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Culture
La femme-maison et l'enfant-cellule
Il faut aller voir la grande rétrospective consacrée à Louise Bourgeois au Centre Pompidou. Hommage rendu à l’artiste française la plus célèbre au monde, dont l'œuvre prolifique et ambiguë traverse un siècle d'art.
On ne saurait assez recommander de visiter la grande exposition rétrospective de Louise Bourgeois que le centre Pompidou présente en ce moment à Paris (en collaboration avec la Tate Modern de Londres) et qui donne une vision significative de cette œuvre prolifique en présentant plus de 200 œuvres qui épuisent presque toutes les ressources artistiques du XXe siècle : on y trouve aussi bien des peintures, des sculptures, des installations, des dessins, des gravures, des objets et jusqu'aux derniers dessins que l'artiste a réalisé à 96 ans.
L'exposition s'accompagne d'un très beau catalogue mais souffre en partie d'une conception scénographique qui laisse à désirer : l'espace principal, pourtant généreux avec ses 1000 mètres carrés, donne néanmoins l'impression que les œuvres y sont confinées. Les espaces étant découpés en parcelles minuscules, les murs, parfois sales, sont peints en gris ou violet, les sculptures restent sans raison massées le long des murs et surtout beaucoup d'œuvres sont maintenues dans une pénombre plutôt inutile. Le contraste est d'autant plus saisissant que les mêmes œuvres exposées à la Tate Gallery de Londres étaient disposées dans de vastes espaces lumineux, qui permettaient qu'on se déplace autour des sculptures suspendues, rendant l’œuvre beaucoup plus vivante. Heureusement dans l'autre espace de l'exposition, la Galerie d'art graphique, l'accrochage plus avantageux permet d'admirer, sous le titre "Tendres compulsions", les deux dernières œuvres de l'artiste, absolument surprenantes, et ce d'autant plus qu'elles ont été réalisées lors de sa 96ème année. Alors que "10 AM is when you come to me" illustre avec force l'intensité et la tendresse de l'attente amoureuse, dans "Extrême tension", Louise Bourgeois dessine son corps sur papier surdimensionné de la tête aux pieds en ajoutant des phrases tremblantes de ses douleurs, ses déchirements et ses fragmentations.
L'œuvre de Louise Bourgeois est en dialogue ouvert avec tous les courants importants du siècle dernier
C'est pourquoi cette exposition procure la forte impression d'avoir visité un siècle d'art. Son oeuvre incorpore des éléments du surréalisme (la rencontre surprenante entre des éléments hétéroclites), de l'art informel, de l'expressionisme abstrait ou du minimalisme, en rappelant parfois la rigueur formelle de Brancusi, parfois les figures torturées de Giacometti et en intériorisant jusqu'à une dimension "primitiviste" de la sculpture dans sa fonction magique (voir les totems en bois qu'elle a sculptés en deuil de ses amis français). En créant des œuvres aussi bien de figuration qu’abstraites, l’artiste n'hésite pas à utiliser tous les matériaux : bois, plâtre, bronze, latex, tissus... Française, Louise Bourgeois vit aux Etats-Unis; sculpteur, elle reste très attachée à l'image (dessinée, gravée ou peinte). Ses couleurs peuvent être chaudes ou froides, ses lignes droites et courbes, on y retrouve aussi bien le géométrique que l’organique, le rigide et le viscéral, le dur et le souple.
Encore plus surprenant est le caractère aussi obsessionnel qu'ambivalent de son travail. Fixé presque exclusivement sur l'émotion que lui ont toujours procurée ses souvenirs d'enfance, l'artiste voyage constamment entre les sentiment de protection et de peur, entre l’adoration et la méfiance envers les adultes aimés mais manipulateurs. Dans ses magnifiques tableaux au thème de la femme-maison, le corps féminin parfois se termine par la maison et parfois l'incorpore ; il est agressé, opprimé et en même temps materné par la maison. Ici encore nous avons des associations insolites entre la chair et l'architecture construite, l'organique et le géométrique, la malléabilité et la rigidité, le dialogue du féminin et du masculin, du pays et de l’exil. L'Œuvre n'est peut-être que la première et la dernière maison qui revient encore et toujours dans la seule chose qu'elle contient (exactement comme la maison imaginaire), à savoir les seuls souvenirs qui comptent, ceux de l'enfance, seul âge intégralement vécu.
La même ambivalence s’exprime dans ses fameuses installations appelées Cellules. Il s'agit de la mise en scène d'un espace domestique réduit occupé par des objets et des vêtements. Il y deux fentes pour les voir mais sans pouvoir les pénétrer. Ces maisons hantées semblent exprimer dans le même mouvement des émotions d'enfermement et de nostalgie, de désir et de peur, de haine et de fascination. Chambres magiques, lieux de cérémonies simples et secrets de chaque famille, elles ont jadis ressemblé à des cages qui ont tenu en otage des enfants captifs ; maintenant elles témoignent de la tendresse pour les absents. Ce sont aussi des sentiments ambigus que suscitent les célèbres Araignées de Louise Bourgeois, censées représenter la mère, sa "meilleure amie". Or voilà, la patiente tisseuse ressemble aussi a un insecte surdimensionné et très menaçant. La Pénélope qui tisse, détisse et retisse est aussi admirée que crainte. Bénéfique et maléfique, objet phobique et objet salvateur, elle est à rapprocher des énormes sculptures de phallus nommées "fillettes".
Un dernier mot sur la parole de Louise Bourgeois qui accompagne abondamment l'exposition, parole fixée évidemment sur la période de l’enfance, et qui revient obsessionnellement sur ce qu'est une famille, sur ce père équivoque, aimé et rejeté à la fois. Ambivalence ultime ou fondatrice : c'est bien son père détesté, apprend-on, qui a sauvé la vie de l’artiste, quand elle a voulu se suicider après la mort de sa mère en se jetant dans la Bièvre
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auteur: Emmanuel Ioannidis en savoir plus sur l'auteur |
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piètre expo...
Je rejoins cette critique de l'expo. Celle-ci était confinée, sans originalité, bondée... l'oeuvre de Louise Bourgeois méritait pourtant bien mieux il me semble. Le centre pompidou multiplie les espaces perdus et ne laisse pas grand place à ses expos temporaires, ce qui est bien dommage. Il ne nous reste plus qu'à nous rendre à Londres à la Tate Gallery pour apprécier cette artiste à sa juste valeur. | ||
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