Presse écrite : Faut-il sauver le papier ou le journaliste ?
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DEBAT
En lui attribuant la plus mauvaise note sur l’échelle de l’engagement écologiste, l’Alliance pour la Planète , regroupement de près de 70 organisations écologistes françaises, dénonçait chez le candidat N. Sarkozy l’absence totale de prise en compte des urgences environnementales provoquées par le capitalisme du désastre si bien décrit par Naomi Klein.
Mais trop pressées sans doute d’accéder à la reconnaissance que confère la fréquentation du Prince, et coincées dans leur posture experte, une poignée d’associations écologistes désignées par le Président lui-même accoururent au Grenelle de l’environnement, jetant leurs forces dans d’épuisantes batailles techniques, et désertant du coup le terrain de la lutte. Sans rien demander en contrepartie de la caution qu’elles apportaient au processus, et sans moyen de peser sur le rapport de force, elles se condamnaient pourtant à décevoir leurs soutiens, et prenaient le risque de démobiliser pour longtemps l’opinion publique.
Les trous noirs du Grenelle
Le Grenelle devait aborder "sans tabous" toutes les questions d’environnement. Mais bon nombre de sujets essentiels furent écartés d’autorité. La question centrale de la croissance, de la poursuite de l’accumulation au mépris notamment de l’impact environnemental, ne fut pas abordée. On cherchait de toute évidence une écologie compatible avec le marché. La question de la dette écologique contractée envers le Sud, ne fut même pas mentionnée, pas plus que le problème de l’énergie nucléaire. Il ne fallait pas évoquer les pratiques anti-écologiques d’Areva au Niger ou à la Hague, les risques induits par l’introduction de normes de gestion de cette industrie négligeant la sécurité et l’environnement, et le maintien d’un parc nucléaire vieillissant et malade, et bien sûr les risques de prolifération liés aux ventes de technologies françaises. Silence également sur la place de la voiture individuelle, la croissance régulière de la production de déchets, l’accès à l’eau, au cÅ“ur des conflits de demain, la difficulté de l’accès à la terre pour les paysans bios, les conséquences insoutenables de la surconsommation de viande sur l’environnement (production de gaz à effet de serre, cruauté envers les animaux, détournement de deux tiers des productions céréalières pour l’alimentation animale, destruction des sols ) et encore mille autres sujets
Les renoncements du Grenelle
Mais le Grenelle, ce fut aussi une série de promesses non tenues : celle du principe de conditionnalités écologiques dans l’attribution des aides publiques, de la réduction de la vitesse automobile de 10 km/h et de la réduction chiffrée du fret routier, du soutien à l’objectif communautaire de 120 g d’émission de CO2 pour les véhicules neufs, de la taxe carbone pour les produits de consommation ou les avions court courrier, de l’interdiction des lampes à incandescence d’ici 2010, du doublement du nombre de bâtiments anciens à rénover chaque année et de l’objectif d'une consommation d’énergie réduite à 80 kWh/m²/an après rénovation. L’Etat n’aidera d’ailleurs finalement pas à la formation des professionnels du bâtiment : la création de la spécialité " rénovateur de bâtiments" a même été supprimée du projet de loi. Les Plans Climat et Transport sont considérablement affaiblis et privés de toute aide publique. Quant à la promesse d’un plan de réduction de 50% des pesticides d’ici 10 ans, elle s’accommode mal de l’autorisation récente en France de l'insecticide Cruiser qui a pourtant déjà provoqué un désastre écologique en Italie.
Le bal des hypocrites
Le Grenelle a-t-il au moins permis de gagner du temps ? Même pas ! Tandis que les écologistes négociaient des mesures qui ne seront jamais prises et que J-L Borloo occupait le terrain médiatique au pôle Nord, pour y constater les dégâts provoqués notamment par l’avion emprunté pour s’y rendre, les projets anti-écologiques se poursuivaient de plus belle : nouvelles installations nucléaires (EPR, ITER, Bure, Georges Besse 2), nouvelles centrales à charbon françaises (au Havre, en Afrique du Sud ), nouveaux incinérateurs (Fos, Issy les Moulinaux), importations massives d’OGM pour l’alimentation animale, et nouvelles infrastructures liées aux modes de circulation insoutenables (autoroutes, comme les 147 km de l’autoroute Langon Pau, qui vont détruire 2000 hectares d’espaces naturels ; aéroports, comme Notre-Dame des Landes). Rappelons que chaque année, 60 000 hectares sont détruits en France par la construction d‘infrastructures ou l’urbanisation, soit un département tous les 10 ans, rythme insoutenable s’il en est. Et ce n’est pas tout ! Alors que l’on discute de la promotion de l’agriculture bio, supposée passer de 2% des surfaces cultivées aujourd’hui à 20% en 2020, la France soutient la directive européenne autorisant dès l’an prochain 0,9% d’OGM dans les produits bios. La protection de la biodiversité n’est qu’un vain mot, qui n’empêche pas la condamnation très lourde de l'association Kokopelli, qui se bat justement pour empêcher la disparition de cette biodiversité, en assurant la diffusion de graines traditionnelles que les autorités publiques ont interdites !
Depuis, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a remis en question les quotas de pêche destinés à protéger les espèces les plus menacées, confirmé la fermeture de 262 gares qui servaient au fret ou à la circulation de passagers, et que ne remplaceront pas les 4500 km de lignes TGV promises aux cadres supérieurs, et décidé de maintenir le plan agrocarburants, malgré la flambée des prix des produits agricoles et la crise alimentaire qui en résulte.
La Bérézina
Si le pari communicationnel de N. Sarkozy a réussi, puisqu’il s’est donné l’image d’un dirigeant soucieux d’écologie au prix de quelques miettes bien dérisoires, celui des écologistes a quant à lui échoué. Avec la bérézina qui accompagne le Grenelle de l’environnement, c’est en fait le pari d’une écologie d’accompagnement du capitalisme, une écologie compatible avec les impératifs de la logique boursière, qui s’est effondré. Face à l’urgence du désastre écologique, c’est désormais d’une écologie de rupture, donc de combat, dont nous avons besoin.
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auteur: Xavier Renou en savoir plus sur l'auteur |
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sarkommunication
Tout à fait d'accord avec le contenu de cet article. mais le débat sur les OGM nous a bien rassuré sur la nature de ce projet : un projet de com, instauré par des communicants (guaino & co) pour s'assurer derrière soi l'opinion. En ce qui concerne les produits bio, je pense que les normes françaises sont trop dures, et ne permettent pas de généraliser une agriculture raisonnée (entre l'agriculture intensive et la norme ab). C'est déjà le cas en Allemagne, mais en France, seule une élite financière peut avoir accès au bio. On pourrait croire que la dureté de ces normes sont là pour préserver la qualité des produits, mais c'est bien plutôt pour éviter de concurrencer les agriculteurs intensifs, protégés depuis Chirac contre vents et marrés (c'était une tranche de son électorat assurée d'avance). | ||
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L'important c'est le succès de la communication sur le sujet
Nous vivons dans un monde entièrement virtuel: | |||
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economie ou ecologie..ou les 2 ?
Comment être surpris de ces résultats médiocres ? Qui a pu croire un instant à une conversion ecolo de Sarko, notre bien aimé président...Sans vouloir persifler, le système économique actuel qui a l'oeil sur le cours de la bourse est un système primitif qui court à sa propre perte (et la notre). Quand les désastres ecologiques se seront avérés, il y en aura toujours pour dire "on ne savait pas"... "Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre", combien de morts, de pollutions, de déforestations, de disparitions d'espèces animales faudra t'il encore pour se bouger le c...? L'ecologie intelligente est un énorme vivier de ressources pour une économie saine. Il en faudra des Grenelles pour que cela rentre dans le cerveau de nos décideurs ("ceux qui savent", ah ah !) | |||
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