DEBAT

crise des médias
Everaldo Cohelo & Samy Rich

Etats Généraux : les médias franchement responsables, parfois coupables

Le verdict est sans appel : les médias, en particulier la presse imprimée, a besoin d'un modèle économique fort. Mais derrière ce constat, une double crise se dessine, directement imputable aux producteurs de l'information : une crise de valeur et de crédibilité.

D'un côté, très concrètement, nous avons une difficulté à maintenir les revenus nécessaires à une dynamique d'investissement. A l'agonie, les journaux réduisent la pagination, changent de format puis, acculés, finissent par licencier. De l'autre côté, une crise de crédibilité schizophrène. La plupart du temps, sondages d'opinions et études prouvent que les lecteurs ne sont plus "certains" de ce qu'ils lisent.

 

Pourtant, dans les faits, les citoyens se tournent vers les journaux en cas de situations exceptionnelles. Alors que depuis plusieurs années une pensée unique assène que le web va remplacer les autres supports, on se rend compte que la situation n'est pas si simple. Par trois fois ces deux dernières années cette vision de supériorité du web a été balayée. Lors des élections présidentielles et municipales, et encore plus en ces jours de crise financière, les citoyens se tournent vers les médias pour trouver les clés d'explication.

 

Ceci dit, hors événements, la situation est d'autant plus dramatique que les enjeux sont multiples pour les années à venir. Il est temps de restaurer la valeur d'abord, la confiance ensuite, les finances enfin.

 

Restaurer la valeur, l'enjeu des patrons de presse

 

La valeur de l'information ne doit pas se calquer sur les prétendues attentes du public

On peut toujours tourner autour du rôle du journaliste – notamment en ligne, il n'en reste pas moins un principe fondamental : le journaliste doit apporter de la valeur aux lecteurs / auditeurs / téléspectateurs. Pendant longtemps cette valeur a été purement géographique et temporelle. Un citoyen ne pouvant être partout tout le temps, les journaux avaient pour but de rapporter l'état du monde - qui commence au coin de la rue. Ce qui avait de la valeur, donc, était l'information en tant que telle.

 

Internet permet d'être à peu près partout, à peu près tout le temps. Dès lors cette activité de reportage - au sens propre - perd une partie de sa valeur. Aux patrons de médias d'en trouver de nouvelles. Conformes ou non à ce que veulent les lecteurs, peu importe. Elles doivent être révolutionnaires : l'information brute n'est plus une valeur suffisante.

 

Ceci dit, l'arrivée d'Internet n'est pas la seule raison de la désaffection des lecteurs pour les journaux. Outre cette perte de valeur ajoutée concrète, il y a une réelle crise de confiance.

 

Restaurer la confiance, l'enjeu des journalistes

 

La remise en question de la profession se joue là. Comment faire comprendre aux lecteurs que lire, écouter ou regarder un journal lui apporte des informations "crédibles" ? Entre publi-reportages et chasses aux scoops, les journalistes se sont laissés entraîner dans un système qui pervertit la grille de lecture. Fatigués de devoir trier, les citoyens ont trouvé dans le net un lieu de respiration.

 

Pour autant, ils ne font pas beaucoup plus confiance à ce qu'ils lisent en ligne. Mais au moins, n'y plaçant pas vraiment d'espoir de vérité, ils n'ont pas d'attente spécifique. Le fait est que l'information n'est plus certifiée. Pire, elle devient périmée à peine annoncée. Comment, alors, lui apporter du crédit ?

 

Restaurer les finances, l'enjeu d'une industrie

 

Les difficultés économiques sont énormes car les médias se sont fait lâcher par leur deux principaux publics. D'abord les lecteurs qui reportent une partie de leur besoin d'information en ligne. Ensuite, devant cette désaffection, les annonceurs qui reportent une partie de leurs investissements ailleurs – ou nulle part.

 

Pour ces deux publics, il s'agit d'une histoire de valeur et de confiance à restaurer. Difficile d'avoir la main dessus mais comme vu précédemment, patrons et journalistes ont la possibilité de s'en saisir. Il faut alors se poser les questions suivantes : 

 

  • Qu'est-ce que moi, médias, je lui apporte ?
  • Ont-ils intérêt à annoncer chez moi ?
  • Si oui, sous quelle forme ?

 

Il faut considérer l'industrie des médias en France comme la métallurgie il y a 40 ans : intrinsèquement inutile

Si les lecteurs et les annonceurs n'ont plus besoin des journaux, les médias se retrouvent seuls dans la cour, sans public. Dans ce cas il faut considérer l'industrie des médias en France comme la métallurgie il y a 40 ans : elle n'est intrinsèquement pas utile. Ou en tout cas, pas considérée comme tel par les deux publics principaux.

 

Pourtant, comme le rappelle le rapport Giazzi, les médias ont un rôle fondamental : ils sont un socle commun de connaissances qu'un peuple peut partager. Si cette vérité ne semble pas dérangeante de prime abord, elle pose un souci fondamental dans la situation actuelle. Dès lors, son seul public devient l'Etat, car lui seul est garant de l'unité nationale. Si l'Etat devient le seul public des médias, alors les médias vont se conformer à ses besoins. Les Etats Généraux de la presse illustrent parfaitement cette prise de conscience.

 

Il n'y a pas forcément de volonté diabolique derrière cette "ingérence" d'un troisième public qui n'est pas censé en être un. Sa volonté est celle de maintenir l'ordre, d'éviter que la multitude des pensées ne deviennent une réalité dans la cité, semant troubles et zizanies.

 

L'industrie des médias, et notamment les annonceurs, doivent se poser la question de la valeur d'un journal. Si elle existe – et j'en suis convaincu – alors il faut qu'ils en acceptent les règles du jeu.

auteur: Cedric - Chouingmedia
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