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DEBAT
Et si on pensait aux lecteurs ?
Les Etats généraux de la presse sont-ils mal partis ? Entre politiques et grands patrons, les journalistes se sentent oubliés dans cette affaire. Mais ils ne sont pas les seuls. Le grand absent, c'est surtout le lecteur.
Les quotidiens : crise ou déclin ?
L’idée que les Français ne lisent pas la presse est une absurdité, sauf à considérer que les magazines, qui assurent la moitié de la diffusion, n’en font pas partie. En 10 ans, les newsmagazines et magazines d’information générale ont vu leur vente augmenter de 6% en moyenne. Sur la même période, des secteurs de la presse magazine spécialisée (féminine, familiale, senior, informatique, jeux, internet, people…) ont enregistré une poussée de 25 à 75%.
Ce bilan contraste évidemment avec la situation des quotidiens. Mais, ici, parler de "crise" n’a guère de sens : il s’agit, en fait, d’un lent déclin. La presse quotidienne y est entrée par pans successifs : les quotidiens d’opinion ont lâché les premiers, dès avant 1914 ; les quotidiens populaires d’information (comme France-Soir), qui avaient fait le succès de la presse à la fin du XIXe siècle, ont suivi, dans les années 1960-1970 ; enfin, les quotidiens dits de "qualité" - autrement dit lus par les élites - ont fini aussi par céder, dans les années 1980. Quant aux titres régionaux, temporairement sauvés par les nouvelles de proximité, ils ont subi, en 30 ans, une implacable érosion.
Lire un quotidien n’est plus un besoin
Le verdict des lecteurs est terrible pour les quotidiens. Dans les années 1950, 8 Français sur 10 en lisaient un chaque jour ; dans les années 1970, ils n’étaient plus que 5 et, aujourd’hui, la proportion est tombée à 3. On peut toujours expliquer que les coûts de fabrication sont trop chers, que la publicité boude les quotidiens, que les journaux sont mal distribués, que les groupes de presse sont trop faibles, etc. Mais on n’échappe pas à l’évidence : pour un Français, lire un quotidien n’est plus un besoin.
La solution de facilité est d’invoquer la concurrence des autres médias, hier la radio ou la télévision, aujourd’hui internet. Il est vrai qu'en matière de nouvelle, les quotidiens ont perdu, avec la radio le privilège de l’annonce, avec la télévision celui de sa traduction en images, avec internet une part essentielle de la médiation. Or, si cette concurrence cumulative a toujours accentué le phénomène de déclin, l’étude chronologique est formelle : elle ne l’a jamais provoqué.
En fait, à mesure que la société s’est transformée, la lecture quotidienne du journal a paru décalé avec le rythme de vie mais aussi les aspirations d’un lecteur qui, devenu consommateur, cherchait d’abord dans la presse la réponse à ses besoins. Quant à la radio et à la télévision, elles ont mis l’accent sur une question cruelle : pourquoi acheter une information qu’on peut avoir gratuitement ?
Réfléchir aussi aux contenus
Longtemps, le quotidien a été une "fenêtre sur le monde", la diversité des informations produites faisant de lui un "généraliste". Cette époque est révolue. Aujourd’hui, la pluralité du public l’emporte, et sa parcellisation, commandée par la situation sociale, le mode de consommation, l’imaginaire des individus, explique sans doute le succès d’une presse magazine spécialisée qui, transformée en outil de service ou en instrument de divertissement, parle à un lecteur partageant avec d’autres les mêmes préoccupations et les mêmes codes. Cette presse, plus dynamique aujourd’hui, prospère sur l’affirmation des groupes là où les quotidiens d’information aspiraient au brassage. A vrai dire, les journaux ne sont pas les seules victimes de la fragmentation sociale et culturelle. Désormais, la "tribalisation" du public pose aussi un problème énorme aux radios et aux télévisions les plus généralistes.
La presse quotidienne, enfin, subit le poids de son histoire, nourrie par un journalisme de commentaire, négligeant l’enquête, soumis aux sources institutionnelles. La tendance a même été renforcée dans les années 1960, les grands titres populaires se contentant désormais de prolonger ce que le lecteur avait déjà vu, la veille, à la télévision. Reconnaissons-le : aujourd’hui, fort peu de journalistes, dans une rédaction, "prennent l’air", "font du terrain". Du coup, le formatage de l’information a participé à l’émergence des "gratuits", où le journalisme est souvent réduit à la synthèse de dépêches.
Il n’est pas vrai que les Français n’ont pas envie d’éclairages et d’analyses. La dernière campagne présidentielle le montre : une partie d’entre eux sont revenus temporairement vers les quotidiens, parce que l’information des médias audiovisuels ne leur suffisait pas, parce qu’ils avaient envie de comprendre et que, seule à leurs yeux, la presse écrite pouvait les satisfaire. Alors, au moment où se décide l’avenir des journaux, on serait bien inspiré de s’interroger davantage sur leurs contenus. Car ce ne sont pas les grands groupes multimédias qui sauveront la presse quotidienne, mais bien les lecteurs.
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auteur: Christian Delporte en savoir plus sur l'auteur |
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et si on pensait aux lecteurs
Bonjour, | ||
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La radio ou la télévision ne pourront jamais remplacer les journaux, à condition que les journalistes fassent une ananlyse détaillée, précise de tel ou tel problème.Il y a une catégorie de lecteurs qui désirent avoir des informations approfondies sur les sujets d'actualité. | |||
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Irremplaçable ?
Diane, un article de presse, se lit et s'archive sur internet aussi. Certes, il ne se découpe pas encore... | ||
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