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Culture


Petite fille indienne
Le culturel

En un sens très général, la culture désigne un ensemble de particularités présentées par une population, c’est-à-dire par une fraction des individus représentant une espèce. L'originalité humaine est double : elle résulte de la profondeur des particularités, d'une part, et de leur étagement en niveaux, de l'autre. Précisons cette double originalité.

Tous les êtres humains sont à la fois humains spécifiques, uniques et acculturés. En un sens très général, la culture désigne un ensemble de particularités présentées par une population, c’est-à-dire par une fraction des individus représentant une espèce. Étant donné les degrés de liberté ouverts au vivant et sa complexité par rapport à l'inanimé, deux populations de la même espèce, prospérant à part l'une de l'autre, développent chacune des traits particuliers distincts, partagés par les individus de chacune soumis aux mêmes conditions. La particularité humaine est de pousser la particularisation à des profondeurs et à des hauteurs inédites. L'originalité humaine est double, qui résulte de la profondeur des particularités, d'une part, et de leur étagement en niveaux, de l'autre.

 

Les cultures définissent des quasi-espèces

 

Les différences culturelles entre humains sont telles dans tous les domaines, qu'elles tendent à isoler des populations et paraissent les pousser jusqu'au seuil de la spéciation. Les cultures définissent à cet égard des quasi-espèces. Le fait que le seuil ne soit jamais franchi et que l’interfécondité soit toujours maintenue, doit inciter à tenir que la différenciation culturelle est subordonnée à l'unité de l'espèce et exige d'être toujours appréciée comme originaire d'un foyer spécifique commun. Par exemple, deux locuteurs de deux langues même apparentées sont absolument empêchés de communiquer, au point que chacun pourrait tenir que la langue de l'autre est un chant d'oiseau ou un cri animal. Pourtant, toutes les langues humaines actuelles, potentielles, virtuelles et possibles sont des expressions du langage humain en général et respectent les spécifications de sa rationalité universelle intrinsèque. De même, les cuisines varient infiniment entre elles et encore plus les plats qu'elles proposent. Toutes, cependant, répondent à la même logique de la transformation artificielle de produits naturels en produits élaborés, comestibles et digestibles, d'une part, et porteurs d'informations de toute nature, d'autre part. Le degré d'éloignement entre les produits culturels varie indéfiniment, depuis la proximité confondue presque dans l'identité jusqu'à la distance paraissant abolir toute parenté. Le français parlé en Alsace et en Provence pose moins de problèmes de communication aux Français que le chinois ou le sumérien !

 

L'exemple du langage et des langues est éclairant

 

Dans le sens de la hauteur des étagements culturels, la complexité de la situation se dénoue quelque peu, si l'on confronte la particularité à la singularité et à la généralité. L'exemple du langage et des langues facilite la saisie de l'essentiel. La singularité est entendue comme la manière idiosyncrasique dont s'exprime langagièrement un représentant individuel de l'espèce humaine. Deux locuteurs idiosyncrasiques amenés à se parler régulièrement ne peuvent pas éviter de développer ensemble des particularités langagières, dans les accents, le choix des mots, les tournures de phrase, les discours, les informations transmises. Un couple fonde un cercle de particularisation culturelle et crée sa propre culture langagière. Elle lui échappe généralement, mais peut être immédiatement saisie par un intrus. À l'autre extrême, on peut isoler un niveau de réalité qui soit asymptotique à la généralité, tout en demeurant ancré dans la particularité. Toutes les langues indo-européennes sont, semble-t-il, dérivées d'une langue indo-européenne originelle, comme d'autres dérivent d'un socle finno-ougrien.

 

Il y a autant de degrés culturels intermédiaires qu'il y a de cercles sociaux pour les abriter

 

Entre la quasi-singularité et la quasi-généralité, les histoires humaines peuvent produire autant de degrés culturels intermédiaires qu'il y a de cercles sociaux pour les abriter et les susciter. Leur nombre est dans la dépendance de la complexité des structures sociales. Dans les sociétés humaines les plus simples, les bandes de prédateurs paléolithiques, il faut déjà distinguer quatre niveaux culturels, ceux du ménage, de la horde composée de plusieurs ménages, de l'ethnie partagée par une vingtaine de hordes et de l'aire culturelle occupée par plusieurs ethnies différenciées par scissiparité. Dans les sociétés traditionnelles et sur les aires culturelles de la plus grande extension, les degrés doivent être multipliés bien au-delà de quatre, si l'on prétend saisir les nuances culturelles les plus fines. À l'heure de la mondialisation et de la modernisation, il faut s'attendre à une gradation encore plus grande.

 

Moeurs, cultures et civilisations

 

On peut convenir d'appeler « moeurs », les déterminations culturelles les plus proches de la singularité, celles qui sont produites et développées dans les cercles sociaux de proximité ; « civilisations », les produits culturels les plus proches de la généralité et observables à l'échelle des continents, des millénaires et des populations millionnaires ; et « cultures », les particularités développées et imprimées dans les cercles sociaux et culturels intermédiaires. Ainsi, il faudrait distinguer des moeurs parisiennes, une culture française et une civilisation européenne, du moins en première approximation.

crédit photo : Flickr (Curt Carnemark)
auteur: Jean Baechler
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sur contre-feux.com

de diane le 17/05/2008 à 17h35
Incroyable diversité des pratiques culturelles

article difficile, mais très intelligent et intéressant si on le lit deux fois (voire 3). J'ai beaucoup voyagé depuis 30 ans et je reste toujours stupéfaite devant l'incroyable diversité des pratiques culturelles à travers le monde et, en même temps, devant le fait qu'on comprenne toujours un minimum leur logique propre. Elles nous sont étrangères et en même temps familières en quelque sorte...

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de Michel Dumagne le 19/05/2008 à 17h08
La politique de civilisation

"On peut convenir d'appeler « civilisations », les produits culturels les plus proches de la généralité et observables à l'échelle des continents, des millénaires et des populations millionnaires"
Dans cet esprit, la politique de civilisation de Nicolas Sarkozy n'est autre qu'une politique à l'échelle européenne...
Ou alors une politique de la généralité, c'est à dire du consensuel, du démagogique, du tout et du rien.
Quand on voit à quelle point notre omniprésident s'amuse à annoncer puis à démentir avant de rétablir, on se dit qu'il est en effet en train de mener une politique du rien... ou du pas grand chose...

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de axelle le 10/06/2008 à 07h40
Nos moeurs ... décrits par des artistes.

Nos moeurs ... décrits par des artistes.

Dans toutes les civilisations, ce sont les artistes qui ont laissé des traces de leurs moeurs.
Les poètes, les chanteurs, les cinéastes, les écrivains, les philosophes, même les architectes etc .... sont des artistes à leur façon. Nous sommes tous artistes à notre façon.
L'artiste tend à exprimer ce qui lui semble beau, il se recherche dans l'art, il trouve des réponses dans l'art, il sent se transcender dans l'art.
L'art est pour tous et fait par tous.
C'est grâce à l'art que nous pouvons aller vers la beauté....
Une preuve que la beauté est le plus important : la nature est belle et merveilleuse :-)
Excellente journée.

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