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Culture
Dans tous les secteurs du réel, l'individu est l’insécable. Dans le règne physique, c’est probablement l'atome, et la cellule dans le règne vivant. L'insécable ne l'est pas en toute rigueur, puisque l'atome peut être décomposé en noyau et électrons, en protons et neutrons, en quarks. De son côté, la cellule est tout un univers de composés fonctionnels, dont la biologie n'a pas encore achevé l'exploration. On peut hésiter sur le point de savoir, si l’insécable vivant est l'individu ou la cellule. La solution juste serait peut-être que la cellule est l’insécable du vivant en général et l'individu celui des espèces en particulier. Peu importe, car il n'est pas douteux que l’insécable humain est l'individu et que celui-ci trouve dans la comparaison avec la cellule et l'atome la définition précise de son statut dans le règne humain. Il est défini par un espace à trois dimensions.
L'individu est l'espèce humaine incarnée, achevée et concrète
La dimension la plus apparente saisit l'individu dans son rôle de représentant de l'espèce. Il est l'espèce humaine incarnée, achevée et concrète. À ce titre, il est le porteur de tous les attributs de l'espèce. Or celle-ci est saisie à son tour dans deux perspectives très différentes. D'un côté, elle se rattache aux règnes physique et vivant et en retient des caractères fondateurs. Nous sommes, à n'en pas douter, composés d'atomes, de molécules, d'acides aminés, de protéines, le siège de processus physico-chimiques, soumis aux contraintes de l'entropie et de la dissipation de l'énergie. En un mot, nous sommes de la matière inanimée, qui, par la conjonction de circonstances encore mystérieuses, a jadis bénéficié d'une animation reposant, en dernière instance, sur un dispositif néguentropique. Aussi bien, sommes-nous encore plus sûrement intégrés au règne vivant et les produits d'une élaboration complexe et subtile, à la fois engagée dans une histoire appelée évolution et soumise aux contraintes de la fonctionnalité. De l'autre côté, l'espèce humaine, définie par la non-programmation, la liberté, la virtualité naturelle et l'actualisation culturelle, inaugure un règne inédit dans le réel. Son statut original lui attribue trois niveaux de réalité, spécifique, culturel et idiosyncrasique. En tant que représentant de l'espèce, l'individu humain concentre en lui-même toute cette complexité et y trouve des déterminations physico-chimiques, biologiques, humaines, culturelles et idiosyncrasiques.
Une deuxième dimension fait de l'individu le producteur de l’humain
Ce n'est pas l'espèce qui invente des vérités à validité universelle, mais toujours des individus, placés dans le cas culturel de pouvoir recourir à leurs lumières naturelles. De même, aucune culture n'a jamais réussi la moindre création culturelle, mais toujours des individus, assez doués pour faire naître quelque particularité de la conjonction de matières et de formes, disponibles dans les cercles culturels qui les ont formés et qu'ils fréquentent. Seuls des individus peuvent connaître, faire et agir, mais, selon les cas et les circonstances, ils recourent à la mise en oeuvre de leurs dotations spécifiques, culturelles et idiosyncrasiques en proportions variables. D'autre part, toutes les entreprises humaines prises en charge par des acteurs collectifs - un ménage, une entreprise, une équipe sportive, une armée, une politie -, reposent sur la coopération d'individus organisés en un groupe institué. Ces acteurs individuels et collectifs sont les producteurs directs et surtout indirects, par explorations chaotiques et par agrégations variées, de tous les contenus du règne humain, c'est-à-dire de toutes les matières historiques.
La troisième et dernière dimension est dessinée par l'individu perçu dans son individualité
Elle est la plus délicate à saisir, car elle s'inscrit à son tour dans un espace à quatre et peut-être cinq dimensions. Trois dimensions sont les expressions, au niveau de l'individu, des deux premières dimensions. En effet, il tire une dimension biologique de son appartenance au règne vivant, une autre culturelle de son intégration dans des cercles culturels, et une troisième que l'on peut convenir de nommer anthropique et qui le saisit dans son rôle de producteur des matières historiques, en tant qu'il a été conçu par Dieu et/ou la Nature pour agir, faire et connaître humainement. Homo, à ce titre, se spécialise en agens, faber et sapiens. Une quatrième dimension est psychique. Elle assure la liaison entre le biologique et l'anthropique, grâce à un dispositif composé de sensibilité, d'intelligence et de volonté et en recourant à des procédures stratégiques codées en termes de problème/solution. Le psychique a cette particularité remarquable d'être à la fois biologique et anthropique - et susceptible de recevoir des impressions culturelles -, sans pouvoir être réduit ni à l'un ni à l'autre. Une cinquième dimension, spirituelle ou divine, est indécidable, plausible mais non démontrable ni réfutable. La décision est dans la dépendance de choix éthiques libres.
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auteur: Jean Baechler en savoir plus sur l'auteur |
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Insécable mais en perpetuelle métamorphose
Article très pointu. Mais la dimension fondamentale qui nous englobe tous n'est-elle pas le temps, en ce qu'il nous plonge dans une abyssale et continue métamorphose? Nous sommes en perpétuel devenir, et notre caractère insécable est bien notre impossibilité à nous départir de cette chute en avant. Pourtant, notre essence est à telle point mouvante qu'elle ne peut prétendre à une quelconque stabilité, que l'insécabilité tendrait à supposer. En clair, je suis toujours le même, à savoir, toujours changeant. La permanence n'est qu'un masque sociologique, la mauvaise foi de la conscience aurait dit Sartre. | ||
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l'individu est une belle personne, belle personnalité ;-)
Tout être sur terre, que ce soit l'être humain comme tout être vivant (même la pierre est vivante !) est là pour apporter l'amélioration, la beauté, l'amour qu'il a en lui.... | ||
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