LES ARTICLES LES PLUS :
International
Etats-Unis : le retour de l'arrogance ?
lire l'article
Politique
Refuser l'islamophobie dans le respect de la laïcité et du droit des femmes
lire l'article
Politique
L'Ange Bleu : une approche différente de la pédophilie (1)
lire l'article
THEMES :
- Afghanistan
- Afrique
- banques
- Berlusconi
- capitalisme
- changement climatique
- Chine
- chômage
- cinéma
- Clinton
- Corée
- crise financière
- crise économique
- croissance
- Delanoë
- droits de l'homme
- démocratie
- environnement
- Etats-Unis
- Europe
- finance
- France
- gauche
- guerre
- génocide
- géopolitique
- histoire
- immigration
- Inde
- inflation
- Internet
- islam
- Israël
- Italie
- Jeux Olympiques
- justice
- libéralisme
- littérature
- mafia
- mondialisation
- musique
- médias
- nucléaire
- Obama
- Occident
- OTAN
- Palestine
- pauvreté
- philosophie
- presse
- prison
- PS
- pétrole
- recherche
- religion
- retraites
- Royal
- Russie
- réformes
- santé
- Sarkozy
- société
- terrorisme
- Tibet
- télévision
- écologie
- élections
- élections américaines
- énergie
DEBAT
Trois failles majeures de la diplomatie Sarkozy
Un point de vue engagé d'un haut fonctionnaire longtemps en poste à l'étranger. Il pointe trois déficiences majeures de notre diplomatie actuelle.
S’il est bien sûr trop tôt, au bout de huit mois, pour faire un bilan de la nouvelle Présidence en matière de politique étrangère, nous pouvons d’ores et déjà porter quelque jugement. Car nous savons que, bien souvent, le style et le fond des débuts préfigurent les orientations générales du mandat en ce domaine (sauf cas de crise exceptionnelle). Tout en reconnaissant volontiers quelques succès indéniables (Traité de Lisbonne par exemple), nous pensons que notre politique étrangère actuelle souffre de trois failles importantes.
Incohérence entre le discours et les actes
Rappelons d’abord évidemment que N. Sarkozy se fit pendant la campagne de 2007 le chantre d’une nécessaire « diplomatie des droits de l’homme », concept contradictoire donc vide, que personne ne lui avait demandé de mettre en avant. Au congrès de l’UMP (14 janvier 2007), il déclara: « Je veux être le Président de la France des droits de l'homme. Chaque fois qu'une femme est martyrisée dans le monde, la France doit se porter à ses côtés [NDA : vaste tâche en effet]. […] Je ne crois pas à la "realpolitik" qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n'accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, au Darfour. […] Je ne veux être le complice d'aucune dictature à travers le monde ». On peut dans la même veine également lire l’entretien accordé à la revue Politique Internationale du printemps 2007. En a logiquement suivi la nomination de l’inénarrable Dr Kouchner à la tête de la diplomatie française. Au vu des intentions annoncées et des premiers mois d’action extérieure, on hésite entre la farce ou le tragi-comique…
En bref, quelques hauts faits de cette diplomatie morale : nous avons vu N. Sarkozy successivement recevoir à l’Elysée, dix jours après son investiture, Omar Bongo, dictateur du Gabon depuis 40 ans, déjeuner sur l’herbe un jour d’été avec Bush, « féliciter chaleureusement » Poutine pour son élection triomphale, embrasser Bouteflikah, recevoir en grande pompe Khadafi qui nous humilia ou encore rendre hommage (sans rire) à la « politique de civilisation et de modernisation » de l’Arabie Saoudite : « La politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui s’efforcent de concilier le progrès et la tradition, de faire la synthèse entre l’identité profonde de l’Islam et la modernité sans choquer la conscience des croyants. C’est ce que fait l’Arabie Saoudite sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Abdallah. » (Discours prononcé le 14 janvier 2008 devant le Conseil consultatif à Ryad, lire l’intégralité du discours). La liste est écourtée pour ne pas lasser le lecteur.
Rappelons très rapidement que Kadhafi est directement responsable de la mort de centaines d’occidentaux, Poutine au bas mot de 200.000 Tchétchènes, ou que les femmes sont lapidées à mort pour adultère dans cette abjecte monarchie théocratique qu’est l’Arabie Saoudite (qui, de surcroît, a soutenu et soutient le terrorisme fondamentaliste sunnite à travers le monde). Soyons clairs, nous ne croyons pas un instant à une diplomatie morale, car il s’agit d’un oxymore : la politique étrangère vise avant tout à défendre les intérêts d’un pays. C’est sa définition. Pourquoi alors afficher des fariboles humanitaristes comme objectif diplomatique ? On m’objectera qu’il a bien fallu vendre du made in France dans tous les pays, et donc revoir le discours en fonction du régime… Très bien, assumons-le et tenons-nous en là, sans nous ressortir la vieille chanson sur la patrie des droits de l’homme et ses valeurs universelles.
Autre exemple rapide d’inconséquence : l’Afghanistan. N. Sarkozy avait déclaré le 29 avril 2007 sur France 2 que "la présence des troupes françaises à cet endroit du monde ne lui semblait pas décisive". Lors de sa visite éclair en décembre dernier, il a affirmé : « Tout ce qui nous amènera à renforcer notre présence pour aider les Afghans à prendre leur destin en mains, nous verrons ça avec un regard très positif ». Un minimum de cohérence ne peut nuire si l’on veut être pris au sérieux.
Faiblesse des objectifs, mauvaise hiérarchie des priorités
C’est la deuxième lacune importante à nos yeux. Nous nous félicitons certes du déblocage institutionnel européen grâce au Traité de Lisbonne (le projet était dans les cartons de l’UMP après le référendum de 2005 et fut rondement mené à son terme par le nouvel exécutif). Précisons cependant qu’il ne s’agit là que de fonctionnement institutionnel, et en matière de diplomatie européenne, un haut représentant de l’Union et un service diplomatique dédié ne changeront rien sur le fond. Pour quelle politique étrangère européenne ? Sachant que sur les deux sujets majeurs de la dernière décennie, l’ex-Yougoslavie et l’Irak, les divisions européennes ont confiné au ridicule et renforcé la puissance américaine.
Les « coups » médiatiques extérieurs du nouvel exécutif masquent une mauvaise hiérarchisation des objectifs prioritaires. Premier élément : le projet d’Union méditerranéenne, défendu avec ardeur par le nouveau Président, peut relever du rêve éveillé si l’on songe à une intégration politique et économique progressive. L’hétérogénéité à tout point de vue entre les deux rives de la Méditerranée est bien trop importante. Nous n’avons affaire qu’à des régimes autocrates (de nature diverse certes), des monnaies sans valeur extérieure et, surtout, le grand Maghreb ne représente que 10% du PIB de la France, pour autant d’habitants, en dépit de la manne gazière et pétrolière de certains de ses pays. Le grand Maghreb n’est tout simplement pas intégré au commerce international manufacturier à cause de multiples raisons, trop longues à développer ici. Peut-être N. Sarkozy ne songe-t-il qu’à une union de projets, mais alors, encore une fois, pourquoi ne pas le dire clairement ? Arrêtons de nous payer de mots. Il s’agirait alors de multiplier les projets de coopération, autrement dit, concrétiser le Processus de Barcelone en y ajoutant de l’investissement privé. Ce serait une très bonne chose. La Chancelière Merkel ne s’est pas trompée sur la question en exprimant son fort scepticisme à l’égard d’une Union méditerranéenne de type politique, douanière ou économique. N’aurait-on pas déjà intérêt à construire une politique étrangère européenne solide et cohérente, basée sur un noyau dur de grands pays de bonne volonté, avant de diluer encore la zone européenne ?
Seconde carence dans la hiérarchie des priorités : notre faible stratégie d’influence en Asie et dans les pays émergents en général. Or c’est la priorité absolue. L’Asie, à elle seule, représente 60% de la population terrestre, 35% du PIB mondial et contribue pour près de 20 % à la croissance mondiale annuelle… Signer quelques gros contrats est largement insuffisant et masque à nouveau la priorité : mettre en place des stratégies indirectes puissantes pour améliorer nos positions économiques, politiques et culturelles. La France a un grand retard dans cette zone par rapport aux pays anglo-saxons ou même l’Allemagne, elle a pourtant encore des atouts à faire valoir. Nous ne noircirons pas encore le tableau en détaillant la faiblesse de notre diplomatie actuelle dans des zones telles que le Proche et le Moyen-Orient.
Acceptation du manichéisme de l’administration Bush
Depuis les attentats de septembre 2001, les Etats-Unis ont voulu réduire les enjeux internationaux à une grande croisade contre le terrorisme, avec pour conséquence une nouvelle configuration qui n’oppose plus que les politiques étrangères de consensus et les politiques étrangères de protestation. Les tenants des premières sont qualifiés d’ « amis de la Liberté » et ceux des secondes de Rogue States, appartenant à « l’axe du Mal ». Cette partition binaire et manichéenne est extrêmement dangereuse pour les équilibres mondiaux de long terme. Et ne devrait pas changer à court terme, quelle que soit l’issue des présidentielles américaines, car elle correspond à un état profond de l’opinion américaine. Or, le nouveau Président français l’a intégrée en paroles et en actes, renonçant ainsi à la stratégie française de différenciation sous la Vème république, qui avait certes ses défauts mais présentait de grands avantages sur le long terme (complexité d’analyse, primat du possible sur le souhaitable, bonne connaissance du monde arabe...). Dans la longue durée, le terrorisme islamiste est un épiphénomène historique, qu’il faut certes traiter fermement par le renseignement et les répliques appropriées, mais qui ne doit pas obscurcir notre vision d’un monde contemporain complexe. Il serait très dommageable que la France abandonne sa vision différenciée du monde, dimension déterminante pour la gestion des crises, les projets transnationaux et notre rayonnement culturel.
La France a des atouts pour jouer un rôle sur la scène internationale (5ème puissance économique mondiale, second réseau d’ambassades, siège permanent au Conseil de sécurité, postes importants dans les institutions internationales, 150 centres culturels et 270 lycées français…) et possède encore un certain rayonnement grâce à son prestige historique et culturel. Il serait regrettable qu’elle ne mette pas enfin en place des stratégies d’influence efficaces sur le long terme, basées sur une vision du monde subtile et différenciée, des objectifs clairs et des moyens appropriés. Tant qu’elle le peut encore…. Nous conclurons avec un modeste conseil à l’intention du nouvel exécutif : moins de sérieux dans les coups médiatiques et les obsessions sécuritaires, et davantage dans la cohérence et l’efficacité de notre action extérieure de long terme.
|
auteur: Jean Langlois en savoir plus sur l'auteur |
AU COEUR DE CE DEBAT
Créez votre profil
pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com
|
|
intéressant tout ça, j'en partage une bonne partie des analyses et des idées. | ||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|
|
|
Le discours de Dakar
Excellent article bien construit et qui n'hésite pas à juxtaposer les preuves à charge! Je suis pour ma part resté bloqué sur le discours à Dakar de l'été dernier : Dénoncé par le Canard Enchainé, ce baratin d'un autre temps est l'oeuvre de Henri Guaino: l'homme africain bloqué dans la répétition d'une même histoire, déterminé par le cycle de la nature, et qui refuse de s'inventer un destin... Pour légitimer ces poncifs, Guaino sous-entend s'être inspiré de la philosophie de Hegel, et de sa conception de la nature et de la culture. Rappelons que Hegel a écrit au tout du début du 18ème siècle, à une époque où l'esclavage n'était pas abolit, et où la colonisation s'organisait. Curieuse, cette habitude de pendre le moins bon des plus grands, et de le justifier comme appartenant au tout d'une oeuvre de génie! | ||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|
|
|
Elections Municipales 2008
Les municipales amèneront je pense pas mal de précision quant à l'image du Président, perçu par les citoyens (avertis ou non). | ||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|
|
Article très clair, très cohérent et écrit sans a priori; c'est un constat navrant où l'on sent par petites touches que l'auteur s'implique malgré tout; c'est à la fois objectif et personnel, d'ou l'intérêt de l'article | |||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|












