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L'individu humain, Darwin, évolution
Homo sapiens : une espèce problématique
La non-programmation, ou liberté, distingue l'espèce humaine dans le règne du vivant. Elle fait en sorte que l'on naît virtuellement humain et que l'on devient humain dans un contexte culturel déjà actualisé. Cette disposition naturelle pose à l'espèce des problèmes de survie et de destination.

Le trait distinctif de l'espèce Homo sapiens dans le règne vivant est sa non-programmation. L'humain spécifique est un ensemble ordonné de virtualités, qui doivent trouver leur actualisation dans des réalités culturelles. La non-programmation, ou liberté, fait en sorte que l'on naît virtuellement humain et que l'on devient humain dans un contexte culturel déjà actualisé. Cette disposition naturelle pose à l'espèce des problèmes de survie et de destination. Certains ne sont pas une exclusivité humaine, alors que d’autres ne s'observent que dans cette espèce singulière, mais tous reçoivent toujours de la liberté une marque originale et exclusive.

 

Les besoins humains sont indéfinis et illimités

 

Comme tout ce qui vit, les humains consomment des ressources pour survivre et sont contraints de les réunir pour satisfaire leurs besoins. Mais les besoins de chaque espèce du vivant sont définis et limités, si bien que les ressources correspondantes le deviennent également. Au contraire, les besoins humains sont indéfinis et illimités, de telle sorte que les ressources le sont aussi et doivent être inventées et produites. C'est pourquoi le règne vivant ignore l’économique, qui obsède l'espèce humaine et exerce sur elle les contraintes les plus fortes. Toutes les espèces vivantes sont incarnées dans des individus mortels et assurent leur perpétuation par la reproduction et la succession des générations. Leur nature étant programmée génétiquement, les générations successives reproduisent mécaniquement le même modèle. La virtualité humaine et son actualisation culturelle exigent un dispositif spécialisé, pour initier les nouvelles générations aux modèles distincts, développés par les cercles sociaux et culturels qui les accueillent. Seule l'espèce humaine doit mettre au point des pédagogies, pour transmettre des compétences par l'entremise de l'instruction et de l'éducation.

 

La conscience et la réflexion humaines conduisent à soulever un problème de destination de l'espèce et de ses représentants

 

Certains problèmes sont rendus exclusivement humains par une exclusivité humaine. Toutes les espèces et tous leurs représentants pourraient s'interroger avec perplexité sur leur raison d'être. La réponse du vivant serait triple. La vie existe, parce qu'elle a rencontré sur Terre des conditions propices à son apparition, il y a trois milliards et demi d'années, et à sa perpétuation jusqu'à aujourd'hui. Les espèces existent, car le vivant doit se différencier pour se perpétuer, de manière à saisir toutes les chances de survie offertes par les milieux terrestres. Les individus existent, car ils sont les truchements de la reproduction et de la différenciation des espèces et du vivant. Mais seule l'espèce humaine est dotée des facultés permettant de hisser ces questions et ces réponses objectives mais virtuelles à un statut subjectif actuel. Les réponses, quoique vraies, sont peu susceptibles de satisfaire les représentants de l'espèce. En effet, elles répondent par des propositions débutant par "parce que" et jamais par "pour" ou "en vue de". La conscience et la réflexion humaines conduisent à soulever un problème de destination de l'espèce et de ses représentants, dont l’éthologue le plus exalté ne trouverait pas la plus petite esquisse dans le règne animal.

 

L'espèce humaine est ontologiquement problématique : toute solution ne peut être que plus ou moins bonne et provisoire

 

Outre les problèmes de ressources et de besoins, de perpétuation biologique et de reproduction, de propos et de destination, l'humanité doit affronter encore des problèmes définis en termes de violence et de pacification, d'inefficacité et d'efficacité, d'égoïsme et de coopération, de dispersion et de sociabilité... La condition humaine est rendue problématique par la nature humaine. Un corollaire en forme de théorème affirme que, en conséquence, toute actualisation de l'humain par des sociétés et des cultures historiques est de fondation problématique, et ce en deux sens très différents. Le plus important pour la connaissance rationnelle du règne humain stipule que toute la matière historique doit être composée des produits des efforts humains pour apporter des solutions aux problèmes de l'espèce. Le sens le plus décisif pour une appréciation juste de la condition humaine énonce qu'aucune solution n'abolit jamais définitivement le problème. L'espèce, en effet, est ontologiquement problématique, si bien que toute solution ne peut être que plus ou moins bonne et provisoire. Il est impossible, qui plus est, qu'elle soit unique et exclusive, car l'affirmation contredirait la non-programmation et ses conséquences culturelles.

 

La matière intentionnelle du règne humain est écrite en langage stratégique

 

Un corollaire du corollaire a valeur cognitive. Il pose que, si la matière historique est réductible à des produits résultant des efforts humains pour résoudre les problèmes humains, elle doit être écrite en un langage dont les termes fondateurs sont le binôme "problème/solution". De même que la matière inanimée du règne physique est écrite en langage mathématique et la matière animée du règne vivant en langage systémique, la matière intentionnelle du règne humain est écrite en langage stratégique. Or l'intelligence humaine est capable de déchiffrer ces trois langages, ce qui lui ouvre la voie de la lecture véridique des trois règnes dont relève l'espèce humaine.

crédit photo : dalipas
auteur: Jean Baechler
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de Agnès le 25/05/2008 à 16h17
programmation et nature humaine

Bonjour,
N'y a-t-il pas une contradiction entre l'absence de programmation et la "nature humaine" (dans "la condition humaine est rendue problèmatique par la nature humaine"). Pouvons-nous revendiquer les deux à la fois ? Ne faut-il pas plutôt reconnaître une part de programmation (que j'apparenterais à votre "virtuellement humain"), non décisive mais réelle, et ainsi ne pas renier une nature humaine qui serait inexistante sans un minimum de déterminisme ?
Amicalement
agnès
http://doutagogo.com

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de Michel Dumagne le 26/05/2008 à 10h23
Nous sommes condamnés à être libres...

Chère Agnès,

Si, comme Rousseau, on postule que la seule nature humaine est la culture, alors la contradiction peut être levée. C'est "cette disposition naturelle pose à l'espèce des problèmes de survie et de destination", comme le rappelle Jean Baechler.

C'est peut être un des fondements de la condamnation sartrienne à la liberté...

Je ne suis cependant pas persuadé que la nature humaine fonctionne selon le binôme "problème / solution" ... Que pensez-vous de cette notion de langage stratégique?

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de Agnès le 29/05/2008 à 06h31
stratégie de langage

Bonjour à tous,
La notion de "stratégie de langage" est séduisante. Elle permet les subtilités, et une navigation plus aisée dans la complexité. Le langage offre une magnifique palette d'outils pour expliciter les problèmes sous un autre angle que le fameux binôme "problème/solution".
Si j'ai bien compris Michel, la "nature humaine" exclut la programmation génétique de son concept. Je préfère alors l'expression de Aloys "condition humaine" qui semble mieux convenir à cet arbre aux branches entremêlées que nous sommes.
J'aime l'idée d'une culture qui serait notre nature. Pourtant l'éthologie est en train de nous montrer l'étendue et la diversité des cultures animales.... cela me plonge dans le doute. Pouvons-nous encore revendiquer cette culture comme notre apanage, notre nature ?
amitiés
agnès

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de Aloys Rainsart le 26/05/2008 à 17h52
Nature et condition

Bonjour,
Je pense qu'on ne peut pas mettre sur le même plan la nature et la culture. Nous pouvons sortir du dilemme d'Agnès en différenciant la nature humaine et la condition humaine. Comme le souligne Hannah Arendt dans La Condition de l'Homme Moderne, nous devons nous contenter de ne décrire que la condition de l'homme à une époque donnée. Par contre, la question de la nature est en fait une question religieuse engageant des croyances. Mais une pensée de l'homme peut-elle sortir entièrement du domaine de la croyance, étant donnée que nous sommes l'objet de notre propre étude ?...

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de Jean Dumas le 26/05/2008 à 18h44
Culturellement parlant...

Il ne s'agit pas de mettre sur le même plan nature et culture, mais de soutenir la thèse suivant laquelle la seule nature humaine ne peut être que sa culture.

Notre adaptabilité cognitive est notre cruciale différence avec le reste du règne du vivant en ce qu'elle nous condamne à une liberté totale, comme le souligne justement M. Dumagne.

La nature de l'homme est dès lors ce qu'il fait, et non son code adn ou tout autre détermination physique.

Ce qui explique à quel point l'Homme change de Dieu comme de chemise, ou plutôt comme de culture!

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de axelle le 10/06/2008 à 07h06
Les hommes vivent dans la nature .... sur terre ....

Les complications des êtres, certains ont évolué négligeant les autres êtres ....
notre évolution est ensemble, sinon, il n'y a plus l'harmonie entre tous les êtres vivants .....
arrêtons la dynastie des plus forts qui écrasent les autres, parce que nous valons mieux que cela !!!!!!
excellente journée à tous ;-)

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