Presse écrite : Faut-il sauver le papier ou le journaliste ?
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DEBAT
En visite au Québec, jeudi dernier, Mme Royal avait mis en garde contre toute récupération politique de la libération d'Ingrid Betancourt, visant clairement le Chef de l'Etat. Elle avait estimé qu' "une récupération politique serait décalée", ajoutant que "Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération." La volée de bois vert qu'elle a due essuyer, à droite mais aussi à gauche, semble lui donner raison : le risque d' instrumentalisation de l'affaire à des fins politico-politiciennes est bien réel.
Attaques à droite
Comme on pouvait s'y attendre, les ténors de l'UMP réagissent immédiatement. Jean-Pierre Raffarin taxe les propos de Royal de "polémiques secondaires dignent de politiciens secondaires." Pour Fillon, il s'agit d'un "manque de dignité totale", de la part "d'une petite fille dans une cour de récréation." Le premier ministre va même jusqu'à prendre François Hollande en exemple, qui "s'est comporté plus en homme d'Etat." Claude Guéant rappelle à l'ancienne candidate à la présidentielle que "Nicolas Sarkozy est président de la République, et a toute légitimité pour exprimer les sentiments ou l'émotion du peuple français." On reconnaît bien les talents du communiquant. Rama Yade file la métaphore infantilisante de Raffarin : "On a l'impression d'un enfant qui veut gâcher la fête." Mais le vrai littéraire de la droite est bien Christian Estrosi : "Ségolène Royal a l'humanité d'un bigorneau" ose-t-il dans une subtile analogie éthologique.
Volée de bois vert à gauche
Plus étonnante, la volée de bois vert vient également de son propre camp. Jack Lang a fustigé la "rare mesquinerie" et le "manque d'élégance morale" de ces propos tandis que le fabiusien Philippe Martin les a jugés "assez tristes et un peu consternants". La course au poste de premier secrétaire du P.S. autorise les coups bas. Bertrand Delanoë semble échapper à la règle en estimant que "l'UMP s'est distinguée par une forme de violence de propos inutile" contre Ségolène Royal. "Je ne veux pas critiquer une telle, untel, ne m'entraînez pas dans cela", a-t-il insisté, excluant "les attaques personnelles". Le Maire de Paris ne charge pas sa rivale, mais ne la défend pas non plus.
Face à cette campagne d'insultes de la droite - et d'une partie de la gauche - contre l'ancienne candidate, le PS rappelle à l'ordre Lang et Martin, le député socialiste du Gers, pour s'être associés à l'offensive de l'UMP. Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande, s'adresse à son camp : "Je le dis aux socialistes : il y a une règle. On ne doit pas apporter sa voix" et "on ne peut pas s'associer avec la droite, lorsqu'elle mène une offensive comme celle-là contre un membre du Parti socialiste" et "en particulier contre son ancienne candidate à la présidentielle".
Royal bouc émissaire
La libération d'Ingrid Betancourt, loin de se résumer à "l'union républicaine" dont parle le parti Radical (affilié à droite), ressemble d'avantage à un règlement de compte. S'il n'y avait pas _ encore _ récupération au moment ou Mme Royal a mis en garde, au conditionnel, contre cette possible dérive, les réactions qui ont suivi lui donnent raison. A droite comme à gauche, on brandit le totem "Ingrid" pour gagner des points dans le jeu _ bien enfantin _ de la politique politicienne. Car si l'on revient sur les propos de la première femme du P.S., ils ressemblent d'avantage à des lapalissades qu'à des déclarations fracassantes : "Je crois que c'est bien qu'il y ait aujourd'hui un rassemblement national autour de cette libération", ou encore "je pense aussi que la désorganisation des Farc a permis la réussite de cette opération militaire et c'est d'abord ça qui est à l'origine de cette libération."
Si les médias font leurs choux gras de ce genre de non-évènements, si les politiques récupèrent et instrumentalisent des propos aussi consensuels, on n'ose imaginer ce dont ils sont capables avec la véritable héroïne de cette affaire : Mme Ingrid Betancourt.
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auteur: Willy Gardett en savoir plus sur l'auteur |
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