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Economie
Croissance chinoise : un modèle durable, mais des corrections nécessaires (1)
La Chine connaît depuis plusieurs années une croissance intense et durable, mais son modèle engendre des déséquilibres, qu'il lui faudra corriger. Pourra-t-elle le faire dans un avenir proche ? Une analyse détaillée des prochains défis que doit relever la Chine.
La croissance chinoise dispose d’un fort potentiel, du fait de l’importance de sa population active. La dégradation environnementale fait l’objet d’une politique correctrice et d’importants investissements. Les déséquilibres géographiques entre les provinces côtières et celles de l’intérieur tendent à être corrigées par le rattrapage de celles-ci. L’accroissement des inégalités ne doit pas faire oublier que la croissance des 30 dernières années a permis une réduction de la pauvreté en Chine. Ces divers déséquilibres devraient, de manière générale, connaître une amélioration progressive, sous réserve que la croissance se maintienne à un niveau élevé, ce qui est probable.
D’autres déséquilibres appellent toutefois des réformes profondes : i) le surinvestissement, par un rééquilibrage en faveur de la consommation ; ii) la faible rentabilité et l’atomisation de nombreux secteurs industriels, par la consolidation de ces secteurs et un accroissement de la redistribution des entreprises aux autres acteurs de l’économie (salariés, Etat et collectivités locales, actionnaires) ; iii) la hausse de l’endettement public et privé qui, s’il reste d’un niveau raisonnable, apparaît inégalement réparti (au profit des grandes entreprises publiques) et alloué de manière inefficace, avec de forts risques de défaut.
Un "modèle" de croissance ?
L’Etat avait entrepris de corriger ces déséquilibres, mouvement que le ralentissement économique a suspendu, mais qu’il est souhaitable de reprendre. Faute de quoi, ces déséquilibres pourraient, à moyen terme (3-5 ans) comme à plus long terme, handicaper la croissance économique de la Chine.
Le modèle de croissance chinois est stigmatisé pour ses lourdeurs, son encadrement et ses déséquilibres. Néanmoins, il a jusqu’à présent prouvé son efficacité : l’économie a progressé de plus de 8% par an depuis son ouverture, en 1979, et de près de 10% par an depuis 1995. Elle a en outre surmonté les obstacles auxquels elle s’est trouvée confrontée : sur le plan social, les tensions que généraient les externalités de la croissance et l’envolée des inégalités ; sur le plan économique, la crise des créances douteuses et, récemment, le ralentissement. La Chine a, en effet, été le premier pays à confirmer les signes de reprise de son économie.
Le modèle chinois est donc, jusqu’à présent, sorti conforté de l’épreuve des faits. Les autorités (1) ne se privent d’ailleurs pas de souligner la pertinence de leur prudence de bon aloi, vis-à-vis des appels à la libéralisation de ses partenaires internationaux. L’argument est certes commode, éludant un fort protectionnisme dans le secteurs financier, mais peu se risquent à le contredire dans le contexte actuel.
Une croissance qui devrait rester forte, avec des externalités améliorées
Si le modèle de croissance apparaît résilient, il n’en présente pas moins des faiblesses et des déséquilibres, qui pourraient se révéler pénalisantes et nécessitent d’être corrigées.
La croissance potentielle dépendant de la main d’œuvre, et du progrès technique, la Chine dispose de bonnes perspectives : non seulement sa population en âge de travailler représentera encore, jusqu’en 2025, une part importante de la population totale, mais encore l’exode rural et la hausse des qualifications vont entraîner un déplacement de main d’œuvre vers des emplois plus productifs.
Quant au progrès technique, l’émergence de sa recherche permet à la Chine de rattraper son retard technologique (2).
La situation environnementale est certes préoccupante. Les dégâts environnementaux étaient estimés en 2007 entre 5 et 13% du PIB (de la moitié à la totalité de la croissance). Cette dégradation devient en soi un frein à la croissance par les problèmes qu’elle génère – maladies, perte de facteurs de production (eau, sols, etc.). Toutefois, la prise de conscience des autorités – au moins au niveau central et dans les villes côtières – est forte. Le déplacement pour raisons environnementales du projet de raffinage de Nansha (un investissement de 5 Md USD) dans le Guangdong est illustratif de cette évolution
Répondre à l'urgence environnementale
La Chine a réduit son intensité énergétique (par unité de PIB) de 60% depuis 1980 (3), et s’est fixé l’objectif d’une réduction supplémentaire de 20% pour 2010. Cette intensité restait toutefois en 2000 dix fois moindre que celle du Japon (9,1 USD / kg. équiv. pétrole, vs. 0,9 pour la Chine) ; le ratio est le même pour l’usage de l’eau. La situation est aussi préoccupante en matière d’émissions de gaz à effet de serre, qui s’accroissent de 8% par an, d’autant que la Chine prévoit d’accroître sa production de charbon. Mais la Chine a aussi prévu de fermer ses petites centrales polluantes, a lancé des projets de capture du CO2 et a prévu de réduire la part du charbon dans la fourniture d’électricité à 67% en 2015.
Sa motivation est double : d’une part, la nécessité de répondre à l’urgence environnementale ; d’autre part, la Chine entend saisir les opportunités économiques du secteur de l’environnement ; l’effort de R&D des entreprises est conséquent (4). Le secteur de l’éolien est en pleine expansion, avec une capacité qui devrait passer de 12 GW (4ème rang mondial) à un niveau compris entre 100 et 150 GW d’ici 2020 (1er rang), avec l’ambition de devenir le 1er producteur mondial. Il en est de même pour le photovoltaïque et l’hydraulique.
La Chine investit 12 Md USD par an dans les énergies renouvelables, dont la part dans la production électrique devrait passer de 8% (2006) à 15% (2020). Les annonces de projets éoliens et solaires se sont en outre multipliées en septembre, dans la perspective des négociations de Copenhague. Dans le transport, la Chine entend devenir le leader mondial des voitures électriques et hybrides. Ainsi, la volonté de saisir ces opportunités économiques et l’implication publique laissent présager une amélioration, fût-elle progressive de la situation environnementale.
Une réduction des déséquilibres géographiques
Les déséquilibres géographiques tendent aussi à se réduire. Les régions de l’intérieur connaissent un rattrapage sur les régions côtières, tendance que le ralentissement économique, à partir de 2008, a encore accru (5).
Par ailleurs, l’accroissement des inégalités de revenus ne doit pas masquer le fait que la croissance a permis de réduire le taux de pauvreté de 65% (1981) à 10% (2004), soit un nombre de pauvres réduit de 652 à 135 millions de personnes ; ce mouvement se poursuit, avec un pourcentage de personnes très pauvres qui devrait se réduire à moins de 1% à assez court terme.
1) Les Chinois ne sont pas les seuls à vanter les mérites de leur système, à l’instar de cet article de The Economist : Beware of the Beijing model (26 mai 2009) : « So, goodbye “Washington Consensus” (in favour of open markets and limited government involvement in business) and hello to what is being called the “Beijing model” (…). ».
2) cf. Trésor-Eco. 60 (juin 2009). La Chine : « laboratoire du monde ». DGTPE, 8 p. L'effort de R&D de la Chine se classait en 2005 au 8ème rang mondial en pourcentage du PIB, mais au 4ème rang en montant absolu, à la faveur du doublement de ses dépenses depuis 2000 ; sa part dans le total mondial passait de 6,2% à 11,8% Elle a probablement atteint le 2ème rang depuis, après les Etats-Unis, mais avant l’Union européenne.
3) China’s clean revolution. 2009. The Climate Group.
4) “In the move to a low carbon economy, (…) China will no longer be a developing country following where others have led, but a pioneer leading the way”. Steve Howard, directeur de l’ONG internationale The Climate group.
5) cf. Bulletin économique Chine. 13 (mai 2009). La politique du Go West se concrétise. Ambassade de France en Chine, Service économique, 17 p.
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auteur: François Blanc en savoir plus sur l'auteur |
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Article très clair, bien documenté | |||
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