Presse écrite : Faut-il sauver le papier ou le journaliste ?
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DEBAT
Dans le cadre du "rendez-vous" de 2008 sur les retraites, prévu par la réforme Fillon de 2003, de nouvelles mesures paraissent inévitables pour assurer la pérennité des régimes. Trois grandes catégories de dispositions peuvent être envisagées : soit les pensions servies diminuent, quitte à développer les incitations à des compléments de retraite par capitalisation ; soit les ressources financières de ces régimes sont augmentées ; soit les règles de constitution des droits sont durcies.
La première hypothèse paraît exclue en France où la capitalisation est un gros mot. Et la pure diminution du montant des pensions servies entraînerait une paupérisation accrue d’une partie des retraités.
L’accroissement des financements dévolus à ces régimes devrait être également écarté. La France ayant déjà le record d’Europe du niveau des cotisations sociales, leur augmentation serait difficilement supportable. Le recyclage d’éventuels excédents de l’assurance chômage au bénéfice des régimes des retraites serait également une occasion manquée de faire baisser le poids de ces prélèvements.
Une modification des règles d’acquisition des droits à pension est donc inéluctable
Pour le régime général, ces droits dépendent de plusieurs paramètres : la durée de cotisation, mais aussi l’âge de référence, les décotes et surcotes ou encore le "salaire de référence". Dans le prolongement de la réforme de 2003, le gouvernement se focalise sur le passage à 41 ans de la durée de cotisation. Or un allongement de celle-ci est insuffisant si, comme pour la réforme des régimes spéciaux, le rapport des cotisations perçues aux retraites versées est à peu près inchangé.
Il est beaucoup plus efficace de relever l’âge légal du départ en retraite, comme l’ont fait la quasi-totalité des pays européens
En maintenant cet âge à 60 ans, la France entretient des illusions et fait un mauvais calcul. Comment faire de la pédagogie sur la nécessaire prolongation des carrières en s’accrochant à cet âge pivot, décidé il y a plus d’un quart de siècle, et alors que l’espérance de vie a progressé depuis de plus de six ans ?
Le gouvernement, qui a décidé de pénaliser fortement toutes les modalités de départ en retraite avant 65 ans à l’initiative de l’employeur, ferait montre de cohérence en adressant le même message aux salariés. Et pour ces derniers, le relèvement de l’âge légal est la mesure la plus signifiante. Elle est par ailleurs doublement efficace car relever l’âge légal c’est faire gagner au régime, toutes choses égales par ailleurs, une année de cotisations en plus et une année de retraite à verser en moins.
C’est aussi une mesure plus juste que l’allongement de la durée de cotisations. Celui-ci pénalisera peu tous ceux qui peuvent avoir une carrière sans « accident ». Les salariés du secteur public mais aussi les cadres les plus qualifiés ont ainsi plus de chances de satisfaire cette exigence que des salariés aux métiers plus précaires. Sans parler des femmes dont les coupures de carrière ne sont pas toujours bien prises en compte. En revanche, devoir attendre par exemple 62 ans pour liquider sa retraite incitera au maintien dans l’emploi à l’approche de cet âge, sans considération des interruptions de carrière.
Efficacité et équité se conjuguent également du point de vue financier
Car le passage à 41 ans de cotisations aura principalement pour effet de réduire le montant des pensions. A l’inverse, la focalisation sur l’âge de liquidation de référence conduira à réduire la période de versement des pensions en prolongeant la durée d’activité.
Le taux d’activité insuffisant des seniors en France est souvent mis en avant pour contester tout relèvement de l’âge légal de la retraite. Mais il faut être réaliste : c’est avant tout en durcissant les règles relatives aux fins de carrière pour les entreprises comme pour les salariés que l’on augmentera l’emploi des seniors. Les pays dans lesquels le taux d’emploi des seniors est sensiblement plus élevé qu’en France ont aussi des règles beaucoup plus dures que les nôtres pour éviter les départs en retraite jugés précoces. C’est de ce durcissement que viennent les changements de comportement et non la génération spontanée de ces derniers qui créerait par miracle un prolongement généralisé de la période d’activité.
Pour être acceptée et comprise, une réforme doit s’inscrire dans une vision politique d’ensemble
Vouloir maintenir à tout prix l’âge légal de la retraite à 60 ans tout en portant la durée de cotisations à 41 ans pour une retraite à taux plein revient à dire que l’âge normal d’entrée dans la vie active est d’au plus 19 ans Ce qui ne correspond pas vraiment à l’idée d’une "société de la connaissance".
Plutôt que de prendre un problème de front en agissant sur le levier le plus symbolique, le gouvernement choisit de défendre en façade un "acquis" pour, plus discrètement, en saper les fondements. C’est comme cela qu’on finit sans le bénéfice de la réforme et avec tous ses inconvénients.
La version intégrale de cet article est disponible sur Débat&Co
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auteur: Daniel Chevert en savoir plus sur l'auteur |
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