|
|
INTERVIEW Pourquoi Maurice G. Dantec boycotte la rentrée littéraire PANORAMA Tendances de la rentrée 2008 lire le dossier |
LES ARTICLES LES PLUS :
DÉBAT
Libération d'Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle
lire l'article
Politique
Pourquoi je pense qu’Obama sera élu
lire l'article
Politique
Pourquoi je pense qu’Obama peut craindre de ne pas être élu
lire l'article
THEMES :
- Afghanistan
- Afrique
- banques
- Berlusconi
- Betancourt
- capitalisme
- changement climatique
- Chine
- cinéma
- climat
- Clinton
- conflit
- crise financière
- croissance
- Delanoë
- droits de l'homme
- démocratie
- Elections
- emploi
- environnement
- Etats-Unis
- Europe
- finance
- France
- guerre
- génocide
- géopolitique
- histoire
- immigration
- Inde
- inflation
- Internet
- Islam
- Israël
- Italie
- Jeux Olympiques
- libéralisme
- littérature
- mafia
- marchés financiers
- McCain
- mondialisation
- médias
- nucléaire
- Obama
- Occident
- OTAN
- Palestine
- pauvreté
- philosophie
- politique économique
- politique étrangère
- Primaires américaines
- PS
- pétrole
- Recherche
- religion
- retraites
- Royal
- Russie
- Rwanda
- réformes
- santé
- Sarkozy
- Taiwan
- technologie
- terrorisme
- Tibet
- élections américaines
|
ANALYSE Faut-il croire le Hamas sur parole ? VU D'ISRAEL Les éléments clés pour un accord de paix solide lire le dossier |
La modernité est un stade des histoires humaines, distingué par la science, la démocratie, l'individuation, le développement économique et la différenciation des ordres. Cette définition ne préjuge pas de son statut en termes de civilisation. Convenons d'entendre par ce mot une certaine manière d'humaniser des populations humaines, la plus générale possible, sans se fondre dans l'universel humain. La modernité peut recevoir à ce point de vue trois interprétations radicalement différentes.
La perception la plus banale voit dans la modernité un développement de la civilisation européenne.
Le diagnostic paraît aller de soi, puisqu'il n'est guère niable que les traits constitutifs de la modernité sont des développements européens, clairement repérables dans leurs origines, leurs émergences, leurs croissances et leurs impacts. C'est en vertu d'un développement distinct, la mondialisation, que ce faciès de la civilisation européenne a gagné la planète entière, pour devenir la première civilisation tendanciellement universelle. Deux perceptions plus précises sont rendues possibles par ce point de vue. Ou bien la modernité est présentée comme l’achèvement de ce que la civilisation européenne contenait de virtualités culturelles. Ou bien elle est reçue comme un symptôme de décadence et comme le mode européen de décomposition de toute civilisation.
Ces deux positions sont au fondement de deux développements idéologiques majeurs, l'un progressiste, qui salue dans la modernité la promesse d'un âge d'or à venir, l'autre réactionnaire, qui s'en détourne et nourrit la nostalgie d'un paradis aboli. La mondialisation a donné lieu, à la fin du XXe siècle, à une nouvelle production idéologique, qui s'accroche à l'idée que le capitalisme, la science, la démocratie, l'individuation, la différenciation sont des particularités culturelles européennes, qui n'intéressent pas les autres civilisations. Il en résulte un relativisme intégral et général et la possibilité de justifier tout et n'importe quoi au nom de la diversité culturelle et de l'égalité de toutes les cultures.
Une deuxième perception avance que la modernité est une civilisation nouvelle et inédite
La modernité ne serait pas un moment de la civilisation européenne, mais une civilisation nouvelle et inédite. L’affirmation est plausible. En effet, elle est compatible, d'un côté, avec les données historiques, qui ne laissent aucun doute sur le terreau européen de la nouvelle civilisation et permettent d'en retracer à loisir les origines et la genèse. De l'autre, en tant que civilisation inédite, la modernité peut se diffuser à l'ensemble de la planète, sans faire naître le soupçon d'impérialisme culturel.
Elle peut le faire d'autant plus facilement que, des cinq traits retenus, deux au moins, la science et le développement économique, présentent tous les caractères de développements humains et non pas culturels. La théorie de la relativité et la production d'électricité n'ont rien de produits culturels, sauf pour les idéologues les plus retranchés. La démocratie, de son côté, peut subir de telles falsifications que n'importe quel régime peut se proclamer "vraiment" démocratique et se persuader qu'elle est un bien commun de l'humanité universelle. L'individuation et la différenciation des ordres sont plus problématiques dans cette perspective, mais elles sont aussi d'interprétation assez délicate, pour échapper à la perception commune. La modernité comme civilisation inédite est couramment identifiée à l'américanisation, ce qui peut donner lieu à de nouvelles dérives idéologiques, pour ou contre.
Troisème conception plus féconde : la modernité est une matrice de civilisations
Une troisième et dernière perception est subtile dans sa formulation, indémontrable faute de recul historique et féconde en hypothèses à vérifier. Elle tient que la modernité n'est ni un faciès d'une civilisation ni une civilisation, mais une matrice de civilisations. Elle prend appui sur une comparaison avec le paléolithique et le néolithique. De l'un à l'autre de ces deux stades de l'histoire humaine, on note la disparition, d'un côté, et l'imposition, de l'autre, de caractères si décisifs pour la condition humaine, que la transition prend la forme d'une mutation et que les humanités concernées n'ont plus rien en commun, sinon leur humanité. Au vu de la radicalité des différences, on est en droit de conclure que l'on a affaire à deux types distincts d'actualisation culturelle. En même temps, chaque type donne lieu aux productions culturelles les plus variées, chacun pour son compte.
D'où le concept de "matrice culturelle", qui combine la particularité et l'universalité dans un oxymore vérifié par les faits : les matrices paléolithique et néolithique sont à la fois particulières, chacune à un stade particulier de l'histoire humaine, et universalisables à l'humanité tout entière, dont chaque segment exploite à sa manière les virtualités. De même, la modernité pourrait être une matrice inédite, radicalement distincte des deux autres, accessible à l'humanité entière et riche en développements culturels inédits.
|
auteur: Jean Baechler en savoir plus sur l'auteur |
Créez votre profil
pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com







