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DEBAT
"L'avenir du journalisme est radieux"
Le problème est-il exclusivement franco-français ? Michael Oreskes, ancien directeur de la rédaction de l'International Herald Tribune fait un tour d'horizon. Si la crise est bien réelle, c'est également un mal nécessaire. Mais pour le meilleur et non pour le pire.
Selon vous, est-on face à une crise du journalisme globale ou le problème est-il spécifique à la France ?
Non, à mon sens, c'est une question qui se pose dans le monde entier, particulièrement en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord. Mais avant toute chose, il est important de comprendre qu'il ne s'agit pas ici d'une crise DU journalisme, bien que nous soyons clairement confrontés à une crise POUR le journalisme. Car c'est le modèle économique qui est en crise. Celui que nous connaissons et qui a sous-tendu le journalisme de qualité jusqu'à présent est en passe de voler en éclat avec à la fois les publicitaires et les lecteurs qui partent sur Internet. J'insiste sur le concept de crise du modèle économique : dans un monde complexe et changeant, tout montre que le public est plus que jamais en demande d'informations et d'analyses. Et donc, de journalisme.
Comment voyez-vous le futur de la presse écrite ? Peut-on parler de « La mort des journaux », comme le titrait l'hebdomadaire britannique The Economist il y a quelques mois seulement ?
Le futur de la presse écrite est complexe. En Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord particulièrement, les journaux doivent faire face à des défis de taille. Mais en Inde, au Moyen-Orient ou en Europe de l'Est, les journaux sont en croissance. Sans parler des magazines, qui se portent plutôt bien. D'ailleurs, le titre de The Economist était "La mort des journaux ?", avec un point d'interrogation. Au moins, le magazine laissait entrevoir une pointe d'espoir.
Si la presse papier est aujourd'hui moribonde, croyez-vous qu'il faille la sauver ? Est-ce seulement possible alors que nous sommes entrés dans l'ère numérique ?
Ce qui doit être sauvé, c'est le journalisme de qualité. Les journaux ont constitué un excellent mode de diffusion pendant des décennies. Et dans les années où ils étaient les plus rentables, ils constituaient également le meilleur modèle pour faire travailler de très bons journalistes. Mais c'est le journalisme et non les moyens de distribution qui importent dans une société démocratique. Il est clair qu'Internet est un mode de diffusion et de distribution extrêmement efficace. Ce qui est moins clair en revanche, c'est de savoir si le Web a la capacité à générer le renforcement financier suffisant pour porter le journalisme.
Comme vous l'expliquiez en octobre 2007 à l'occasion d'un colloque sur l'avenir de la presse, Internet est un nouveau défi qui fait peur. Les journalistes ont-ils raison de craindre pour le futur du journalisme ?
Si la peur est compréhensible, elle n'aide en rien. Nous professionnels nous devons d'être créatifs et surtout d'avoir l'esprit clair. Nous devons être prêts à changer. Car à mon sens, le devenir du journalisme est brillant et même radieux ! C'est pourquoi, il est absolument essentiel que nous en identifiions les valeurs et principes fondateurs, de manière à les préserver en nous adaptant à ce monde nouveau. Quand l'éditeur allemand Matthias Döpfner (Président du directoire du groupe Axel Springer) demande à ses journalistes de ne pas se suicider par peur de mourir, il veut dire qu'en paniquant, nous oublions qui nous sommes. Ce faisant, nous tuons le journalisme aussi sûrement que nous ne changeons absolument rien.
A votre avis, comment le journalisme va-t-il, ou plutôt, devrait-il évoluer ?
Nous devons trouver des moyens différents et novateurs de rapporter l'actualité sur Internet. Les journalistes ont fait cette transition par le passé. Ils ont porté le journalisme à la radio, puis ils se sont adaptés à la télévision. A l'heure actuelle, aussi bien l'écrit, que la vidéo mais aussi l'audio convergent vers le Web. Nous devons garder le meilleur des trois pour conserver l'audience tout en produisant un journalisme numérique de qualité. Et puis, le Net étant aujourd'hui accessible de multiples façons, via des supports de plus en plus variés, comme le téléphone mobile, nous devons également nous adapter à ces nouveaux éléments. Apprendre à formater notre travail en fonction de ces modes de distribution. L'agence Associated Press s'y met déjà aux Etats-Unis, et devrait faire la même chose en Europe très bientôt.
Selon vous, quel sera le rôle du journaliste à l'avenir ?
Le rôle du journaliste ? Il restera celui qu'il a toujours été, à savoir être les yeux et les oreilles du public. Aller où il ne peut se rendre. Enquêter sur les sujets que personne d'autre n'a le temps d'approfondir. Questionner ceux qui peuvent apporter des réponses. Et tout ceci dans le seul objectif d'apporter la compréhension du monde la meilleure qui soit.
Quelles seront ses compétences premières ?
Avant toute chose, il faut bien garder en tête que le journalisme de qualité reposera toujours sur l'intégrité, l'honnêteté et surtout, la capacité des journalistes à séparer leurs points de vue personnels du reste. En outre, ces derniers vont également devoir apprendre à présenter leur travail sous forme à la fois audio, vidéo ou écrite pour pouvoir coller à la combinaison qu'est le journalisme online.
Nicolas Sarkozy s'est exprimé en faveur de la constitution de grands groupes médias. Dans ce cadre, les seuils anticoncentration en place lui paraissent un frein qu'il est prêt à desserrer. Est-ce une solution ? Ces grands groupes médias pourraient-ils menacer l'indépendance des journalistes ?
Les lois sur la concentration sont différentes dans chaque pays. Il faut arriver à trouver un équilibre entre la compétition, qui est bonne pour le journalisme, et la force économique, qui est cruciale aussi. Avec la crise du moment, il est devenu pressant de trouver des groupes dotés d'une force de frappe financière et économique capable de maintenir un journalisme de qualité.
Quel modèle économique faudrait-il adopter pour résoudre la crise actuelle ?
Tout comme aujourd'hui, il n'y aura pas un mais des modèles économiques.
Vous avez écrit il y a dix ans un excellent article sur l'influence d'Internet dans le paysage médiatique. A l'époque déjà, vous vous posiez la plupart des questions que la France aborde seulement aujourd'hui. N'est-on pas un peu en retard ?
L'émergence d'Internet s'est faite différemment en différents endroits du globe. Même aux Etats-Unis, qui, pour le meilleur et pour le pire, semblent être entrés dans l'ère numérique avant les autres, l'impact n'a pas été le même partout. Dans les grandes villes, les journaux ont beaucoup plus souffert que dans les agglomérations de taille moyenne. Le schéma est le même en France, non ? J'ai le sentiment que les journaux nationaux français ont beaucoup plus de difficultés économiques que les gros titres de la presse régionale.
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auteur: Mathilde Magnier en savoir plus sur l'auteur |
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Il est perspicace, ce brave homme!
En ce qui me concerne, j'adhère à l'ensemble de ses propos. L'idée qu'il se fait des marchés actuel et futur me semble correcte et j'apprécie particulièrement sa description de ce que DOIT être un journaliste, à savoir quelqu'un d'intègre qui permet d'offrir au plus grand nombre la connaissance que peu détiennent. | |||
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