Une rentrée littéraire : à quoi ça sert ?
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Culture
Nouvelles mythologies, vieilles nostalgies
En suivant les pas du livre mythique de Roland Barthes, un dispositif d'écrivains connus se penche sur les objets ou personnes "mythiques" de l'actualité. Surprise : le ton et les arguments des textes démontrent la difficulté extrême d'une certaine génération d'embrasser la modernité sans se lamenter.
Dans Nouvelles mythologies (Seuil, 2007), consacré aux nouveaux phénomènes de société, on s'insurge beaucoup, au moins autant qu'on se croit obliger d'ironiser. Le speed-dating par exemple n'est autre chose que le Bingo des rencontres, fait par "les grossistes de l'amour" et où nulle conquête ne peut être réelle. On balaie les 35 heures : une décision arbitraire, sans raison d'être.
On pleure sur le GPS qui, étant un outil de surveillance, nous fait perdre notre liberté aussi bien que notre goût de la flânerie, de l'errance sans parler du luxe du secret. Les journaux gratuits ne constituent qu'une concurrence déloyale insupportable, et les compagnies aériennes low-cost ne sont bonnes qu'à être ridiculisées dans un long article, assez ridicule lui-même. Pascal Bruckner s'indigne du triomphe de la pétasse (ainsi que de la poufiasse), tout en nous rassurant quand-même que "sous le string de la pétasse, il y a toujours un cœur qui bat".
Patch et iPod sont rangés dans la catégorie du mal
Fidèle à l'esprit du recueil, Boris Cyrulnik s'insurge contre le patch en argumentant que "on était heureux quand on s'intoxiquait en groupe, alors que c'est pour moins souffrir du déplaisir du manque qu'on se pose un patch" et nous exhorte de nous rappeler que dans de nombreuses cultures, le poison a participé "à la création d'événements extatiques" alors que la santé ne fait qu'organiser des existences d'eau tiède (!). Le iPod, ce n'est pas bien également : son utilisateur ne vit que dans une bulle, perdu dans ses pensées, immergé dans une posture autistique car il commet le crime de se choisir : on ne peut qu'en déduire que la "communauté n'est plus universelle, mais sectorielle". C'est une révélation en effet.
Pleurons aussi l'apparition du téléphone portable
Il ne nous laisse selon Philippe Delerm que "le vide de la boîte aux lettres, l'absence de courriel qui sont vécus dans la solitude et une mélancolie que nous avons du mal à travestir en soulagement". Lecteurs, vous êtes prévenus : il y a une terrible "anthropophagie du téléphone portable, mais ce désir de manger l'autre, de se rassasier de l'autre quelques secondes, cache une inquiétude plus sourde, inguérissable désormais".
Sushis et ados sont également vilipendés...
Incroyable mais vrai : on déplore même les sushis, et ceci au nom de la disparition du sacrosaint steak frites... Pour ceux qui l'ignorent encore ( des phrases pareilles, çà ne s'invente pas) : "en ce moment, la mode est au régime sec, à l'hygiénisme coronarien, au fildefériste anodisé et la flûte shakuhachi assaisonnée d'un filet de feng shui". Encore un peu de puritanisme ? Prenez ces affreux ados d'aujourd'hui : à regarder des adolescents s'embrasser dans un jardin, une auteure en conclut que désormais tout ressemble à une séquence de film pornographique - hélas, "on est assez loin des bassins soudés par un baiser sans fin qui faisait jadis doucement trembler deux silhouettes fondues en une". Il n'y aurait donc plus des amoureux comme antan ? Si, soyons assurés : "les amoureux "traditionnels" il y en a encore, mais ils sécrètent autour d'eux un cocon de protection, une invisible mais perceptible aura émise par leur embrassement fusionnel".
On continue ainsi sur une pléiade d'autres sujets, allant du Botox (argument de poids : "on ne peut pas se figurer Marguerite Yourcenar gonflée de Botox") au commerce équitable (ridiculisé) et du SMS au WiFi au sujet duquel un auteur s'insurge et revendique son droit à détester l'absence des fils : "Ai-je encore le droit de faire l'éloge du fil sans courir le risque d'être taxé d'homme des cavernes?" Google? "Ce qui est sûr c'est que c'est bête". Pour en finir, pleurons encore sur la prolifération des blogs qui, selon P. Rambaud sont responsables du fait que "la communication, la lenteur, la promenade, le silence et la gratuité de nos actes ont quitté l'horizon". On invite le lecteur à résoudre l'énigme : en quoi les blogs détruisent ne serait-ce qu'une seule des cinq qualités nommés par l'auteur ?
Encore plus tristes se révèlent être les quelques éloges du recueil
On n'y encense que le travail, la si belle langue française, le foot, l'Abbé Pierre et les fesses d'Emmanuelle Béart ("naïade callipyge plongée jusqu'au haut des cuisses dans l'eau turquoise"). Zidane, apprend-on, est non seulement un vrai esthète, mais il "a provoqué l'irruption d'une valeur nouvelle dans un monde qui en était totalement dépourvu : l'élégance".
La consternation risque de nous gagner également en constatant que les bonnes analyses sont celles qui soulignent les aspects réactionnaires de la culture actuelle : c'est le cas de l'article sur le plombier polonais, où Nicolas Baverez montre et démontre comment cette dénonciation est caractéristique du déclin de la France, déclin à la fois économique, social et démocratique.
En réfléchissant sur ce volume, on ne peut que se demander le nom et les raisons du mal qui frappe une certaine génération d'intellectuels - pourtant presque tous des soixante-huitards - et regretter l'aspect ingrat de leur vieillissement.
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auteur: Emmanuel Ioannidis en savoir plus sur l'auteur |
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Je suis contre, donc je suis... un néo-conservateur!!
Belle illustration du mouvement des néo-conservateurs, que j'aimerais nommer en abrégé les néo-cons, (sans aucune insulte, cela va sans dire), et qui s'amusent à donner vie à ce paradoxe ambulant : les traditions sont à la mode! Mais si demain le steak frite était à nouveau à la mode, ils se mettraient à faire l'éloge des sushis. En fait, ils procèdent exactement de la même manière que JF Kahn fait du journalisme : dire exactement le contraire de ce qu'on entend partout. Comme le disait le célèbre rédac chef du temps où il était à l'évènement du Jeudi : je n'ai qu'un seul conseil à vous donner : (il s'adressait à ses journalistes au cours d'une conf' de rédaction) lisez le nouvel obs, l'express et le point, et écrivez des papiers qui disent exactement le contraire. Malheureusement, on ne construit pas une pensée uniquement en réaction... | |||
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