Presse écrite : Faut-il sauver le papier ou le journaliste ?
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DEBAT
C'aura été un de ces rares moments dont chacun garde un souvenir sans mélange. Un soulagement général, une communion qui aura duré deux jours depuis la nouvelle, au petit matin du 4, de la libération de celle que six ans ont inscrite dans nos coeurs pas si prompts à s'ouvrir.
Pour ceux qui avant sa capture ne l'avaient pas entendue dénoncer sur les ondes françaises la corruption du régime colombien, les trafics d'armes et de drogue, le pillage des ressources naturelles, avec cette clarté de ton et d'esprit qui lui est particulière, l'attachement au personnage s'est fait peu à peu, au gré des évocations suscitées chez ses fidèles par l'interminable séquestration.
"L'esprit aide le corps à tenir"
Car la sénatrice chef de parti* en aura imposé jusqu'au bout. Pas de fausse note au cours de ces vidéos flash-back, sur ces photos, lettres et autres "preuves de vie" qui furent autant de preuves de dignité, de courage, d'abnégation. "J'aspire", écrivait-elle à sa mère malgré l'épuisement, "à ce qu'un jour nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil." Déconcertante alliance de lyrisme et de sobriété; de ferveur et de self-control qui a fait de la rebelle une icône, un personnage exemplaire aux compagnons de lutte gagnés par sa ténacité. "L'esprit aide le corps", écrivait-elle aussi, dans cette lettre reproduite par une presse alors unanime. "Quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés", nous atteindrons cette grandeur (...) endormie dans les coeurs."
Premiers couacs et partage des billes
Mais la voici "libre" : le mot, qui lui va, flanque sa photo ou son prénom à toutes les "unes". Puis, premiers grincements de dents quand elle remercie - et pas du bout des lèvres - le président Sarkozy, "cet homme extraordinaire" à travers lequel elle dit regarder "toute la France". Sans y voir la grimace qui se dessine...
Seconde erreur : elle remercie "Dieu, et tous ceux qui l'ont accompagnée dans (ses) prières". Les sourires de la gauche virent au jaune. Ca ne s'arrange pas quand elle salue Chirac, et "prie" avec... Villepin, son ancien prof. Manque de chance, hasard : c'est la droite qui est en place lors du dénouement. Le 6, la communion médiatique fait place au classement des gagnants : Uribe ? Si l'assaut n'a pas été de la frime, dit-on, Betancourt en aura les mains liées. Sarkozy ? Sûrement pas ! Ségolène Royal - qui gagnerait à prendre de la libérée des leçons de tact - sera la première à casser l'ambiance : il n'y est pour rien, qu'il arrête de se vanter, il était contre l'intervention! (On n'est pas sarkoziste, mais si l'intervention militaire avait été ouvertement souhaitée, aurait-elle pu avoir lieu avec des guerilleros constamment sur leurs gardes ?)
Et chacun de maintenant spéculer; démentir; prédire à "la madone" une cessation de carrière, comme si remercier un chef de commando vous empêchait de critiquer sa politique. De trouver incongru qu'elle prenne plus de place à elle seule que les 14 autres otages. Etc.
N'y avait-il donc pas de presse française au campement des Farc, pour qu'une personne aussi délicate n'ait pas deviné les précautions de langage indispensables chez nous pour conserver sa popularité une fois ôté son statut de victime ? Y a-t-elle si peu séjourné, ou en milieu si préservé, qu'elle en garde l'image d'Epinal d'un "phare (qui) cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts" ? Elle se dit déjà prête à nous quitter pour la Colombie; on comprend qu'elle ait eu plus que sa dose de jungle.
*Oxygeno verde, fondé en 1998
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auteur: Julie de Pardailhan en savoir plus sur l'auteur |
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