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itw betancourt
Comité de soutien à Ingrid Betancourt

"Les médias ont joué un rôle crucial"

En aurait-on trop fait ? Deux semaines après la libération d'Ingrid Betancourt, l'indigestion médiatique guette. Et pourtant à en croire Armand Burguet, coordinateur des comités internationaux de soutien à la Franco-Colombienne, le rôle des médias a été essentiel. Pour Ingrid, mais aussi pour tous les autres otages des FARC.

Comment les médias vous ont-ils aidé dans votre combat ? A t-il toujours été axé autour de la personne d'Ingrid Betancourt ?


Les médias ont joué un rôle crucial. Sans les couvertures accordées à l'affaire, Ingrid ne serait probablement toujours pas libre aujourd'hui. Les journalistes lui ont donné une vraie visibilité internationale. Cela lui a sauvé la vie la première année, - car lorsqu'elle a été enlevée, ses ravisseurs avaient donné au gouvernement colombien un délai maximum d'un an pour procéder à un échange de prisonniers, faute de quoi ils ne répondaient pas de la vie de leur otage - les FARC n'ayant donc pas osé mettre leur menace à exécution. Et puis surtout, c'est grâce aux médias que le monde, mais aussi la Colombie, ont finalement pris conscience de la situation. A terme, la pression internationale a été telle que le gouvernement colombien n'a pas eu d'autre alternative que de se pencher sur le problème. Avec le dénouement que nous connaissons.


Mais surtout, à travers l'histoire d'Ingrid, c'est la condition de tous les otages en Colombie -soit 80% des otages du monde- que l'on a pu faire connaître. Pour nous, cette affaire est devenue une affaire de droits de l'homme. Elle a donné un visage aux disparus et une voix aux séquestrés.


Vous avez parlé de mobilisation, de pression internationale. A l'étranger, l'affaire a-t-elle trouvé un écho équivalent à celui de la France, notamment dans la presse ?

Lors de mon premier voyage en Colombie, j'ai été très frappé de l'indifférence générale.


Pas immédiatement. La France, et derrière elle la Belgique francophone, sont les deux pays où la médiatisation et la mobilisation ont été les plus fortes. L'information y a été tout de suite relayée. Dans le reste du monde en revanche, les médias ont suivi l'histoire par intermittence. Il a fallu faire connaître Ingrid Betancourt, lancer des campagnes de mobilisation autour d'actions plus ponctuelles, et surtout sensibiliser l'opinion sur la situation des otages en Colombie. Les choses se sont accélérées au cours de la dernière année, après la diffusion de la vidéo montrant Ingrid malade et fatiguée. De là, l'Italie, l'Irlande, la Suisse mais aussi l'Amérique Latine se sont emparés plus vigoureusement du problème. Enfin, l'histoire de Florence Aubenas, prise en otage alors qu'elle couvrait le conflit irakien en 2004, a également contribué à relancer l'affaire dans les médias. D'autant qu'une fois libre, elle s'est beaucoup impliquée pour continuer la lutte.


Qu'en est-il de la Colombie ? Dans quelle mesure les médias colombiens se sont-ils intéressés à la détention d'Ingrid Betancourt ?


Lors de mon premier voyage en Colombie, j'ai justement été très frappé de l'indifférence générale. Les gens ne comprenaient pas que je me préoccupe du sort de cette femme séquestrée. Personne ne s'y intéressait, cela faisait partie des choses de la vie. A partir de 2003, moment où plus de 1000 villes d'Europe ont élu Ingrid citoyenne d'honneur, les choses ont commencé à bouger, le pays s'est intéressé à la question. Mais le vrai détonateur, c'est le "phénomène Moncayo", du nom de ce professeur, père d'un jeune caporal de l'armée colombienne enlevé il y a 12 ans par les FARC, parti à pied de son village du sud de la Colombie pour rejoindre Bogotá dans le but d'alerter la population mais aussi le gouvernement sur la situation des otages des FARCS. On se souvient encore de son discours sur la place Bolivar, devant le palais présidentiel, où il accuse publiquement Alvaro Uribe de ne pas venir en aide aux séquestrés. C'est le point de rupture. De là, les journaux commencent à prendre le relais, des marches sont organisées en faveur de la libération des otages, l'opinion prend vraiment conscience de la situation.


Ne redoutez-vous pas les effets pervers de cette surmédiatisation ?


Mais quelle est l'alternative à cela ? Taire les choses ? Se conformer aux propos du gouvernement colombien pour qui plus on parle d'un otage et plus son prix monte ? La récupération de l'affaire a été assez déplorable, et ce à tous niveaux, certes. Mais aujourd'hui, communiquer c'est notre seul espoir. Sans cela, rien n'aurait été fait. Et rien de plus ne sera possible.


Vous ne craignez donc pas pour la vie de ceux qui sont encore aux mains des FARC ?


Les FARC ne se vengent pas sur ceux qui restent. Ils ne procèdent pas comme ça. Les otages sont des objets, des marchandises dont les rebelles usent. Le seul risque, c'est que les conditions de sécurité soient drastiquement renforcées, ce qui rendrait un coup similaire impossible.


Est-ce que tout cela ne va pas faire monter les enchères ?


Nicolas Sarkozy a contribué à mobiliser les pays d'Amérique Latine

Les FARC ne demandent pas de rançon. Pour la libération d'Ingrid, il n'y en a pas eu. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y pas eu d'argent échangé (contrat réservé aux FARC qui choisissent de se rendre au gouvernement colombien en libérant des otages). Si cela a été le cas, c'est moins Ingrid que les trois otages américains, membres présumés de la CIA, qui ont été visés par l'échange. Il est donc fort probable que ce soit le gouvernement américain qui ait libéré des fonds et non la France.


Et au niveau politique ? Que pensez-vous de la polémique autour de l'action de Nicolas Sarkozy ?


Beaucoup pensent que l'intervention du chef de l'Etat n'a été qu'un coup médiatique. Ce qui à mon sens est un petit peu court. Jacques Chirac et avec lui Dominique de Villepin ont certes été très actifs en leur temps, n'hésitant pas à prendre des risques, mais Nicolas Sarkozy a continué sur la lancée. Sur le fond, le discours est resté identique. Seule la forme a changé. Rétrospectivement, on peut penser qu'en s'impliquant de manière aussi visible et personnelle à ce moment là, Nicolas Sarkozy a contribué à mobiliser les pays d'Amérique Latine et ainsi à accentuer la pression internationale sur le gouvernement colombien. Car la seule chose qui manquait en Colombie, c'est la volonté politique d'agir.


La médiatisation vous aura-t-elle servi ?


Il faut se servir du retentissement qu'à eu la libération d'Ingrid pour continuer et faire pression sur le gouvernement colombien pour libérer les 25 otages restants. 



Nous remercions Armand Burguet pour sa disponibilité. Les comités de soutien à Ingrid Betancourt ont atteint le chiffre record de 69, dont 53 en France.

auteur: Mathilde Magnier
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