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Is there a sale on ?
Crise financière : est-il possible de raison garder ?
Chaque crise financière entraîne un déchaînement des critiques contre les marchés financiers. Il faut rappeler que ces marchés tant décriés ont permis à l'économie mondiale de croître à un rythme exceptionnel depuis les années 80. La crise actuelle est liée à des problèmes d'information, non d'innovation. 

Comme toujours en période de turbulences boursières et financières, les critiques sur les marchés, leurs techniques, leurs produits et leurs acteurs se déchaînent. C’est pareil à chaque forte baisse des cours, à chaque perte colossale enregistrée par un acteur sur une catégorie d’actifs : haro de tous côtés sur le "capitalisme financier", les "spéculateurs", le "système sans contrôle", ses "traders fous" et ses produits que "personne ne comprend". Les responsables politiques sont généralement parmi les plus virulents, sans doute parce qu’ils se reconnaissent particulièrement dans l’expression "personne ne comprend".

 

Les prévisions les plus alarmistes et les demandes de législation les plus drastiques passent heureusement de mode après le retour à la normale qui suit chaque grande perturbation : krach de 1987, crise des changes du début des années 90, faillite de la Barings, crises russe et asiatique de 1997-1998, sauvetage du fonds LTCM, éclatement de la bulle Internet en 2000-2001 et conséquences des attentats du 11-septembre, affaire Enron… Mais elles reviennent aussi sûrement à la première grande difficulté, sans que ceux qui les profèrent se soucient d’avoir eu tort toutes les fois précédentes.

 

Les premiers à décrier le "court-termisme" des marchés semblent en général les plus myopes dans leur analyse

 

La crise des subprimes et ses succédanés provoquent les mêmes logorrhées sur la fin du capitalisme ou la nécessité d’en revenir à une économie d’Etat. Naturellement, chaque crise est porteuse d’enseignements, et il n’y a bien entendu aucune raison de ne pas réformer tels mécanismes ou régulations qui s’avéreraient défaillants. Mais il semble impossible d’en rester à une approche pragmatique et à la mise en perspective des événements. Les premiers à décrier le "court-termisme" semblent en général les plus myopes dans leur analyse des faits…

 

Grâce aux marchés, jamais l’économie mondiale dite réelle n’a pu croître aussi fortement que depuis les années 80

 

Que peut-on dire raisonnablement de la déréglementation des marchés de capitaux entamée dans les années 80 et de l’essor concomitant de l’innovation financière, dont des avancées théoriques essentielles datent de la même période ? Tout simplement qu’ils ont à tout le moins accompagné, voire permis une période exceptionnelle de développement de l’économie mondiale, sans à-coups majeurs, même si les cycles économiques existent toujours et les fluctuations des marchés également. Grâce aux marchés, à leurs acteurs et à leurs produits, jamais l’économie dite réelle n’a pu croître aussi fortement, avec autant de capacités de mutualiser des risques, de s’en protéger, de disposer de capitaux abondants. Jamais les entreprises n’ont disposé d’autant d’instruments pour assurer leur développement et se prémunir contre des variations de prix, de taux ou de change, jamais les ménages n’ont bénéficié d’autant de produits de placements performants et peu chers, ni de capacités d’emprunts aussi variées, jamais les possibilités de créer, de reprendre ou de rapprocher des entreprises n’ont été aussi nombreuses.

 

Il est donc absurde d’opposer "économie financière" et "économie réelle", "capitalisme financier" et "capitalisme industriel"

Il est donc absurde d’opposer "économie financière" et "économie réelle", "capitalisme financier" et "capitalisme industriel". Il y a tout simplement l’économie dans laquelle une composante essentielle, les services financiers, comme d’autres, innovent, se développent, se transforment. Leur spécificité est d’être indispensables au bon fonctionnement de l’économie et de nécessiter une régulation particulière pour assurer la plus grande transparence sur leurs activités.

 

Cette régulation, encore une fois, n’est pas prise en défaut par un excès d’innovation, mais par des problèmes d'information

 

Ce ne sont d’ailleurs pas les produits les plus complexes qui sont au cœur des difficultés récentes. Celles-ci, comme c’est souvent le cas, naissent ou sont amplifiées par des problèmes d’information. Les marchés, dans la réalité, ne sont pas les outils parfaits de la théorie : ils sont notamment affectés par des défauts d’information. L’information sur la qualité d’un portefeuille de créances, par exemple, pour la titrisation des emprunts immobiliers ; l’information consolidée sur des cumuls de risques, pour les rehausseurs de crédit. Ces différentes failles permettent des abus ou conduisent à des surexpositions incomprises sur les risques. Les premiers doivent être sanctionnés, les seconds se dénouent comme il se doit dans une économie de marché : des pertes, parfois des défaillances, mais aussi des gagnants et des repreneurs. Tout le travail à accomplir en matière de régulation doit alors consister non pas à freiner l’innovation, ce qui serait un recul, mais à analyser les failles des circuits d’information.

 

Plutôt que de vilipender les marchés, il faut donc réfléchir à l’adaptation de leur organisation et de leur régulation, avec au cœur de cette analyse le souci de l’efficacité de l’information des différents intervenants. C’est en quelque sorte un effort visant à rapprocher autant que possible les marchés de leur fonctionnement théorique optimal qu’il faut accomplir, et certainement pas chercher à les en éloigner en multipliant les réglementations inopportunes. Il serait désolant et potentiellement dramatique que la conjugaison des incompétences, de la nostalgie pour un système financier d’avant la dématérialisation, de l’amertume de certains face à l’adversité et du goût encore si prononcé pour l’intervention publique éloigne de cet esprit de responsabilité : c’est la compétitivité de toute l’économie et donc sa croissance qui seraient menacées.

 

 

La version intégrale de cet article est disponible sur Débat&Co

crédit photo : Flickr (timparkinson)
auteur: Daniel Chevert
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