlois. Triste constat!! |
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Tres bonne selection
L'article donne reellement envie de lire ce recueil. Pour en revenir a l'idee de s'introduire soi-meme philosophe, je pense qu'il s'agit de la meme pretention d'un pseudo-artiste se presentant artiste. Apres tout seul leur oeuvre peut definir s'ils furent ou non philosophes. La philosophie s'applique a notre vie. Aussi c'est plus d'une personne qui pourra etre reconnu comme penseur. Pas uniquement les ecrivains, qui, se pretendant philosophes, ont souvent oublier que la base de toute philosophie est d'etre comprise. |
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Tres bonne selection
L'article donne reellement envie de lire ce recueil. Pour en revenir a l'idee de s'introduire soi-meme philosophe, je pense qu'il s'agit de la meme pretention d'un pseudo-artiste se presentant artiste. Apres tout seule leur oeuvre peut definir s'ils furent ou non philosophes. La philosophie s'applique a notre vie. Aussi c'est plus d'une personne qui pourra etre reconnu comme penseur. Pas uniquement les ecrivains, qui, se pretendant philosophes, ont souvent oublier que la base de toute philosophie est d'etre comprise. |
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"son enfance intérieur", c'est simplement le coeur ;-)
Toute notre vie nous avons le même coeur ... |
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Nos moeurs ... décrits par des artistes.
Dans toutes les civilisations, ce sont les artistes qui ont laissé des traces de leurs moeurs. |
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Extinction des maîtres penseurs.
A l'évidence Badiou ne s'est pas trompé en sélectionnant ces grands noms de la philosophie car, si l'on devait nous-mêmes refaire l'exercice en commençant par les années 90, combien de noms trouverait-on ? Visiblement la qualité du "philosophe" s'est mmorcelée, bien aidée il faut le dire par l'emploi abusif d'un terme qui est trop rapidement associé à un amour de la sagesse quelque peu anachronique. Or en faisant acte de réminiscence, peut-être devrions-nous rappeler que le philosophe, avant d'être philosophos, est d'abord un philologos, en l'occurrence un amoureux du langage et par extension un amoureux de la vérité. Si bien que les médias, lorsqu'ils se complaisent à mettre en scène un cortège de penseurs dont les théories font pâlir les notions mêmes de langage et de vérité, feraient bien de se souvenir qu'un philosophe ne prétend jamais détenir une quelconque vérité mais qu'il la cherche et s'en sert constamment comme d'un repère afin d'éduquer son propre raisonnement. Il est donc sage de s'intéresser à ces nécrologies pour le moins raisonnables. Merci à l'auteur de cet article de promouvoir ce "panthéon" et d'avoir sélectionné une photo de Foucault pour défendre le propos. |
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