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Culture
Le trait distinctif de l'espèce Homo sapiens dans le règne vivant est sa non-programmation. L'humain spécifique est un ensemble ordonné de virtualités, qui doivent trouver leur actualisation dans des réalités culturelles. La non-programmation, ou liberté, fait en sorte que l'on naît virtuellement humain et que l'on devient humain dans un contexte culturel déjà actualisé. Cette disposition naturelle pose à l'espèce des problèmes de survie et de destination. Certains ne sont pas une exclusivité humaine, alors que d’autres ne s'observent que dans cette espèce singulière, mais tous reçoivent toujours de la liberté une marque originale et exclusive.
Les besoins humains sont indéfinis et illimités
Comme tout ce qui vit, les humains consomment des ressources pour survivre et sont contraints de les réunir pour satisfaire leurs besoins. Mais les besoins de chaque espèce du vivant sont définis et limités, si bien que les ressources correspondantes le deviennent également. Au contraire, les besoins humains sont indéfinis et illimités, de telle sorte que les ressources le sont aussi et doivent être inventées et produites. C'est pourquoi le règne vivant ignore l’économique, qui obsède l'espèce humaine et exerce sur elle les contraintes les plus fortes. Toutes les espèces vivantes sont incarnées dans des individus mortels et assurent leur perpétuation par la reproduction et la succession des générations. Leur nature étant programmée génétiquement, les générations successives reproduisent mécaniquement le même modèle. La virtualité humaine et son actualisation culturelle exigent un dispositif spécialisé, pour initier les nouvelles générations aux modèles distincts, développés par les cercles sociaux et culturels qui les accueillent. Seule l'espèce humaine doit mettre au point des pédagogies, pour transmettre des compétences par l'entremise de l'instruction et de l'éducation.
La conscience et la réflexion humaines conduisent à soulever un problème de destination de l'espèce et de ses représentants
Certains problèmes sont rendus exclusivement humains par une exclusivité humaine. Toutes les espèces et tous leurs représentants pourraient s'interroger avec perplexité sur leur raison d'être. La réponse du vivant serait triple. La vie existe, parce qu'elle a rencontré sur Terre des conditions propices à son apparition, il y a trois milliards et demi d'années, et à sa perpétuation jusqu'à aujourd'hui. Les espèces existent, car le vivant doit se différencier pour se perpétuer, de manière à saisir toutes les chances de survie offertes par les milieux terrestres. Les individus existent, car ils sont les truchements de la reproduction et de la différenciation des espèces et du vivant. Mais seule l'espèce humaine est dotée des facultés permettant de hisser ces questions et ces réponses objectives mais virtuelles à un statut subjectif actuel. Les réponses, quoique vraies, sont peu susceptibles de satisfaire les représentants de l'espèce. En effet, elles répondent par des propositions débutant par "parce que" et jamais par "pour" ou "en vue de". La conscience et la réflexion humaines conduisent à soulever un problème de destination de l'espèce et de ses représentants, dont l’éthologue le plus exalté ne trouverait pas la plus petite esquisse dans le règne animal.
L'espèce humaine est ontologiquement problématique : toute solution ne peut être que plus ou moins bonne et provisoire
Outre les problèmes de ressources et de besoins, de perpétuation biologique et de reproduction, de propos et de destination, l'humanité doit affronter encore des problèmes définis en termes de violence et de pacification, d'inefficacité et d'efficacité, d'égoïsme et de coopération, de dispersion et de sociabilité... La condition humaine est rendue problématique par la nature humaine. Un corollaire en forme de théorème affirme que, en conséquence, toute actualisation de l'humain par des sociétés et des cultures historiques est de fondation problématique, et ce en deux sens très différents. Le plus important pour la connaissance rationnelle du règne humain stipule que toute la matière historique doit être composée des produits des efforts humains pour apporter des solutions aux problèmes de l'espèce. Le sens le plus décisif pour une appréciation juste de la condition humaine énonce qu'aucune solution n'abolit jamais définitivement le problème. L'espèce, en effet, est ontologiquement problématique, si bien que toute solution ne peut être que plus ou moins bonne et provisoire. Il est impossible, qui plus est, qu'elle soit unique et exclusive, car l'affirmation contredirait la non-programmation et ses conséquences culturelles.
La matière intentionnelle du règne humain est écrite en langage stratégique
Un corollaire du corollaire a valeur cognitive. Il pose que, si la matière historique est réductible à des produits résultant des efforts humains pour résoudre les problèmes humains, elle doit être écrite en un langage dont les termes fondateurs sont le binôme "problème/solution". De même que la matière inanimée du règne physique est écrite en langage mathématique et la matière animée du règne vivant en langage systémique, la matière intentionnelle du règne humain est écrite en langage stratégique. Or l'intelligence humaine est capable de déchiffrer ces trois langages, ce qui lui ouvre la voie de la lecture véridique des trois règnes dont relève l'espèce humaine.
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auteur: Jean Baechler en savoir plus sur l'auteur |
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programmation et nature humaine
Bonjour, | ||
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Nous sommes condamnés à être libres...
Chère Agnès, Si, comme Rousseau, on postule que la seule nature humaine est la culture, alors la contradiction peut être levée. C'est "cette disposition naturelle pose à l'espèce des problèmes de survie et de destination", comme le rappelle Jean Baechler. C'est peut être un des fondements de la condamnation sartrienne à la liberté... Je ne suis cependant pas persuadé que la nature humaine fonctionne selon le binôme "problème / solution" ... Que pensez-vous de cette notion de langage stratégique? | ||
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stratégie de langage
Bonjour à tous, | ||
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Nature et condition
Bonjour, | ||
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Culturellement parlant...
Il ne s'agit pas de mettre sur le même plan nature et culture, mais de soutenir la thèse suivant laquelle la seule nature humaine ne peut être que sa culture. Notre adaptabilité cognitive est notre cruciale différence avec le reste du règne du vivant en ce qu'elle nous condamne à une liberté totale, comme le souligne justement M. Dumagne. La nature de l'homme est dès lors ce qu'il fait, et non son code adn ou tout autre détermination physique. Ce qui explique à quel point l'Homme change de Dieu comme de chemise, ou plutôt comme de culture! | |||
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Les hommes vivent dans la nature .... sur terre ....
Les complications des êtres, certains ont évolué négligeant les autres êtres .... | ||
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