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Culture
"Ce que le jour doit à la nuit" : un appel au discernement
Alors que de nombreux "auteurs" mettent sur les étalages des librairies l’histoire de leurs aventures sexuelles dans le parfait respect de la triade "formalisme-nihilisme-solipsisme", Yasmina Khadra creuse ses préoccupations historiques. Dans son dernier ouvrage, il revient sur la séparation des "âme[s] jumelle[s]" que sont la France et l’Algérie.
Ce que le jour doit à la nuit, (Ed. Julliard) de Yasmina Khadra, s’ouvre sur une phrase à l’imparfait – "Mon père était heureux" – qui annonce la "destinée" de l’œuvre, faite de pertes et de nostalgie, dans une logique de don et contre-don. Ancré à Oran, le récit que nous fait Younes de son initiation sous le colonialisme est tragique à tous les niveaux.
"Dé-nommé"
"Dépaysement", "exclusion" ou "nouveaux repères" sont autant de références mettant en exergue l’instabilité du personnage dans le monde. Younes est le fils d’un paysan oranais dépossédé de ses terres. Pour se "reconstruire", le père s’installe avec sa famille dans un quartier des bas-fonds oranais. Younes est récupéré par son oncle, Mahi, un pharmacien marié à Germaine avec qui il vit dans le luxe. La vie de Younes change radicalement et altère son identité. Germaine l’appelle Jonas. La référence biblique est évidente. Jonas (Younes), de l’hébreu Yônah qui signifie la "colombe", est le représentant d’une paix fragile, illusoire et finalement tourmentée.
Jonas intègre l’autre société algérienne, celle des "français". Il réussit ses études et ses soucis sont banals : des amitiés qui se font et défont ou des amours déçues. Par moments l’Histoire entre par effraction dans sa vie à travers l’oncle, qui suggère des écrits de politiciens algériens, ou encore Isabelle, qui le quitte par ce qu’il s’appelle "Younes"… Bien qu’il soit passé "de l’autre côté du miroir", la stigmatisation de la différence le menace dans un pays où "Il suffit de faire le tour d’un pâté de maisons pour passer du jour à la nuit, de vie à trépas". Ses interrogations sur son identité s’arrêtent dans le flou, seul lieu où il peut exercer sa volonté.
"Fractures ouvertes"
C’est que ses liens avec sa nouvelle société sont sincères. Ces autres Algériens dits Français à cause de leurs origines européennes ou leur appartenance juive l’aiment et le lui prouvent mais "l’anathème" se pose toujours entre eux à tel point que "l’ordre spartiate [qu’ils ont créé] sembl[e] en équilibre sur le moindre détail, ne tenir qu’à un fil." L’arrivée d’Emilie, figure de la France non-coloniale présentée comme "une âme jumelle", va chambouler cet ordre en avouant à Younes son amour. L’interdit condamne le narrateur à éviter celle qu’il aime. Commence alors la déchirure. Le vide s’installe en lui et finit par le séparer des autres. C’est dans cette ouverture que s’engouffre la cruauté de l’Histoire.
Le 1er novembre 1954, les Algériens déclarent la guerre pour recouvrer l’indépendance. Younes l’évite et s’abrite dans le calme de Rio Salado. "Je n’aime pas la guerre", dit-il à Jelloul qui a rejoint le maquis. "Il faut choisir ton camp", lui répond l’ancien factotum. Rester entre deux chaises est désormais chose impossible. Trop de sang coule chaque jour et, des deux côtés, les attentats aveugles n’épargnent plus personne. Younes ne choisira pas son camp, il sera forcé à en intégrer un et en subir les conséquences, pendant que la tragédie franco-algérienne continue jusqu’à la dernière minute préparant l’ultime déchirure : le départ des "Pieds-noirs" ayant survécu aux massacres d’après l’annonce de l’indépendance. Ce "qui n’avait pas commencé était bel et bien fini."
La mort d’Emilie en 2008 amène Jonas en France. Il retrouve "tous" les siens le temps d’évoquer les souvenirs d’enfance, d’entendre ses amis André, Fabrice et les autres "Pieds-noirs", parler de leur "nostalgérie", de leur peine devant la déchéance de l’Algérie indépendante que le narrateur résume dans des termes simples mais évocateurs : "Nous avons trahi nos martyrs, dit-il à Krimo le harki, vous avez trahi vos ancêtres, et puis vous avez été trahi à votre tour."
Hors-système
En laissant Younes faire parler sa mémoire, Yasmina Khadra n’a gardé que l’ombre du système colonial. L’auteur nous ancre dans le quotidien banal des gens simples s’aimant, s’entre-déchirant et se retrouvant. La violence historique intervient comme un corps étranger bien qu’elle ait sa place dans le roman, particulièrement "aujourd’hui".
Yasmina Khadra ne cache pas l’engagement de son œuvre dans l’actualité. Il met dans la bouche de Jaime Jiménez Sosa le discours des auteurs de la loi portant sur "le rôle positif du colonialisme". Jonas lui répond : "… bien avant vous et votre arrière-arrière-grand-père, un homme se tenait à l’endroit où vous êtes. (…). Cet homme était confiant. Parce qu’il était libre. [Cette terre] est le bien de ce berger. (…) Puisque vous ne savez pas partager, prenez vos vergers et vos ponts, vos asphaltes et vos rails, vos villes et vos jardins, et restituez le reste à qui de droit." Plus loin, Gustave ne comprend pas son expulsion de son pays natal : "Tout le monde n’était pas colon, tout le monde n’avait pas une cravache contre ses bottes de seigneur ; on n’avait même pas de bottes tout court, par endroits."
Le lecteur du dernier ouvrage de Yasmina Khadra a ainsi le sentiment que l’Algérie colonisée a vécu deux histoires parallèles, l’une faite d’amour et l’autre de haine et d’injustices. Si la seconde devait s’arrêter, la première aurait dû et devrait continuer.
En effet, aux nostalgiques de l’Algérie française répond cette autre nostalgie, plus généreuse, d’une possibilité perdue d’être avec autrui autrement que par la domination et la sujétion, en dehors de tout rapport de force. Avec la certitude que la perte de cette possibilité n’est pas définitive entre l’Algérie et la France.
Retrouvez notre débat : Une rentrée littéraire : à quoi ça sert ?
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auteur: Ali Chibani en savoir plus sur l'auteur |
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Khadra et la colonisation
Ce livre me semble en effet sortir du lot et des habituels navets de la rentrée littéraire. | |||
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Merci pour votre inititiative
Je rêvais de vous lire à nouveau... | |||
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Merci pour votre initiative (suite)
Je disais: Si le groupe d'Oujda n'avait pas "dénoncé à leur profit exclusif"... les accords d'Evian, s'entend. | |||
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Khadra et la colonisation
Il est très difficile en effet de parler du colonialisme en France et en Algérie. Quand l'Etat français, à travers ses éléments d'extrême droite, s'entête à se féliciter d'avoir asservi des peuples, quand l'Etat algérien falsifie l'histoire et va jusqu'à proférer des discours racistes contre les Français et les Juifs, vous comprenez que la position de Yasmina Khadra ne soit pas facile à tenir. Cet auteur ne s'adresse pas qu'au public français. Il s'adresse aussi aux Algériens. Comment parler aux uns sans donner l'impression qu'on relativise la gravité des discours des autres? | |||
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Khadra
Monsieur, Je vous trouve très agressif. Rassurez-vous, je n'ai jamais travaillé pour les militaires algériens, encore moins français. P.S: Je vous conseille d'aller jusqu'au bout de votre curiosité et de consulter la biographie des rédacteurs présente sur le site avant des les accuser de quoi que ce soit! | |||
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Que d'incompréhension de vous! Alors, que dire des Français!
Monsieur, 'de jour comme de nuit – Kaboul nous attend toujours'- 11-12 sept2008 | |||
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