DEBAT

Annonciation (Philippe de Champaigne, 1644)

Ingrid Betancourt, le triple miracle

La libération d'Ingrid semble avoir été le fruit d'un triple miracle : militaire, religieux et politique. La victime est désormais une sainte : incarnation du bien absolu puisqu'elle a longuement souffert, victorieuse contre le mal absolu incarné par les Farc.

Miracle militaire, à coup de millions de dollars

 

L'opération a été parfaite, en effet, et tellement parfaite, que l'on se demande à la fois comment les Farc ont pu être trompés si facilement et laisser s'échapper leurs otages les plus prestigieux, et pourquoi tout cela n'a pas été fait plus tôt. Ajoutons que ce miracle a été rendu possible uniquement grâce à des centaines de millions de dollars versés à la Colombie par les Etats-Unis (et nullement par la France) pour la modernisation et l'équipement de l'armée colombienne. Les allégations sur des sommes supplémentaires versées afin de réussir l'opération miraculeuse restent toujours à vérifier.

 

Miracle religieux : la victime est une sainte

 

Nous assistons à une interprétation radicalement religieuse du fait politique. Le premier pas : l'émotion explique l'information, qui à son tour ne fait que l'étaler massivement. Ensuite, on ne serait pas étonné d' apprendre que Betancourt a été libérée par "Dieu avec l'aide de l'armée colombienne" (citation de ses propres propos). Les longues prières collectives à genoux défilent en direct sur nos écrans. Car c'est ainsi : la victime est une sainte. La vertu suprême n'est plus d'accomplir ou de créer quelque chose d'extraordinaire mais de subir longuement, le mérite suprême ne revient pas à celui qui possède activement une excellence mais à celui qui gère, tant bien que mal, une souffrance excessive. Incarnation sacrale du bien absolu puisqu'elle souffre, victorieuse contre le mal absolu incarné par les Farc, qui eux ne font que causer la souffrance.

 

Le miracle est assez lumineux pour nous faire oublier tout ce qui reste à l'ombre, c'est-à-dire les faits : qu'Ingrid Betancourt, avant sa captivité, était un personnage peu pris en sérieux par les colombiens qui maintenant l'adorent, qu'elle avait une très faible popularité dans les sondages politiques et que sa captivité était le résultat d'une erreur grossière dont elle avait l'entière responsabilité, à savoir se rendre dans un territoire contrôlé par les Farc sans la moindre protection policière. Mais la lecture sacrale des faits déforme tout : son acte imprudent devient maintenant d'un courage surhumain, comme cela sied à une sainte, dont l'aura est telle qu'on oublie aussi absolument toutes les autres victimes, capturées bien avant elle, et dont personne ne nous donne le moindre élément biographique. Leur souffrance étant, semble-t-il, secondaire.

 

Miracle politique, Sarkozy comme faux sauveur

 

Nous assistons enfin, ébahis, à la récupération politique, savamment orchestrée de l'événement. Les enfants de Betancourt remercient N.Sarkozy d'avoir pu rendre possible cette libération, et Betancourt elle-même déclare tout lui devoir. On croit mal entendre, car la surenchère d'émotions et "l'orgie des baisers" ont visiblement un piètre effet sur la mémoire : non seulement N.Sarkozy n'est pour rien dans la libération des otages, mais la diplomatie française, absolument pas informée de l'opération, était, comme cela est bien connu, adepte des pourparlers avec les Farc. Donc si cette méthode avait été adoptée, Betancourt serait certainement encore dans la jungle et pour très longtemps. Ajoutons que le président français a suscité la stupéfaction et la colère des colombiens en enregistrant une vidéo où il s'adressait directement au chef militaire des Farc (maintenant décédé) en lui donnant du Monsieur et le priant "solennellement" de libérer I. Betancourt. 

 

Mais voici encore un contre-effet du miracle politique : quand Ségolène Royal dit la simple vérité, c'est-à-dire que N. Sarkozy n'est pour rien dans la libération (qu'il essaie pourtant de récupérer par tous les moyens), tous les médias, indignés, l'accusent de gâcher la fête et d'être rabat-joie - car les médias adorent les héros et les contre-héros absolus, on dirait qu'ils adorent être aveuglés par le trop de lumière qu'ils projettent eux-mêmes, et il n'est par conséquent absolument pas question de toucher à leur sainte d'un jour (qui se rappele de Florence Aubenas ?). Et, pour un jour, si la victime sanctifiée et victorieuse reconnaît du mérite à Sarkozy, tout le monde doit le faire également. Saluons donc la libération de la très sympathique et touchante Ingrid Betancourt sans pour autant être aveuglé par les trompe-l'oeil.

auteur: Emmanuel Ioannidis
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de laurent z le 05/07/2008 à 19h55

Absolument les medias ont créé artifciellement puis célébré une nouvelle sainte et c'est agaçant.
Mais pourquoi la qualifiez vous finalement de sympathique, comme s'il fallait lui trouver a minima cette qualité (elle en a probablement plein) ? On peut avoir de la compassion pour autrui sans qu'il ou elle soit pour autant sympathique.
Et plutot que de justifier le comportement de Mme Royal, pourquoi ne pas simplement constater qu'elle aurait mieux fait de se taire. Dans un cas pareil si ce n'est pas pour s'interroger sur les raisons, les sources, la légitimé de cette passion mediatique pour Ingrid Bettancourt, quel intérêt à vouloir jouer les maitresses d'école sur ce qu'il faut ou pas récuperer quand tout le monde est béat ?

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de boisgerault le 06/07/2008 à 18h14
Betancourt, le triple miracle.

Une icone qui n'a rien de plus qu'un bon cultivateur
Etre prisonnière n'est pas la bonne solution.

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de Ann Boleyn le 08/07/2008 à 07h12
Le full politique?

Ingrid Betancourt est en effet une sous politicienne, qui se croit au dessus de tout. Au dessus des mesures de securité, au dessus des dangers, au dessus des autres (c'est elle qui force les autres ex-otages a prier)...
Mais le gros problème c'est la réaction de Ségolène, qui dit peut être une vérité, mais est ce que tout est politique aujourd'hui ? N'est-il pas plus important de saluer la libération d'une otage, la réunification d'une famille plutot que de vouloir defendre sa propre image.
Mais je comprend l'ex candidate à la presidentielle de 2007: Les lumières sont sur la sous politicienne Ingrid Betancourt, Segolene veut juste récupérer son rôle de sous politicienne numéro 1.

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de kako le 10/07/2008 à 17h28

Comme tout le monde, je me félicite de la libération de Mme Betancourt et je suis heureux chaque fois qu'un otage, quel qu'il soit, est libéré quelque part dans le monde (à Guantanamo ou ailleurs ). Cependant, je suis aterré de voir l'utilisation qui est faite de cet évènement, tant par les médias que par les politiques. Je m'attendais à ce que Sarkozy fasse de la récup et ma foi pourquoi pas s'il ne lui reste que celà pour rebondir; mais de là à décerner la légion d'honneur à Mme Bétancourt, je trouve qu'il force un peu le trait. Qu'on m'explique l'action remarquable menée par cette dernière, qui justifie cet honneur!!!
Et les autres otages français libérés avant elle, ont-ils démérités ??? Ont-ils été moins otages qu'elle ne l'a été ??? Nous sombrons avec cette affaire dans le ridicule.
Encore un mot: à ceux qui pense que Mme Royal aurait mieux fait de se taire; que je sache, nous sommes en démocratie et elle a autant le droit de s'exprimer sur un sujet d'actualité que n'importe quel citoyen!!
Et que l'énoncé d'une simple évidence, déchaine tant de réactions, montre qu'il n'y a que la vérité qui blesse. Car oui, c'est vrai, notre bon président n'y est pour rien et ça le rend furieux. Ses portes flingues aussi...

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de filipetxe le 12/07/2008 à 17h43
Et le verbe s'est fait chair....

Pour avoir vécu un peu en Colombie, je partage cette même méfiance...
Les belles joues d'Ingrid, sa capacité à répondre durant des heures à des centaines de questions, son Français sans faute alors qu'elle ne l'avait plus parlé depuis 6 ans....et ma déformation de journaliste ont peine à me convaincre !
Et quand, à la question "avez vous eu conscience de vous être précipité, il y a 6 ans, dans un piège contre lequel on vous avait mise en garde" , elle répond qu'elle serait prête à recommencer , je me dis qu'il y a une faille dans le scénario.

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de ashel le 12/07/2008 à 22h44

Ce site semblerait confirmer le propos de l'article http://fr.wasalive.com/fr/farc+accusent

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de ashel le 12/07/2008 à 22h59

Ce qui serait regrettable dans cette affaire, c'est que ces six ans de captivité d'Ingrid Bétancourt se retournent contre elle par le traitement politico-médiatique qu'on en fait.

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de laurent z le 13/07/2008 à 10h23

Segolene Royal a le droit de parler et on a le droit de penser que ce qu'elle dit n'apporte rien ou est simplement idiot. Bien sûr, la France n'est pour rien dans la liberation de Mme Bettancourt. Mais qu'avait besoin S Royal de mettre en garde (qui d'ailleurs ?) contre la récupération de l'affaire par N Sarkozy ? Elle aurait mieux fait d'interroger toute la mise en scène qui remonte à plusieurs années et dont N Sarkozy n'est pas l'instigateur si elle assumait vraiement d'être à contre courant dans cette histoire ?
Et à quel titre met elle la France en garde sur ce genre de récupérations ? Au dela de son enfance en Martinique, etait elle si proche d'Aimée Césaire pour se précipiter à son enterrement ? A precher la retenue et à jouer les maitresses d'écoles, elle reste superficielle et agacante. Donc oui ! qu'elle nous épargne ses attaques bêtes et maladroites qui servent finalement ceux qu'elles visent et qui rendent toujours plus désolante l'observation de la scène politique .

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de diane le 14/07/2008 à 17h07

excellente analyse, comme toujours.
Cette famille surmédiatisée va-t-elle parvenir à vivre loin des projecteurs ? et quid du mari colombien? Comment expliquer la différence d'apparence entre la vidéo largemant diffusée précedemment et la mine plutôt épanouie de l'otage?

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de amar meriche le 17/07/2008 à 19h33
Bétancourt, pourquoi pas

Ingrid in homine pas-triste ou Ingrid Béton en bâton court ?
Ingrid la femme de caractère, … plutôt, oui.
Bien sûr qu’on se réjouit… faut pas croire que nous, non plus… de ce côté-ci de la « Mohamediterranée », du moins en « Kabylieterranée » ! Moi, je comprends tout à fait et je vais essayer de vous expliquer pourquoi !
En plus du fait que c’est une femme de caractère qui a toujours lutté contre l’oppression et la dictature, donc pour la liberté d’expression, … et qui n’a pas perdu de sa fermeté de caractère, de sa verve et qui ne peut susciter que l’admiration…
D’abord, comme disait feu Jacques Brel, d’abord…
Je vais réécrire dans le désordre une phrase que j’ai lue sur ce site et que son auteur(e) reconnaîtra :
• ¤ Le citoyen à l’esprit trop souvent critique – jusqu’à l’hystérie doit parfois se laisser « porter » par le déferlement de l’unanimisme et laisser sa raison de côté et arrêter d’être perplexe, sans aller jusqu’à la génuflexion… Encore que les médias nationaux ne disent pas toujours et ne croient pas non plus que la génuflexion ou l’agenouillement soit bénéfique pour la colonne vertébrale des vertébrés, sans pousser jusqu’au « prosternement » totalement transcendantal. Ce serait collectivement peine perdue…
• ¤ En lieu et place de Hegel que je n’ai pas eu l’honneur de comprendre, j’aurais préféré Diderot qui est plus pragmatique, convivial, voire lapidaire, satirique et donc sympathique.
• ¤ De plus, avec tout ce qu’elle a subi (et on peut imaginer le comportement de l’homme livré à lui-même), elle a tenu plus de six ans… Ce n’est pas donné à n’importe quel corps frêle, moi y compris.
• Etc…
Et puis, elle s’appelle Ingrid : c’est un prénom exotique pour une colombienne et même pour une française… D’ailleurs, Sarkozy qui, lui a une bonne bouille exotique, a failli commettre un lapsus et l’appeler Ingrid Bergman… Vous me suivez ?
Non, messieurs et mesdames, Mme Ingrid Bétancourt n’a pas bénéficié « comme ça » de cette aura et, en plus de l’Etat français, les gens qui l’ont défendue sans la connaître, l’ont fait parce qu’elle représente un « certain sens désintéressé » de la lutte pour la liberté : je pense qu’elle le mérite.
Ce n’est pas tous les jours qu’une gosse de riche se transforme en petite sœur des pauvres…
Mais, dites-moi, pour nous qui de ce côté-ci, bataillons dans l’anonymat contre la bêtise du fanatisme et les dangers du népotisme, y a-t-il une petite place dans le cœur des Français désintéressés ? Sinon, tant pis… Tant qu’il y en a pour toutes les « Ingrid » de la planète, nous ferons comme s’il y en avait aussi un peu pour nous…
Comme le dit la pub de Citroën : « Vous ne pouvez pas savoir combien… ». N’est-ce pas de circonstance ?
En tout cas, bravo aux enfants d’Ingrid Bétancourt, à ceux de sa famille… et surtout aux bénévoles… qui ne l’’ont jamais laissée tomber… Moi, je suis admiratif devant tant d’abnégation.
Kabylement vôtre.

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de xray le 23/07/2008 à 18h50
Ingrid Betancourt, le feuilleton sarkozyen.

Qu’il soit imaginaire, matériel ou humain, un mythe est l’instrument d’une manipulation.
Attention ! Un mythe est plus souvent imaginaire que l’on ne le pense.


Ingrid Betancourt, le feuilleton sarkozyen.
Ce qui est frappant, c’est de constater qu’à la suite de son élection, la toute première démarche de SARKOZY sera de recevoir la famille Betancourt. Le feuilleton du quinquennat commençait.

Sarkozy a-t-il été élu par les Français pour faire libérer Ingrid Betancourt ? Il faudrait poser la question aux électeurs de Sarkozy.

Ce qui est sûr, c’est que la famille Betancourt, pour participer à pareille mise en scène politique, ne se respecte pas.

Elle en a bien de la chance ! Cette immonde bourgeoise de bénéficier d’autant de moyens et d’énergie pour alimenter le feuilleton sarkozyen.

Un pauvre peut bien crever dans la rue la gueule ouverte, il verra bien si la famille Betancourt se précipitera pour le secourir.


Le feuilleton sarkozyen se termine quelques années trop tôt.
Le scénariste a fait contre mauvaise fortune bon cœur.

Naturellement, on découvre que la Betancourt était libre bien avant sa libération officielle.
On découvre pareillement que la Betancourt n’est qu’une immonde bourgeoise corrompue au dictat de la Finance fasciste. Il n’y avait donc aucune raison de pleurnicher sur son sort.


On est en droit de se poser des questions !
Pour la Betancourt et quelques autres auparavant ! N’était-ce pas un montage ordinaire dans le cadre d’un intérêt politico-militaire ?

Combien d’entreprises politico-associatives, relais de l’intoxication cérébrale officielle, ont exploité ces otages, vrais ou supposés, pour beurrer leur image de marque ?

À y regarder de plus prêt, tous ces otages ont tous un point commun. Ils sont tous asservis à un dieu imaginaire, dieu imaginaire qui gagne à générer les guerres et qui gagne à pourrir la vie du plus grand nombre.

Un mythe est plus souvent imaginaire que l’on ne le croit.

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de xray le 23/07/2008 à 18h52
Un oubli

Betancourt story
http://betancourt-story.monblogue.branchez-vous.com/

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