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Pékin RSF
Les prisonniers olympiques
Avec Pékin 2008, les Jeux Olympiques ont désormais leurs prisonniers. En même temps qu’il construit de beaux stades, le gouvernement chinois prépare les olympiades à sa manière : traque et arrestation des dissidents, contrôle absolu de l'information, censure d'Internet, fichage systématique des journalistes étrangers..

Les Jeux olympiques avaient leur hymne, leurs anneaux, leurs héros et leurs sponsors. Avec Pékin 2008, ils ont désormais leurs prisonniers. En même temps qu’il construit de beaux stades, le gouvernement chinois arrête ceux qui osent dénoncer les innombrables violations des droits de l’homme commises dans le pays. La police politique prépare les olympiades à sa manière, en accusant de « subversion » ceux qui rappellent publiquement qu’en 2001 les autorités avaient pris l’engagement d’améliorer la situation des libertés fondamentales.

 

Hu Jia, célèbre militant des droits de l'homme, a été arrêté fin 2007 : il est l'exemple même du "prisonnier des Jeux olympiques"

Ainsi, quelques jours avant le réveillon, une trentaine de policiers sont venus arrêter le célèbre militant des droits de l’homme Hu Jia, à Pékin. De peur qu’il n’alerte ses amis en Chine et à l’étranger, les agents avaient préalablement coupé ses lignes téléphoniques et sa connexion Internet. Ils ont ensuite menacé de représailles sa femme, la jeune blogueuse Zeng Jinyan, classée par le magazine américain Time dans ses "100 héros de l’année 2007". Elle est maintenant seule et coupée du monde avec leur fille âgée d'à peine deux mois. Des dizaines de journalistes étrangers ont été empêchés de lui rendre visite. Les deux avocats n'ont toujours pas été autorisés à voir Hu Jia, et le 30 janvier, les autorités ont transmis à sa famille l'acte d'inculpation pour "incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat". Il risque une lourde peine de prison. Hu Jia est le "prisonnier des Jeux olympiques". Sur son site Internet, il tenait parallèlement le décompte des jours qui restent avant la cérémonie d’ouverture du 8 août et celui des jours qu’il a passés en résidence surveillée.

 

Hu Jia est contre le boycott des JO. Il était enthousiaste à l'idée de la venue de milliers de journalistes étrangers qui pourraient parler de la situation de la Chine des démunis, des dissidents opprimés. Ce jeune homme de tout juste 34 ans, milite depuis dix ans pour la défense de l’environnement, les droits des malades du sida et des prisonniers politiques. Major de sa promotion d’ingénieurs, il s'est d'abord engagé avec l’organisation des Amis de la Nature, puis aux côtés des malades du sida. Il a fondé l’une des premières organisations apportant des soins et du réconfort aux victimes de ce fléau, si nombreuses en Chine et pourtant délaissées par les autorités. Récemment nominés pour le prix Sakharov du Parlement européen, Hu Jia et Zeng Jinyan incarnent la défense courageuse et opiniâtre de la liberté d’expression en Chine. Connus des diplomates et de la presse étrangère, on les pensait intouchables.

 

Hu Jia n'est pas le seul prisonnier des Jeux olympiques. Wang Guilin qui a participé à la campagne "Nous voulons les droits de l’homme, pas les Jeux olympiques", a été condamné, le 28 janvier 2008, à 18 mois de rééducation par le travail. Son collègue, Yang Chunlin a été jugé en février dans des conditions déplorables à Jiamusi (Nord-Est). Il a dû faire le trajet de sa cellule à la salle d’audience les pieds et mains liés. Il avait également le visage recouvert par une cagoule noire, et l'un des gardiens le retenait par le cou.

 

La communauté internationale, à l'exception du Parlement européen, reste muette face à cette répression impitoyable. Elle doit maintenant se mobiliser

Face à une telle répression, on s’attendrait à une levée de boucliers. Tous ceux qui attendent les JO de Pékin 2008 devraient se mobiliser, tant il est désormais impossible de croire que cette grande fête du sport ne sera pas entachée par la détention, entre autres, de Hu Jia et des animateurs de la campagne "Nous voulons les droits de l’homme, pas les Jeux olympiques". Mais le Comité international olympique reste muet, rejetant tout appel à l'aide. Les sponsors olympiques ne disent rien non plus. Et les diplomates prennent trop rarement la défense des prisonniers politiques chinois, soucieux avant tout de ne pas fâcher Pékin. Seul le Parlement européen a clairement demandé sa libération.

 

Nous, comme d'autres, avons longtemps espéré que Pékin choisirait la méthode douce, laissant aux militants des droits de l’homme la possibilité, même réduite, de s’exprimer avant et pendant les Jeux olympiques. Mais la police politique a reçu des ordres : arrêter les dissidents, ficher les journalistes étrangers et inscrire sur une liste noire les défenseurs des droits de l’homme étrangers. Cette répression ne fait que radicaliser les actions des protestataires. Déjà, les Tibétains, les défenseurs de la liberté religieuse et tous ceux qui se sentent trahis se préparent à manifester pendant les JO. Au risque de gâcher la fête. A qui la faute ? Au gouvernement chinois. Et seulement à lui.

 

 

 

Robert Ménard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières est co-auteur de cet article

 

crédit photo : RSF
auteur: Vincent Brossel
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sur contre-feux.com

de Edouard Léaud le 29/03/2008 à 16h17
La realpolitique: médaille d'or toute catégorie

Les partisans des droits de l'homme sont muselés de manière préventive pour éviter tout débordement pendant le déroulement de la compétition. Mais ces arrestations interpellent l'opinion publique, et participent à donner une très mauvaise image des J.O. de Pékin.
Sans parler des expropriations de domicile et des déplacements de population afin de développer les infrastructures dont la Chine était largement dépourvue.
Les habitants de Beijing ne reconnaissent plus leur ville, transformée en vitrine pour les délégations et les télévisions.
La realpolitique empêchera de toute façon toute tentative de Boycott. Les ministères de affaires étrangères des démocraties occidentales se contenteront de dénoncer les abus en matière de droits de l'homme dans des pays où les enjeux économiques sont nuls, histoire de se donner bonne conscience.
Seule consolation: Les J.O. se montrent sous leur vrai visage. L'image des jeux olympiques en a pris un sacré coup, et la philosophie de Pierre de Coubertin semble bien étrangère aux préoccupations du CIO, centrées sur les aspects économiques liés aux sponsors.
Finalement, Delanoë a peut être bien fait de perdre les jeux de 2012... Pour remporter un autre enjeu: les présidentielles de la même année!

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de Lio le 05/06/2008 à 19h40
Démocratie active contre réalpolitique?

Désormais, l'important, c'est peut-être de ne pas participer : voir la vidéo sur www.parapekin.eu

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