article du 20 mars 2008
L’impérative résolution du conflit israélo-palestinien est une question qui ne fait plus de doute. Les extrémistes de tous bords en appellent certes à une mise à mal des fondements de l’Etat d’Israël pour les uns, à une négation du droit des Palestiniens à leur propre Etat pour les autres. Mais bien du chemin a été fait depuis les origines de ce conflit, vieilles de plus de soixante ans.
Néanmoins, certaines questions de fond continuent à prévaloir. Et elles entravent l’ouverture d’une nouvelle ère dans les relations israélo-palestiniennes comme israélo-arabes en général. Quelles limites pour un Etat palestinien à venir ? Avec quelle(s) population(s) ? Et à quelle(s) conditions ? Telles sont les principales (et malheureuses) interrogations qui dominent toujours, alors que les réponses sont connues.
Un conflit politique
Le conflit israélo-palestinien est régulièrement parasité par des éléments en appelant à la religion, à l’idéologie, ou encore au(x) procès d’intention. Mais il reste fondamentalement politique. Les arguments principaux déployés par ses protagonistes en sont la meilleure des preuves. Les Palestiniens, et avec eux les Arabes, en appellent à un retrait des Israéliens sur la Ligne verte, un tracé qui prévaut entre Israël et ses voisins depuis l’apaisement du premier conflit israélo-arabe (1948-1949), à l’issue duquel Israël avait augmenté sa superficie territoriale d’un peu plus de 30%. Les Israéliens, de leur côté, considèrent qu’une conquête territoriale acquise en temps de guerre demeure la propriété du vainqueur, qui ne pourra dès lors accepter d’en négocier l’éventuelle cession qu’à ses propres conditions. C’est ce qui explique qu’ils demeurent attachés à leurs gains issus de la guerre de juin 1967.
Mais c’est surtout là que réside la valeur du mot « concession douloureuse » tel que formulé tant par le Premier ministre Ehoud Olmert que par son prédécesseur, Ariel Sharon. Pour les Palestiniens en effet, opérer un nécessaire retour aux frontières de juin 1967 comme préalable à la consolidation d’une paix tombe tout simplement sous le sens. Pour les Israéliens au contraire, se défaire de tout ou partie de ces mêmes territoires reviendrait à renoncer à des étendues leur appartenant pleinement. Et donc à faire des concessions lourdes.
Des solutions juridiques ?
L’ONU, qui avait établi en novembre 1967 la résolution 242 en appelant à un « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit », avait pourtant énoncé la seule solution réellement équitable. Quarante ans plus tard, celle-ci reste d’actualité, et a même été reprise en février 2002 par les membres de la Ligue arabe. Ceux-ci se sont alors engagé à « normaliser leurs relations » avec Israël si celui-ci procédait à un retrait de ces mêmes territoires. Mais leur proposition ne fera pas beaucoup d’émules du côté israélien.
La donne est-elle si compliquée ? Il faut croire que oui. La solution optimale réside en effet dans le schéma qui suit : octroi aux Palestiniens de la bande de Gaza, de la Cisjordanie, mais aussi de Jérusalem-Est ; définition de la condition de réfugiés palestiniens restés apatrides de père en fils depuis 1948, et donc délimitation des critères amenés à clarifier la question de leur « droit au retour » ; retrait, de surcroît, du plateau du Golan et des fermes de Chebaa comme préalable à la conclusion d’une paix avec les voisins syrien et libanais.
Des contraintes de terrain
Les difficultés de terrain sont pourtant de taille. Le délogement par le gouvernement israélien, en 2005, de ses 8000 colons de la bande de Gaza ne s’était ainsi pas fait sans mal ; qu’en serait-il donc s’il venait à envisager le retrait d’une Cisjordanie occupée par quelque trente fois plus de personnes ? De même, la conviction de la classe politique israélienne reste pour beaucoup fonction d’une logique binaire : sa certitude de ce qu’un environnement à majorités arabe et musulmane reste le plus grand risque pour un Etat peuplé d’une majorité de juifs. Dès lors, l’absence de confiance entraîne les soucis de type sécuritaire. Et par extension, la politique du fait accompli l’emporte vite sur toute autre option. Avec pour conséquences, la radicalisation des uns et des autres.
Le mur du déni mutuel se superpose ainsi aux murs physiques de séparation des Israéliens de leur environnement. Et cela augure de tout sauf d’un potentiel rapprochement des positions et des perspectives pour l’avenir.
Un conflit loin d’être insurmontable
Les faits ne sont pourtant pas insurmontables, en dépit de l’illusion d’optique que suggère l’affirmation du fait religieux tant côté israélien que arabe en général. La disposition aux concessions est bien entendu le préalable incontournable pour une paix durable. Mais comment en arriver à une résolution prometteuse du conflit israélo-palestinien et de ses pendants israélo-arabes autrement que par le retour au dispositif juridique onusien ? Les résolutions 242 (retrait israélien des territoires arabes) et 194 (reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens) de l’ONU demeurent les clés de déblocage majeures.
Les variations relatives par rapport à ce schéma restent envisageables bien évidemment. Ainsi, les frontières de 1967 comme la question des réfugiés resteraient susceptibles, dans le cadre d’un accord israélo-palestinien, de connaître des variations ad hoc. Par exemple, l’inclusion de corrections minimes sur les frontières de 1967, ou encore la délimitation quantitative comme géographique des conditions du droit au retour des Palestiniens. De plus, cette option, qui ne supporte que peu – voire pas – d’alternatives, serait le moyen le plus sûr pour couper l’herbe sous le pied des extrémistes de tous bords.
Une négation risquée
Nier par contre ces contours, revient tout simplement à vouloir évacuer perpétuellement toute perspective de normalisation des relations israélo-arabes dans leur ensemble. Le fait que l’on en soit aujourd’hui à plus de soixante ans de conflit israélo-arabe en est tout simplement la meilleure preuve. A la nuance près que, ni Israéliens, ni Palestiniens très précisément, ne peuvent continuer à jouer la montre. Mais la conscience accompagne-t-elle le constat ? On ne peut malheureusement qu’en douter pour l’heure.