DEBAT

Information, moteur de recherche, Google
Pour trouver une information ciblée, Google est souvent plus efficace et plus pratique qu'un quotidien papier...

Et si l'information se passait de journalistes ?

Les Etats Généraux s'appliquent à sauver les médias comme entreprises et les journalistes comme corporation. Une opération vaine, à l'ère d'Internet ?

La presse écrite n'est pas confrontée à un problème franco-français de distribution et de coûts d'impression. Elle est en crise dans tous les pays développés car son modèle économique s'effondre : son produit, le journal en tant que tel, un paquet formé de constituants divers (du reportage de guerre aux mots croisés) rassemblés sous un même emballage et distribué une fois par jour, est en voie de dislocation, et ses ressources (publicité, petites annonces...) sont en pleine dispersion.

 

Les sites d'information des médias courent tous aujourd'hui après une introuvable rentabilité

Il n'y a tout simplement plus assez de gens intéressés par un tel produit, et on ne peut plus le produire à un coût raisonnable pour ceux qui sont encore tentés de le lire. Je ne vois plus guère d'espace de rentabilité entre des quotidiens gratuits, formés surtout de dépêches, et des news magazines distribués une fois ou deux par semaine, proposant des reportages, des enquêtes et des analyses. Entre les deux ? Rien. 

 

Illusion du "transfert" sur le net

 

Parmi ceux qui sont déjà convaincus de cette impasse, certains ont placé tous leurs espoirs dans un "transfert" de leur activité sur internet et tentent d'y reconstituer un "web médiatique" en important tout en bloc : les marques, les articles et les signatures. Ça aussi, ça risque de ne pas très bien marcher...

Les gros sites web d'information des entreprises de médias courent tous aujourd'hui après une introuvable rentabilité, ce qui les pousse à une telle mutation que le résultat pourrait bien être finalement... monstrueux.

La publicité s'échappe des médias traditionnels vers le net, mais sur le net elle s'émancipe des médias et trouve d'autres supports que l'information. Surtout, la publicité en ligne rapporte beaucoup moins qu'ailleurs. Pour les médias en ligne, il faut donc faire avec moins, beaucoup moins de moyens qu'avant.

Ensuite, l'audience en ligne se révèle de nature bien différente de celle des médias traditionnels : elle est volatile et infidèle, et généralement peu attentive. La concurrence pour la capter est féroce et le combat est à recommencer tous les jours.

Forte concurrence, moyens limités et faible rentabilité : la seule issue est dans l'effet de masse... avec un produit pas cher, attractif et passe-partout. Il n'y en a qu'un : l'"infotainement", l'"easy news" ou la "fast news". Ce "web médiatique" a-t-il un autre avenir que le règne du "canons à dépêches" sous l'emprise totale du marketing rédactionnel ?

 

La fin d'un monopole

 

Il y a, surtout, que sur le net, les médias ne sont plus du tout les seuls à produire de l'information. Et ne sont plus les seuls à la distribuer. Leur monopole est tombé. Les institutions, les associations, les entreprises, les experts et les particuliers ont un accès direct à la publication en ligne. De nouveaux moyens apparaissent pour accéder à l'information, la hiérarchiser et la partager. Non seulement la concurrence est plus forte entre les médias, mais il y a de nouveaux concurrents : les algorithmes et les utilisateurs eux-mêmes organisés en réseaux.

 

Sur le net, l'information est devenue liquide

Les médias en ligne ont tenté de reconstituer des "paquets" comme avant, en construisant des "sites" comme ils faisaient des "journaux". Mais les internautes ne sont pas preneurs, en tout cas pas comme ça... Sur le net, l'information est devenue "liquide", on la consomme à l'unité, article par article. C'est l'ensemble du web qui est devenu un seul média global, et c'est l'ensemble du web qui fonctionne comme une machine à hiérarchiser l'information, en mettant à profit les effets de réseaux et la puissance de calcul mise au service des algorithmes.

 

Qui fait aujourd'hui "l'agenda de l'information" en ligne ? Sûrement pas la page d'accueil des sites lemonde.fr ou lefigaro.fr ! Bien plutôt les règles de référencement de l'algorithme de GoogleNews, le vote des internautes anonymes dans les sites d'agrégation d'information et la puissance de recommandation de la blogosphère et des autres réseaux sociaux et plates-formes de partage. 

 

 Des journalistes en quête d'utilité

 

Les cartes sont rebattues. Les réputations ne tiennent plus à des statuts, mais se reconstruisent au quotidien, sous le regard des internautes qui votent avec leurs clics et font circuler l'information avec des liens. De nouveaux enjeux de l'information apparaissent : comment trouver ce que je cherche dans cette abondance, comment hiérarchiser, comment valider ? A qui se fier ? Qui est pertinent ? Des journalistes ont peut-être un rôle à jouer dans ce domaine, à côté des algorithmes et des réseaux sociaux. Mais c'est à eux de convaincre qu'ils sont encore utiles, en se plongeant dans ce monde des blogs, de l'information liquide et du web social pour tenter de s'y faire une petite place. C'est un nouveau journalisme, qui reste à inventer.

auteur: narvic
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de Jean Dumas le 15/10/2008 à 16h28
Le journaliste demeure un professionnel...

Votre point de vue est intéressant, et reflète l'urgence de développer le journalisme numérique, chose que les Etats Généraux de la presse ne semblent pas prêts à instaurer.

Mais je m'étonne tout de même du nombre de liens qui pointent vers votre blog dans le corps de cet article : ce dernier est très riche, mais vous donnez l'impression de reproduire les habitudes du monde.fr que vous critiquez allégrement : n'y avait-il pas d'autres sites ou blogs à faire découvrir au lecteur ?
Enfin, je vous trouve bien sévère envers les journalistes : "convaincre qu'ils sont encore utiles" ??
Les journalistes demeurent des professionnels de l'information; Ils sont en outre présent dans la blogosphère, et nombre d'entre eux travaillent sur Internet. Croyez-vous au journalisme citoyen ?

A part donner des expériences éditoriales douteuses et pas fiables comme lepost.fr, je ne vois pas très bien en quoi ils surpassent les productions journalistiques classiques...

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de narvic le 15/10/2008 à 17h16

@ Jean Dumas

Ces liens pointent vers des billets qui sont le plus souvent des synthèses et qui contiennent de nombreux liens externes vers les sites et blogs qui m'ont inspiré ces réflexions. Il m'a semblé plus pratique (et lisible) de procéder de cette manière. Mon blog n'est d'ailleurs, pour l'essentiel, qu'un recueil de liens. ;-)

Sur l'utilité des journalistes : mon propos n'est pas un jugement de valeur sur la qualité du travail des journalistes (c'est un autre débat). J'insiste juste sur le constat que hors ligne les journalistes étaient en situation de monopole et que en ligne ils sont en concurrence avec de nombreux acteurs nouveaux. C'est cette situation de concurrence qui les oblige à démontrer leur utilité : face aux moteurs de recherche, aux agrégateurs en ligne, aux blogs, etc.

J'insiste également sur les nouveaux enjeux de l'information en ligne (la recherche, la hiérarchisation, la validation) dont les journalistes tardent à se saisir, alors que ce sont ceux-là, à mon sens, les enjeux cruciaux.

L'information est devenue très abondante. On n'attend pas après de nouvelles sources ou de nouvelles analyses. Ce qui fait défaut ce sont des moyens efficaces pour s'y retrouver au sein de l'information déjà disponible. Les journalistes ont peut-être une compétence particulière dans ce domaine : qu'ils le montrent.

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de Jean Dumas le 16/10/2008 à 13h58
Comment développer l'investigation sur le web ?

"On n'attend pas après de nouvelles sources ou de nouvelles analyses. "
Oui, les agrégateurs éditoriaux type Small Brother" ont de beaux jours devant eux...
Pas de coût de production, et une richesse éditoriale inégalée.
Mais si les agrégateurs, qu'ils soient humains ou algorithmiques, finissent par engranger toutes les recettes publicitaires, alors plus personne ne produira de l'info de qualité.

Si la sélection de l'information est un métier, la production l'est tout autant.
Produire de l'information en tant qu'amateur, c'est-à-dire après sa journée de travail, pour donner son opinion, est une chance que nous offre le web ; mais encore une fois, je ne vois pas comment nous pourrions nous passer d'une information produite par des pros.
Et au rythme où vont les choses, avec le grenelle de la presse qui prévoit de supprimer les droits d'auteur des journalistes, en permettant à leurs productions de passer d'un support web à un support print, dans n'importe quel titre, pourvu qu'il appartienne au même groupe industriel, me semble une lourde erreur.
Autant il ne faut pas beaucoup de moyens pour produire des éditos, et les blogs en regorgent, autant un reportage, une réelle investigation, nécessite non seulement des fonds mais aussi du talent, de l'expérience.
C'est de ce journalisme là dont je veux faire la promotion, pour ne pas me retrouver coincé devant mon écran d'ordinateur entre l'opinion de blogueurs commentateurs, et des dépêches d'agences formatés !

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de narvic le 18/10/2008 à 19h07

Ce journalisme de reportage et d'enquête représente une très faible proportion de la production globale des journalistes et de son audience (ne l'oublions tout de même pas ;-) ).

Mais il est en effet menacé aujourd'hui, car on ne sait plus comment le financer (autrefois, il était subventionné par la publicité et les autres informations moins chères à produire et attirant de grandes audiences qui étaient vendue avec lui dans le même paquet).

Le journalisme d'enquête est déjà, depuis plusieurs années, en train de déserter les quotidiens et les magazines pour se replier vers l'édition. Sur le net, on n'a trouvé pour le moment qu'une seule voie pour le financer : le mécénat (par exemple le projet américain probublica).

Certains blogueurs (aux Etats-Unis et en Chine) ont réussi à financer des reportages en faisant appel aux dons de leurs lecteurs.

Ce système ne peut fonctionner que s'il existe une forte crédibilité du reporter de la part des lecteurs : la clé est peut-être là, et c'est peut-être ça l'un des problèmes principaux des journalistes professionnels...

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