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Economie
A quoi servent les banques ?
La crise actuelle jette un discrédit sur l’ensemble du secteur bancaire. A force de parler de spéculation financière, on en oublierait presque le premier rôle des banques dans l'économie réelle : faciliter la vie des entreprises et des ménages.
Dans un article récent, "La dernière cartouche", l'auteur, Vincent Hubert, montre que les mesures prises jusqu'ici par les banques centrales comme par les Etats ont été insuffisantes ou mal dosées.
Il est rassurant de constater qu'il reste des banquiers lucides, même si on peut regretter que l’auteur ne déclare pas haut et fort que c'est l'avidité des banques et de leurs dirigeants, leur manque total de sens éthique, qui a conduit à une telle crise. C’est cette absence de sens moral qui a conduit certains dirigeants à s’octroyer des chèques pharamineux au moment où l'on apprenait que leur entreprise allait cesser son activité. C'est le cas de Lehman Brothers, cela aurait pu être le cas de Dexia.
Retrouver un fonctionnement traditionnel
Si la crise actuelle pouvait contribuer à faire cesser de telles pratiques, et à ramener les banques à un "coeur de métier" traditionnel, celui de faciliter la vie des entreprises et des ménages, ce serait déjà cela de pris. Evitons en effet de jeter le bébé avec l'eau du bain. Pendons haut et court - c'est une image bien sûr - les dirigeants "toxiques", mais sans brûler leurs maisons, c'est à dire les banques, qui ont encore un rôle à jouer.
Raisonnons par l'absurde
Un des rôles fondamentaux des banques est de prêter de l'argent, généralement par un mécanisme de création monétaire, compensé ensuite par un mécanisme symétrique (quand l'emprunt est remboursé). Si le taux d'intérêt de cet emprunt est voisin du taux d'expansion de l'économie, tout va bien : la banque a joué son rôle et a simplement anticipé sur l'évolution de l'économie. D'autres mécanismes interviennent, le taux d'emprunt interbancaire, le taux de refinancement décidé par les banques centrales, mais le principe de base est là.
A l'inverse, si la banque prête à un taux 2 à 3 fois supérieur au taux de croissance espéré de l'économie, par exemple à 8% pour un taux de croissance envisagé de 3%, elle ne joue plus son rôle. Soit elle ne pourra pas se faire rembourser ; soit elle adosse ce prêt à des garanties dont elle pense, à tort ou à raison, qu'elles vont croître en proportion. C’est cet espoir qui a été démenti par la bulle internet, ou lorsque ces garanties se sont appuyées sur le marché immobilier, dont la croissance annuelle de 8 à 10% (hors inflation) a été vendue aux malheureux emprunteurs comme devant continuer indéfiniment.
Que faut-il donc faire, sans revenir à une économie de troc, qui aurait néanmoins l'avantage de se passer de tout banquier, honnête ou "toxique" ? Chacun sent qu'il faut une nouvelle régulation. Si cela fait frémir les ultra-libéraux, pourtant, il ne peut y avoir de libertés sans contraintes.
Nationalisation "virtuelle" et encadrement du crédit
Une première mesure consiste en la nationalisation "virtuelle" des banques de dépôts et d'investissement, l'Etat jouant ainsi pleinement le rôle, qu’il joue déjà partiellement, de créateur monétaire. Il ne s'agit pas de fabriquer une seule banque étatique, mais de veiller à ce que les prêts octroyés par les banques de ce pool "nationalisé" soient conformes à ce que l'on peut attendre d'un soutien raisonnable à l'économie. Bien entendu les têtes des principaux dirigeants devront tomber - sans aucun parachute.
Une deuxième mesure, conjointe, serait un "encadrement du crédit", pour aider les emprunteurs et éviter que les banques ne prêtent à moindre taux à certains clients en se payant davantage sur les "mauvais clients". Je propose de caler ainsi les taux des emprunts sur les taux directeurs : si le taux directeur de la BCE est par exemple de 3,5%, les banques ne pourront prêter qu'entre 4,5% (1% de marge pour leur rémunération) et 9%. Tout taux supérieur à 9% serait considéré comme un taux usuraire, interdit et puni par la loi.
Les emprunts en cours doivent être revus immédiatement à la baisse
Mesure rétroactive, donc forfaiture ? Au contraire, à situation d'exception, mesures exceptionnelles. Il ne faut pas se cacher que nous sommes dans une guerre financière qui dégénère déjà en guerre économique. Evitons que cela ne se transforme en guerre tout cours.
Par ailleurs, je n’ai jamais compris le principe consistant à prêter à 5% à des gens dont on est sûr qu'ils vont rembourser, et à 15% à des gens dont on pense qu'ils ne pourront pas rembourser, alors qu'à 5% ils l'auraient sans doute pu. Si le but est d’aider les plus pauvres, et non de renforcer la pauvreté, ces pratiques sont contre-productives. Quant au crédit à la consommation, dont les taux frôlent allègrement les 18%, c'est du vol pur et simple.
Ces deux mesures me semblent seules susceptibles de régler la situation dans laquelle l'impéritie des principales banques, l'avidité de leurs dirigeants et le manque total de contrôle a conduit l'économie mondiale. C’est ainsi que consommateurs et entrepreneurs reprendront confiance, et que l'économie - libérale mais encadrée - pourra reprendre son essor.
Une troisième mesure complémentaire pourrait être de fermer la bourse pendant 15 jours, pour laisser les investisseurs/spéculateurs reprendre leur souffle. On pourrait aussi contrôler ou même interdire toute opération "à découvert". Mais ceci est une autre histoire.
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auteur: Bruno Lemaire en savoir plus sur l'auteur |
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Les banques ne sont-elles pas des entreprises de service ?
Pourquoi, en effet, ne pas revenir à cette vocation ? | |||
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Le service demandé aux banques
De fait, depuis la création du MATIF en 1985 je crois, et du MONEP, en 1987, les marchés financiers sont devenus peu à peu des miroirs aux alouettes auxquels même les banques (et les banquiers) se sont laissés prendre, en oubliant leur rôle premier. Assurer le bon fonctionnement de l'économie réelle, en s'assurant une marge raisonnable (2 ou 3%), pas 10 ou 12%. | ||
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