DEBAT

Daniel Cohn-Bendit sur la gauche en Europe
Kenji-Baptiste OIKAWA (Wiki-commons)

"Soyons visionnaires et pragmatiques en même temps"

Une urgence pour la gauche, selon le député vert européen Daniel Cohn-Bendit : se refonder, mais aussi se redéfinir politiquement afin d'initier les réformes nécessaires. Entretien à bâtons rompus.

On parle beaucoup de l'impasse, du malaise idéologique, économique mais aussi politique dans lequel les gauches se trouvent aujourd'hui en Europe. Fausto Bertinotti va même jusqu'à imaginer une Europe sans gauche pour le futur. Est-ce votre perception des choses ?

 

Je crois que c'est un débat un peu inintéressant. Ce n'est pas parce que la gauche disparaît en Italie qu'elle n'existe pas ! Le problème, c'est qu'elle doit se refonder, les défis auxquels nous sommes confrontés nécessitent une évolution en profondeur ! Si Bertinotti pense qu'il y a plus de gauche, c'est que lui a une vision passéiste de la chose ! Ceci étant, c'est vrai que là où le neolibéralisme passe, parfois rien ne repousse. Et c'est bien là le problème de la gauche. Aujourd'hui, elle doit refonder un projet social ou encore écologique et on la voit hésitante sur ce terrain.

 

Il y a dix ans encore, la majorité des Etats membres de l'UE était gouvernée par la gauche. Aujourd'hui, c'est l'inverse qui se produit. Idéologiquement, l'Europe est-elle passée à droite ?

 

Tout le problème, c'est de savoir où en est exactement la refondation de la gauche

Il y a dix ans, c'est à dire après l'élection de Clinton aux Etats-Unis, l'Europe était passée à gauche. Aujourd'hui, je crois effectivement qu'il y a un virement à droite des majorités en Europe mais c'est l'évolution des choses ! Tout le problème, et on en revient toujours à la même question, c'est de savoir où en est exactement la refondation de la gauche, la remise en cause de certains principes  qui puissent la faire évoluer.

 

A terme, se dirige-t-on vers une EU fédérale, des Etats-Unis d'Europe calqués sur le modèle américain, dominés par deux grands partis, un de droite et un de gauche, idéologiquement édulcorés et appauvris ? En bref, va t-on vers une Europe centriste ?

 

Mais là encore je n'en sais rien, vous posez des questions auxquelles je ne peux pas répondre  ! On ne va pas vers une Europe centriste ! L'Europe a aussi une nécessité de se redéfinir, mais je ne crois pas qu'on puisse s'en sortir en ayant des réponses toutes faites : ça va à gauche, ça va à droite, ça va au centre... Nous sommes aujourd'hui au carrefour de plusieurs crises et il y a une vraie nécessité de se redéfinir politiquement.

 

Comment faire pour redonner une vitalité mais également une forme de lisibilité à la gauche en Europe ? Quelles sont les valeurs et mesures sur lesquelles les gauches pourraient créer un programme commun pour unifier l'Europe, et ce particulièrement en temps de crise ?

 

Je ne sais pas si les gauches peuvent écrire un programme commun

Mais moi, je ne sais pas si les gauches peuvent écrire un programme commun ! Il y a aujourd'hui plusieurs forces politiques allant de l'ultra gauche aux sociaux-démocrates, en passant par les communistes, les écologistes, etc. Et à chaque formation de se définir d'abord face aux urgences  auxquelles nous sommes confrontés : l'urgence écologique, l'urgence de la crise sociale, l'urgence de la crise de la mondialisation, et en fonction des réponses des uns et des autres, on verra comment ces forces-là peuvent s'unir contre la droite !

 

Vous avez lancé le 20 octobre avec plusieurs personnalités du mouvement écologiste et alternatif un rassemblement appelant à refonder "une Europe sociale et écologique". Quel est votre objectif collectif ?

 

Tout dépend du résultat électoral. Si nous réussissons à avoir une forte plate-forme programmatique dessinant à la fois la nécessité d 'Europe et les contours de l'Europe que nous désirons et si ce programme marche, nous aurons alors la possibilité d'influencer les débats de la gauche. Mais d'abord, il faut que nous ayons la capacité de capter une partie de l'électorat.

 

Votre rassemblement va extrêmement loin, avec des personnalités de bords très différents allant de José Bové à Eva Joly, etc. Est-ce que vous n'avez pas peur qu'il y ait conflit d'intérêt ?

 

Parce qu'au PS, il n'y a pas conflit d'intérêt ? Au PS, ils se disent tous à gauche et ils sont incapables de trouver une solution ! Chez les verts, on est tous à gauche, mais c'est une foire d'empoigne... C'est comme ça partout, alors qu'on arrête de simplifier les choses ! On a maintenant comme base de ce rassemblement un appel et un manifeste, que tout le monde signe. Maintenant, on me demande s'il est de gauche, de droite, réactionnaire ? Mais qu'on se définisse d'après ce qu'on a écrit, la plate-forme commune ! Et si tous les gens qui l'ont signé se retrouvent derrière cet appel, et bien ils ont une position commune, un socle commun, et en partant de ce socle, ils peuvent faire de la politique ensemble !

 

A terme, est-ce que vous cherchez à fusionner avec les autres partis ?

 

Ah non ! Aujourd'hui, il y a des différences fondamentales entre les verts, la sociale-démocratie et la version soit-disant radicale de la sociale-démocratie que sont l'ultra-gauche et les communistes ! Non, pas de fusion ! Ce sont des forces politiques autonomes qui après doivent trouver un espace d'entente !

 

Et vous qui êtes un symbole, une figure européenne, de gauche, écologiste, quel rôle allez vous jouer ? Serez-vous une éminence grise ou voulez-vous être élu ?

 

On ne doit pas attendre les lendemains qui chantent

Je ne suis pas gris, je suis rouquin passant au blond, mais je ne suis pas gris. A part ça, je suis partie prenante de ce rassemblement en France, et j'essaie de renforcer les verts au parlement européen. Mon objectif, c'est que le groupe des verts y soit le plus fort possible.

 

Vous voulez être élu ?

 

Si je suis tête de liste en France, c'est pour y être élu.

 

Aux "Rendez-vous de l'histoire" de Blois, en octobre dernier, vous aviez eu une phrase très belle, très poétique : "Le grand soir n'est pas à gauche. Dans la difficulté, nos sociétés virent à droite. La seule alternative est de réinventer un mécanisme politique européen, la tête dans les nuages, les pieds sur terre. Soyons lucides et courageux, mettons l'imagination au pouvoir de l'Europe". Qu'entendiez-vous par là ?

 

Je crois qu'il faut avoir une vision très forte, et cette vision pour moi est liée à ce que j'appelle la dernière utopie qui est l'utopie européenne. On ne doit pas attendre les lendemains qui chantent, le grand soir, il faut aujourd'hui se mettre à initier les réformes nécessaires pour répondre aux urgences. Il faut être visionnaire et pragmatique en même temps.

 

Daniel Cohn Bendit est co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen. Il a lancé le 21 octobre dernier le rassemblement "Europe Ecologie".

 

Propos recueillis par Mathilde Magnier

 

auteur: Mathilde Magnier
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de Julien Lotito le 20/11/2008 à 11h52

La position que défend D. Cohn Bendit est salutaire.
Les réponses qu'il donne dans cette interview manifestent du courage, car il n'est pas évident de refuser de présenter un mouvement politique en termes de stratégie et de rapports de force (à qui faut-il s'allier?...).
Les électeurs de gauche espèrent naturellement la victoire de leur camp, et souhaitent qu'elle arrive le plus vite possible. Mais ce désir, légitime d'ailleurs, conduit trop souvent à se détourner de l'essentiel : un programme politique ne doit pas être réduit à une arme de conquête électorale.
Il faut donc remettre les choses dans l'ordre, comme le préconise D. Cohn Bendit. D'abord se définir par rapport aux urgences, aux enjeux économiques, sociaux, politiques et écologiques. Puis les défendre pour rassembler atour d'elles une partie de l'électorat. Et enfin seulement s'appuyer sur cette plate-forme programmatique pour essayer de construire une position commune.
La tâche est difficile, mais elle me semble plus à même de séduire les électeurs de gauche que les "débats" du parti socialiste.

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de samdu19 le 22/04/2009 à 15h03
la gauche dans l'impasse!

ce que semble dire l'article est partiellement dans la raison! certes, la gauche est malmenée en France, mais aussi en Europe!Ce qu'il faudrait au parti socialiste européen, et aux partis atypiques de chaque état, c'est une ligne de conduite, de vrais apports humains avec de nouvelles personnes, qui aient des idées neuves et qui redonnent vie à la gauche!certes, la rose est asséchée, mais en l'arrosant, elle peut refleurir de nouveau et survivre!le déclin de la gauche n'est donc pas une fatalité: il n'en résulte pas moins qu'une gauche du 21ème siècle doit s'élever, composée de jeunes adhérents dynamiques et motivés, conscients et soucieux de faire bouger les choses bien plus que de tenter de se mouler dans des systèmes protocolaires et d'essayer de "cohabiter médiocrement" avec une droite majoritaire qui leur jette des miettes de sa table!

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de Tatanka le 08/10/2009 à 12h11
No futur

Dany le rouge a oublié ses idéaux...à l'heure où tout n'est qu'une sordide histoire d'argent (tout s'achète et tout se vend)...Le bien être des citoyens du monde n'est qu'une question de fric! Ça pourrait être réglé sans problème!
La gauche a oublié ses idéaux...les hommes de gauche (?) sont devenus des notables soucieux de se maintenir à leur poste de conseiller général, régional, sénateur...
A l'heure où tout un chacun pourra jouer au poker en ligne, où les dégradations environnementales n'émeuvent plus grand monde (parmi les "décideurs" et les "forces vives"), où les hommes politiques n'ont que le baratin à nous offrir, l'utopie européenne n'est que de la poudre aux yeux en attendant l'inéluctable...
Pas franchement optimiste mon commentaire mais quand je regarde les "saloperies" qui perdurent de par la planète, hein?

"il faut aujourd'hui se mettre à initier les réformes nécessaires pour répondre aux urgences. Il faut être visionnaire et pragmatique en même temps."...combien de fois on l'a entendu ce discours!!!

Alors vivons au mieux en harmonie avec nos idéaux (pour ceux qui en ont encore) dans ce monde en déliquescence...
Les générations futures auront peut-être un soubresaut, qui sait?

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